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arianenicolas on Instagram: "Ça fait quinze ans que je vais voir les films de Bruno Dumont comme certains vont à Lourdes : en espérant un miracle. J'ai souvent …"
Ça fait quinze ans que je vais voir les films de Bruno Dumont comme certains vont à Lourdes : en espérant un miracle. J'ai souvent eu quelques illuminations (Flandres, L'Empire) et une sorte d'épiphanie (France) mais si je suis honnête, le miracle n'est jamais venu. Et pourtant, j'y reviens toujours.Dans son nouveau film, Les Roches rouges, récit quasi mutique et sans musique tourné dans le Var, le cinéaste plante sa caméra devant trois gamins qui passent leur temps à sauter dans la Méditerranée depuis les rochers dévalant L'Esterel.Le Malick ch'ti se "déterritorialise" comme pour provoquer ce qui, depuis La Vie de Jésus, semble sans cesse se dérober à ses yeux : saisir la parfaite innocence de l'être humain, cette grâce triviale que désormais, seuls les enfants sont à même de véhiculer, d'après lui. On se retrouve devant un film tremblant, sensoriel, minimaliste, à peine verbal donc assez difficile, mais forcément captivant puisque les enfants jouent sans jouer et que le rouge-vert-bleu du décor irradie de bout en bout.L'enfance correspond, dans Les Roches rouges, à ce temps où l'on prend des risques d'autant plus inconsidérés que l'on n'a pas la capacité de dire ce qui pourrait être terrifiant dans cette audace, comme si les mots bien articulés nous rendaient plus vulnérables face au réel, trop conscients de nous-mêmes. À une époque où l'on critique l'étymologie du mot "enfant" (in-fans, l'être sans parole), cette idéalisation de ce "hors-parole" peut dérouter. Mais sa tonalité rousseauiste (puissent les enfants ne jamais être pervertis par la culture !) évite aussi d'enfermer les tout petits dans un rôle d'adultes miniatures. Dans ce film, les enfants sont des animaux, des plantes, des rivages, des rayons de soleil, la matière même du monde : des petits bouts de paradis qui crapahutent en attendant de grandir.Et si l'on espère trouver dans ce film le souffle de l'Esprit saint quelque part, il prend la forme d'un éternuement sublime, à la quarantième minute. On a le droit de quitter la salle après. @lesfilmsdulosange#BrunoDumont #Cinéma #Atchoum