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Omnibus X : Corporate Europe Observatory révèle comment le lobby des pesticides a coécrit le texte de la Commission, puis celui des rapporteurs au Parlement européen
**_Ce 7 octobre 2026, l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO) publie une_** __**enquête accablante sur la genèse de l’Omnibus Pesticides**__** _, ou Omnibus X. Leur rapport révèle que les demandes de Bayer, BASF, CropLife Europe et Copa-Cogeca se retrouvent, parfois mot pour mot, dans la proposition de la Commission puis dans les amendements des rapporteurs. Générations Futures, mobilisée aux côtés de plus de 80 organisations contre ce projet de dérégulation mortifère, demande la suppression des mesures de dérégulation sur les pesticides et biocides, la tenue d’une réelle consultation sur le développement d’alternatives soutenables de contrôle des ravageurs, et l’approfondissement des mesures concernant les limites maximales de résidus._**
Intitulé _« Food & Feed Omnibus, co-written by the pesticide lobby »_ (octobre 2026), **le rapport de CEO s’appuie sur des dizaines de documents obtenus par demandes d’accès aux documents de la Commission européenne, sur les contributions des industriels aux consultations et sur des documents internes du lobby**. Il documente un processus où l’industrie agrochimique a eu un accès très privilégié au processus d’élaboration de la proposition de la Commission, et comment**le rapport défendu par Herbert Dorfmann et Michele Picaro reprend parfois mot pour mot les demandes de l’industrie**.
# Les principales révélations
**1. Les ONG environnementales et organisations de santé écartées au début de la consultation.** CEO révèle que le premier « appel à informations » de la Commission (2 juillet 2025) n’a été adressé qu’à CropLife, Copa-Cogeca, des membres de l’IBMA (producteurs de biocontrôle) et à l’IFOAM (représentants de l’agriculture biologique). Ses dix questions portaient presque exclusivement sur les coûts et les délais pour les entreprises, et l’opposition claire de l’IFOAM à toute dérégulation a été ignorée. Ni les associations de santé, d’environnement ou de consommateurs, ni les scientifiques n’ont été consultés à ce stade. Elles n’ont pu s’exprimer qu’à partir du 16 septembre 2025, lorsqu’un appel à contributions a été ouvert. Cet appel a rassemblé 6 380 répondants majoritairement opposés aux propositions de dérégulation, mais la Commission n’en a tenu aucun compte. Comme nous l’avons dénoncé à plusieurs reprises, aucune étude d’impact n’a été réalisée par la suite.
**2. L’autorisation illimitée des pesticides, une demande émanant de Bayer et de la Copa-Cogeca.** Dans l’appel à contributions de la Commission Européenne ouvert le 16 septembre 2025, Bayer réclamait des autorisations « étendues à 20 ans ou illimitées », et la Copa-Cogeca la suppression de la limite de durée des approbations. Dès le 8 octobre 2025, bien avant la fuite du projet de texte (28 novembre 2025), la DG SANTE et la DG AGRI échangeaient sur ce sujet avec la Copa-Cogeca, CropLife Europe, PROFEL et IBMA. Les ONG environnementales telles que PAN Europe n’ont jamais, pour leur part, été informées. Au final, la Commission est allée encore plus loin que la demande de la Copa-Cogeca, qui réclamait une approbation illimitée après le premier renouvellement : l’Omnibus supprime purement et simplement le premier renouvellement.
**3. Au Parlement, des co-rapporteurs qui reprennent directement les demandes de l’industrie.** Comme en témoigne la « _declaration of input_ » de leur rapport, Herbert Dorfmann (PPE) et Michele Picaro (ECR) n’ont sollicité que l’industrie des pesticides, l’agrobusiness et l’industrie du biocontrôle : Bayer, BASF, Corteva, CropLife, ECCA, Euroseeds, Copa-Cogeca et des lobbies agricoles italiens comme Confagricoltura.
_Ci-dessus : extrait du rapport sur l’Omnibus X rédigé par les parlementaires Herbert Dorfmann (PPE) et Michele Picaro (ECR)_
En comparant les demandes de l’industrie, adressées à la Commission en 2025 et 2026, aux amendements, CEO montre qu’ils en reprennent plusieurs :
* l’extension de l’approbation illimitée aux produits formulés autorisés par les États membres (am. 45), comme le demandait BASF ;
* son application aux renouvellements en cours, dont les réévaluations seraient abandonnées (am. 35), autre demande de BASF ;
* un délai de grâce de trois ans par défaut, y compris lorsqu’il existe une alternative (am. 30 et 31), comme le demandaient CropLife et BASF, sauf « préoccupations immédiates et graves » pour la santé ou l’environnement ;
* une évaluation socio-économique et agro-économique dans les décisions de dérogation (am. 19), demande de Bayer, CropLife et Copa-Cogeca ;
* une dilution des critères d’exclusion fondés sur le danger par la prise en compte de « mesures d’atténuation des risques » (am. 14), dans la ligne de l’approche « fondée sur le risque » historiquement réclamée par l’industrie chimique.
