information.tv5monde.com
Turquie: des décharges d'Istanbul classées parmi les pires émetteurs de méthane au monde à un mois du début de la COP31
Par Elena Lionnet avec agences
Une analyse d'images satellite effectuée par l'université de Los Angeles désigne la décharge de Silivri, à Istanbul, comme la plus importante source d'émissions de méthane de Turquie, avec un rejet moyen de 7,4 tonnes par heure. Une révélation qui fait tache un mois avant le début de la COP31 à Antalya.
Une analyse d'images satellite effectuée par l'université de Los Angeles désigne la décharge de Silivri, à Istanbul, comme la plus importante source d'émissions de méthane de Turquie, avec un rejet moyen de 7,4 tonnes par heure. Une révélation qui fait tache un mois avant le début de la COP31 à Antalya. L'information a été relayée par le quotidien britannique The Guardian : la décharge de Silivri, près d'Istanbul, est la plus importante source d'émissions de méthane parmi les décharges turques, avec un rejet moyen de 7,4 tonnes par heure, soit l'équivalent de 1,5 million de SUVs faisant tourner leurs moteurs à essence. C'est l'un des pires émetteurs au monde de ce gaz à effet de serre recensés par une équipe de chercheurs de l'université de Los Angeles (UCLA) auteurs d'une étude. Ces informations proviennent de données publiques publiées par l'organisation indépendante à but non lucratif Carbon Mapper , qui s'appuie sur les images recueillies par le satellite Tanager-1 de Planet Labs. (Re)lire Climat : le méthane, l'autre gaz à effet de serre qui concentre les attentes Les chercheurs de UCLA participant au projet "Stop Methane" ont établi une liste d'émetteurs en identifiant les sites affichant les taux d'émission moyens les plus élevés, pour lesquels au moins deux panaches de fumée ont été observés et quantifiés au cours d'une période allant du 1er janvier 2025 au 1er juin 2026. Trois de ces sites en Turquie sont situés près de la plus grande ville du pays (Istanbul), tandis que d'autres se trouvent à proximité de la capitale (Ankara) et de destinations touristiques côtières (notamment Antalya, où se tiendra la COP31). Istanbul concentre trois des sites les plus émetteurs Le site de Silivri, situé dans la partie occidentale de la banlieue d'Istanbul, a un taux moyen d'émission évalué à 7,4 tonnes par heure, provenant de 6 colonnes de gaz observées lors de quatre survols satellitaires différents pendant quatre jours. Le 25 novembre, on a même observé un pic à 11,97 tonnes par heure. Toujours dans la zone d'Istanbul nous avons la décharge de Şile qui occupe la 2ème place avec une moyenne de 4,1 t/h, calculée sur 6 colonnes de gaz relevées lors de cinq journées d'observation et cinq survols. Et le 3ème site proche d'Istanbul est Eyüpsultan, qui se situe au 7ème rang du classement établi par le projet Stop Methane avec une moyenne de 1,1 t/h. Le site a été observé par le satellite Tanager-1 lors de quatre journées différentes. Les seuils étaient normaux pour trois d'entre elles mais pour la seule journée du 25 novembre 2025, l'instrument de mesure a capturé deux énormes colonnes de gaz distinctes, une quantifiant 3,17 tonnes de méthane par heures et la deuxième, 1,1 t/h. La Turquie n'a pas signé la charte sur le méthane Bien que la Turquie ait inscrit les objectifs "zéro déchet" et la réduction des émissions de méthane à l'ordre du jour du sommet, elle ne figure pas parmi les 159 pays signataires de l'Engagement mondial sur le méthane, qui vise une réduction de 30 % d'ici 2030. Les chiffres recueillis par les chercheurs du projet "Stop Methane" veulent attirer l'attention sur les mesures de contrôle dans le secteur des déchets à l'approche de la COP31, que la Turquie accueillera à Antalya en novembre. Pour les autorités et les opérateurs turcs chargés de la gestion des déchets, ces données soulignent la nécessité d'identifier les sources d'émissions importantes ainsi que d'améliorer la captage du gaz et la gestion des décharges. Empêcher les déchets alimentaires et autres matières organiques d'aboutir en décharge permettrait de réduire la production de méthane à la source soulignent les chercheurs californiens. Un problème qui dure depuis des années "L’odeur n’est pas subtile. Elle vous étouffe" , a déclaré Kemalettin Özenç, assis devant un salon de thé dans le village de Yolçatı, tout proche de la décharge de Siliviri, au journaliste du Guardian . " C’est pire quand l’air est immobile : il arrive que des familles restent dehors jusqu’à minuit. Même à l’intérieur, impossible d’y échapper." Mais difficile pour les habitants de se mobiliser, la crainte de la répression est palpable explique le journaliste du Guardian. Pourtant, cela fait des années qu'ils cherchent quelqu'un pour intervenir. Ils n'ont jamais tenté de contacter la mairie d'Istanbul et certains se contentent de laisser des commentaires sur les odeurs sur la page Google Maps de la décharge. Bon nombre de ces sites sont des décharges équipées de systèmes de captage des gaz et d'installations de production d'énergie à partir de biogaz soulignent les chercheurs du projet "Stop Methane". En publiant cette liste, ils souhaitent mettre en lumière ces émissions et aider les exploitants, les autorités de réglementation et le public à concentrer leurs efforts sur les sites où une intervention peut générer les retombées climatiques les plus significatives à court terme. (Re)lire Méthane, déforestation, financement climatique... Quels objectifs pour la COP30 qui s'ouvre à Belém? En rendant visibles et mesurables les pics d'émissions dans le secteur du traitement des déchets, via des images objectives recueillies par satellite, les chercheurs offrent aux autorités turques et aux industriels du secteur l'opportunité de cerner les anomalies structurelles de ces décharges et ainsi, peut-être, convertir les promesses de la COP31 en interventions concrètes pour faire diminuer les émissions de méthane.