alternativesocialiste.org
Affaire Epstein : Stopper les horreurs de ce système malade
###
__________
Trump et Epstein. Photo: Reuters
**L’affaire Jeffrey Epstein n’est pas simplement l’histoire d’un prédateur sexuel et de son réseau de trafic sexuel international pour milliardaires. Elle est le symbole d’un système social corrompu où richesse, pouvoir et impunité se renforcent mutuellement.**
Chaque jour apporte son lot de nouvelles sordides sur le dossier, mais ne nous rapproche pas de la justice pour les victimes d’exploitation et de violences sexuelles. Que faire pour stopper le système capitaliste qui les engendre?
Les millions de pages de documents, de témoignages et de preuves rendus publics au fil des dernières années ont levé le voile sur un réseau international d’exploitation sexuelle de femmes mineures impliquant certaines des élites les plus riches et les plus puissantes de la planète.
Mais l’importance historique de ce scandale ne réside pas seulement dans l’horreur des crimes commis. Elle réside dans ce qu’il révèle du fonctionnement réel du capitalisme. Derrière l’image d’une société démocratique et égalitaire se cache une réalité où l’argent ouvre toutes les portes à ceux et celles qui le possèdent : celles de l’influence politique et de la corruption des institutions judiciaires et policières.
**La justice dans une société de classes**
L’affaire Epstein illustre la nature de l’État sous le capitalisme: il n’est pas neutre. C’est une institution façonnée pour défendre les intérêts de la classe dominante. Pendant des décennies, Epstein a organisé un réseau d’exploitation sexuelle visant des mineures et des jeunes femmes au service même des élites politiques internationales. Epstein et sa clientèle ont bénéficié d’une série de protections et d’arrangements juridiques extraordinaires au fil des procès.
En janvier dernier, la publication très attendue d’une masse de documents concernant Jeffrey Epstein s’est plutôt révélée être une opération de caviardage de masse et de documents manquants, dont certains incriminent le président Trump. De leur côté, les victimes n’ont pas bénéficié de la confidentialité à laquelle elles ont droit. Contrairement aux clients, plusieurs victimes ont vu leurs noms, des photos nues et d’autres informations révélées.
Malgré l’ampleur des crimes et le nombre de victimes – plus d’un millier de femmes et de jeunes filles – peu de responsables ont été poursuivis. Au mieux, l’affaire Epstein a forcé plusieurs personnalités des hautes sphères capitalistes à démissionner ou à s’excuser. Quelques enquêtes sont en cours, dont on ne peut attendre beaucoup.
Les élites capitalistes concentrent un pouvoir politique immense autour d’elles. Ces élites économiques sont en mesure de façonner les structures judiciaires, policières et politiques dans leurs intérêts. Lorsqu’un scandale menace d’ébranler l’un de ces réseaux de pouvoir, les institutions vont opérer de manière à protéger leurs acteurs les plus puissants plutôt que rendre justice aux victimes.
**Une violence systémique**
À l’échelle mondiale, près d’une femme sur trois subira au cours de sa vie des violences sexuelles ou conjugales. Ces chiffres montrent que la violence envers les femmes n’est pas une anomalie marginale. Elle est profondément enracinée dans les structures sociales. Cette violence ou discrimination de genre permet aux capitalistes d’extorquer davantage de profit à partir du travail des femmes.
Les réseaux d’exploitation sexuelle qui impliquent des milliardaires attirent l’attention médiatique parce qu’ils exposent l’hypocrisie des élites. Mais la réalité quotidienne de millions de femmes – dans les milieux de travail, dans les foyers ou même dans les lieux publics – relève de la même logique de domination.
Dans une société capitaliste, les femmes issues de milieux pauvres ou marginalisés sont vulnérables à l’exploitation. La précarité économique, l’endettement, le racisme et l’exclusion sociale créés par le système ouvre la porte aux exploiteurs. Ce n’est pas un hasard si une bonne partie des victimes mineures d’Epstein provenaient de milieux précaires et se faisaient leurrer pour quelques centaines de dollars.
**Lorsqu’on se regarde dans le miroir**
Au Québec, ces réalités ne sont pas abstraites. Les dernières années ont été marquées par une série de dénonciations dans le cadre du mouvement #MeToo. Elles ont révélé l’ampleur des violences sexuelles dans les milieux artistiques, universitaires et professionnels. Le procès au civil de Gilbert Rozon, fondateur de l’empire Juste pour rire, vient d’ailleurs de se conclure par un verdict d’agression sexuelle sur huit femmes.