**4. « Pas d’interdiction sans alternative » : un slogan travaillé en amont de l’Omnibus**
Employé par la FNSEA depuis au moins 2020 et par Bayer en 2023 pour une pétition sur le glyphosate, le slogan a été « soigneusement élaboré » par le lobby des pesticides dans la perspective de l’Omnibus, selon CEO. Le 28 mai 2025, une coalition d’industriels dont CropLife EU demande à la Commission que davantage d’« experts de terrain issus de l’industrie » participent à la rédaction des guides de l’EFSA. En juin 2025, une présentation interne de CropLife détaille comment déployer le slogan pour « ralentir ou arrêter le retrait de substances » et appelle à réformer les procédures de l’EFSA. Le 4 septembre 2025, Copa-Cogeca reprend l’argument de la « boîte à outils vide » devant la DG AGRI. Le 15 juillet 2026, elle organise avec CropLife EU un événement commun pour les eurodéputés, dans ses locaux, autour du même discours.
**5. Biocontrôle : l’industrie invoque les alternatives mais freine leur développement**
Au nom du slogan « pas d’interdiction sans alternative », l’industrie réclame que les pesticides restent sur le marché tant qu’aucune alternative n’existe. Pourtant, CEO montre qu’elle s’est opposée à une voie rapide pour le biocontrôle, que la Commission présentait comme l’un des objectifs de l’Omnibus. La fédération allemande de l’industrie chimique (VCI) a déclaré que la priorisation du biocontrôle « ne doit pas se faire au détriment des innovations chimiques de synthèse modernes ». BASF a demandé de remplacer toute priorisation stricte par des voies dédiées à « l’ensemble de l’innovation ». Le lobby betteravier CIBE a affirmé à la DG SANTE qu’aucun produit de biocontrôle n’est aussi efficace que les substances chimiques actuelles.
**6. Un refus d’harmoniser les normes sur les produits importés.** BASF, CropLife, Bayer et des traders de céréales et d’oléagineux (Coceral, FEDIOL, FEFAC) se sont montrés sceptiques, voire opposés, à la limitation des résidus de pesticides interdits dans l’UE sur les denrées importées, pourtant présentée comme une mesure largement insuffisante par les ONG environnementales.
# **Un argument de plus pour la suspension des négociations**
Le rapport de CEO vient documenter minutieusement la manière dont le lobbying agro-industriel a été le principal moteur de la proposition d’Omnibus Pesticides. **Il démontre de manière extrêmement étayée comment un agenda de dérégulation massif est poussé par ce lobbying avec cynisme, sous couvert d’aider au développement d’alternatives et à contre-courant des enjeux historiques comme de la volonté populaire** de sortir des pesticides de synthèse, encore massivement démontrée le 3 octobre dernier à Saint-Pierre-la-Garenne.
**Générations Futures dénonce avec force cet entrisme anti-démocratique et réclame la suspension immédiate des négociations.** La **France doit s’opposer à la validation officielle du compromis** auquel le Coreper a abouti le 30 septembre et construire une minorité de blocage lors du prochain conseil des ministres de l’agriculture européen. **Au Parlement, les négociations doivent s’arrêter et des discussions sérieuses sur l’avenir du modèle agro-alimentaire européen doivent s’engager, en ayant pour base**
1. **La suppression des mesures de dérégulation des pesticides et des biocides**
2. **Une réflexion commune entre producteurs du biocontrôle, acteurs de santé, et acteurs de l’environnement sur l’accélération du développement d’alternatives soutenables de contrôle des ravageurs**
3. **L’approfondissement des mesures de réduction des limites maximales de résidus pour les pesticides interdits en Europe**
Andy Battentier, chargé de campagne pour Générations Futures, déclare : « _Avec cet excellent rapport, CEO documente précisément comment l’Omnibus Pesticides a été conçu pour maintenir un modèle agricole suffocant et dépassé, incapable de répondre aux enjeux du XXIème siècle. La démocratie européenne mérite mieux que ces méthodes indignes, et nous appelons les parties impliquées dans les négociations – parlementaires, Commission, Etats Membres – au sursaut. Il est temps de reprendre un débat sur des bases sérieuses._ »
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