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C’est comme ça ! Ah… La, la, la, la…
1986 – J’adore regarder des clips à la télévision. Il y en a un avec un singe et une vieille télé. Quand les Rita Mitsouko apparaissent, le singe est comme fou. Catherine Ringer (1957-2026) danse, mais je ne sais pas encore qu’elle s’appelle Catherine Ringer et que le guitariste, c’est Fred Chichin. Elle danse et elle a de très grandes chaussettes avec des rayures noires et blanches. Ma mère m’achètera les mêmes. Bon, je n’aurai pas le droit d’aller au collège avec, mais je pourrai les mettre pour jouer dans le spectacle qu’on prépare avec les scouts.
_Quel est donc ce froid que l’on sent en toi ?_
C’est l’été. Avec ma cousine, on danse sur _Marcia Baïla_. On ne comprend pas trop de quoi parle la chanson. Et puis le cancer emporte mon grand-père ; il emporte aussi ma tante et encore le père de ma meilleure amie et, là, je pige : la joie, la fête, l’urgence de vivre.
Des années après, je suis journaliste à Mâcon. Les Rita viennent chanter. Je dois faire l’interview. J’écoute en boucle _Cool Frénésie,_ leur nouvel album. Catherine Ringer parle de son père : _« C’était un homme […] un Juif polonais […] Il fit, pendant ces cinq ans, neuf camps différents […] Miracle, il en est sorti, il a réussi à tenir et à venir à Paris, peindre et donner la vie. »_ L’interview ne se fera pas, mais je comprends mieux ce _Petit Train_ qui s’en va dans la campagne… Toujours l’urgence de vivre, de faire la nique à la mort, de répondre à l’absurde par la danse.
_Mais moi, je suis quand même là_
2007 – Fred Chichin lâche sa guitare, s’en va manger les pissenlits par la racine et laisse Catherine Ringer seule sur scène. Mais elle continue, reprend le micro et poursuit Le Variety Tour. De toute façon, elle n’est pas seule, le public est là, qui ne la quittera plus.
_Les histoires d’amour finissent mal, en général_
Et puis vient #MeToo. Catherine Ringer a désormais une longue natte grise, elle évoque la _« p’tite jeune fille »_ qu’elle a été. L’emprise, ces trucs qu’on lui a fait faire. Et, sur le Web, je retombe sur cette émission des années 1980 où elle tient tête à Serge Gainsbourg, qui l’insulte, cherche à l’humilier. L’homme à la tête de chou n’est plus que l’ombre de lui-même, quand Catherine Ringer rayonne, pleinement vivante, d’une témérité incroyable et d’une énergie contagieuse.
_On n’a pas que d’l’amour, ça non !_
2024 – Catherine Ringer revisite _La Marseillaise_ pour célébrer l’inscription dans la Constitution du droit à l’avortement. Son _« Aux armes, citoyens, citoyennes »_ résonne dans Paris _._ Encore une fois _,_ la puissance de sa voix bouleverse. Elle peut chanter du rock comme de l’opéra, pousser des vocalises avec Bernard Lavilliers, passer du funk au musette, du punk au tango. C’est une bête de scène, il faut la voir danser avec Iggy Pop.
_I Put a Spell on You_
14 septembre 2026 – Le crabe est de retour, et ce de façon fulgurante. Catherine Ringer est touchée. Je pleure, je chante, je danse.
Catherine Ringer, le son de notre jeunesse, les couleurs des années 1980, mais surtout quarante ans de musique, d’audace et d’amour.
**Stéphanie Gallet**
Photo Rama, CC BY-SA 2.0 FR, via Wikimedia Commons