Montréal est l’un des principaux centres de la traite sexuelle au Canada. Des réseaux criminels exploitent des jeunes femmes, souvent mineures ou vulnérables, en les recrutant dans des contextes de pauvreté, de dépendance ou d’isolement social.
Les événements internationaux qui attirent l’élite mondiale – comme le Grand Prix – intensifient les dynamiques du capitalisme dans les centres urbains. Les grandes villes sont les lieux où se manifestent les plus fortes inégalités sociales, parce qu’il y a accumulation de richesses et une concentration de populations précarisées. Ces dynamiques peuvent mener à la marchandisation des sphères de la vie sociale, y compris de la sexualité.
L’augmentation du coût de la vie, la crise du logement et la précarisation du travail rendent de nombreuses femmes plus vulnérables à différentes formes d’exploitation.
**La lutte contre l’ICE à Minneapolis**
De retour aux États-Unis, le mois de janvier 2026 a aussi vu les agents de l’ICE (la police de l’immigration) assassiner Renee Good et Alex Pretti à Minneapolis. L’ICE a également enlevé des gens sur leur milieu de travail, comme dans des magasins Target. Des syndicats locaux et des groupes de quartiers se sont organisés pour riposter avec une journée de grève politique illégale et des manifestations massives le 23 janvier.
L’impact économique de ces actions a poussé plus d’une soixantaine de PDG du Minnesota à écrire une lettre ouverte implorant l’administration Trump à régler la situation. Trump a reculé en rétrogradant son responsable de l’ICE, en renvoyant sa secrétaire à la Sécurité intérieure et en retirant certaines troupes.
Les membres de _Socialist Alternative_ (notre section sœur aux États-Unis) ont été impliqué·es de près dans le mouvement d’organisation de la grève du 23 janvier. Ils et elles s’organisent désormais en vue de la journée _No School, No Work, No Shopping_ du 1er mai 2026. Pour avoir un impact réel, il ne suffit pas d’attendre les prochaines enquêtes ou même les prochaines élections. Il faudra aller à l’offensive et prendre les rênes du pouvoir.
**Vers une transformation sociale**
Si bâtir une grève générale étendue à tous les États-Unis est nécessaire pour mettre fin aux enlèvements et aux meurtres perpétrés par l’ICE, le même type de rapport de force sera nécessaire pour en finir avec le dossier Epstein. C’est ainsi que la classe travailleuse pourra forcer la publication, les enquêtes et l’emprisonnement des élites responsables dans l’affaire Epstein.
Mais n’oublions pas: la violence et l’exploitation ne sont pas des accidents du capitalisme. Elles en sont les produits nécessaires. La lutte contre la violence faite aux femmes ne peut pas être séparée de la lutte contre le système économique qui reproduit les inégalités sociales et la concentration du pouvoir.
L’indignation, les actions symboliques et les procès ne suffisent pas à transformer un système. La lutte contre l’exploitation et les violences sexuelles, au Québec comme ailleurs, doit s’inscrire dans un mouvement politique plus large visant à transformer radicalement les structures économiques et politiques de la société.
Le problème derrière les scandales sexuels d’Epstein ou de Rozon n’est pas d’abord d’ordre moral ou juridique. Il est directement lié à leur place dans la société capitaliste : leur capital économique et social leur permet l’impunité face au reste de la société.
L’émancipation réelle des femmes exige une société où la richesse et le pouvoir ne sont plus concentrés entre les mains d’une minorité, mais placés sous le contrôle démocratique de la majorité.
**Frapper là où ça fait mal**
Pour forcer la classe dirigeante à répondre à nos revendications, il faut frapper là où ça lui fait le plus mal, c’est-à-dire ses profits. Pour ce faire, il faut arrêter l’économie par des grèves massives, des refus de travailler et des moyens de pression efficaces. En période de crise, les milliardaires ne se laisseront pas attaquer sans répliquer, car ils doivent à tout prix conserver leur contrôle et leurs profits. La classe ouvrière doit être prête et organisée si elle veut gagner de nouvelles batailles contre la violence, l’exploitation et l’impunité.
par Carlo Mosti, Rosalie Bélanger-Rioux