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Visite : le Musée de la Radiologie
Disposant malheureusement de fort peu de temps pour profiter des Journées européennes du Patrimoine ce week-end dernier, j’ai choisi une visite de proximité, et ce fut une merveilleuse découverte.
Je croyais pourtant avoir déjà écumé tous les musées médicaux accessibles de Paris. J’ai déjà visité :
* le Musée d’histoire de la médecine et ses excellentes expositions,
* le regretté Musée Dupuytren, aux collections aujourd’hui conservées à Jussieu et accessibles au seuls chercheurs,
* le Musée des moulages dermatologiques de l’Hôpital Saint-Louis.
* le Musée des services de santé de l’Armée du Val de Grâce,
* le Musée Curie, juste à côté de l’Institut du même nom,
* le Musée d’histoire de la psychiatrie et des neurociences de l’Hôpital Sainte-Anne,
* et même le Musée François Trillequin de matière médicale, difficile d’accès.
J’attends avec une patience forcée d’avoir l’occasion de découvrir :
* le Musée Pasteur (ouverture du nouveau musée prévue dans 2 ans)
* le Musée de l’AP-HP, hélas fermé depuis longtemps sans plans immédiats mais dont les collections sont disponibles en ligne,
* les Collections de l’Ordre des Pharmaciens (réouverture prévue en 2025).
Je suis donc tombée des nues en découvrant l’existence du Musée de la Radiologie tenu par la Société française de Radiologie, à un jet de pierre de chez moi, dans le treizième arrondissement de Paris.
La collection est privée et vient principalement du docteur Antoine Beclère, l’un des pionniers de la discipline.
À l’été 1896, seulement six mois après la publication de la découverte des rayons X par Röntgen, il installait un radioscope à l’hôpital Tenon et instaurait un protocole de dépistage systématique de la tuberculose. Je ne suis pas sûre de connaître un autre exemple d’application médicale aussi rapide de découvertes en physique fondamentale (mais n’hésitez pas à me détromper).
On apprend qu’une séance de radiologie pouvait durer un quart d’heure pour une main, et jusqu’à 45 minutes pour le thorax. On essaye, avec difficulté, d’imaginer les opérations chirurgicales guidée par rayon X, avec l’opérateur le nez (enfin, les yeux) dans la bonnette de son radioscope et informant directement le chirurgien, tout en faisant attention à la température de l’ampoule sous tension, refroidie par un courant d’eau et parfois réchauffée par un petit réchaud à alcool !
La diversité des machines reflète les expérimentations et les progrès de la discipline. J’en retiens en particulier l’improbable Rotoscope du Dr. Antoine Dénier, où le médecin, sur son strapontin, et le patient, debout devant le radioscope, basculent de concert de façon à faire couler le produit de contraste selon les besoins de l’observation… À ne pas confondre avec la rotoscopie utilisée en cinéma d’animation !
Outre pléthore d’ampoules servant à la production des rayons X, on trouve aussi dans la collection des machines anciennes rarement vues ailleurs, diversement utilisées pour des tentatives d’électrothérapie, d’ozonothérapie ou encore d’actinothérapie (rayons UV). Mes photos prises à la volée sur mon téléphone ne rendent pas justice à l’ensemble mais vous donneront une petite idée de ce que j’y ai vu :
Encore plus rare, le musée possède environ 80 cires anatomiques représentant les types d’affections et de tumeurs traitées en radiologie. Elle ont été réalisées par le céroplasticien spécialisé Charles Jumelin pour servir aux cours d’Antoine Beclère sur la radiothérapie à l’Hôpital Saint-Antoine.
Certaines sont très impressionnantes (surtout celles aux yeux ouverts), et plusieurs diptyques avant/après permettent de se figurer précisément les succès thérapeutiques permis par la nouvelle technique.
Notre visite était guidée par le responsable du musée, Frédéric Roz, que je remercie de son accueil et de sa bienveillance face à la pluie de questions que je lui ai infligée : non, la collection n’est pas labellisée Musée de France ; oui bien sûr, elle est ouverte aux chercheurs intéressés ; non, tout n’est pas exposé et oui, la collection inclut une importante documentation.
Une fois revenue, je me suis dépêchée de partager ma découverte et mon enthousiasme avec Françoise Khantine-Langlois, pour les instruments anciens, Alexandre Wenger pour les cires médicales et l’équipe d’histoire des sciences de Paris 7, au cas où des étudiant⋅e⋅s en histoire de la médecine chercheraient des collections comme sujet d’étude.
Si tout ça vous a donné envie d’y jeter un œil par vous-même, vous pouvez attendre les grandes occasions (Fête de la Science, JEP…) ou plus simplement vous inscrire à la visite organisée tous les mois via le site Explore Paris.
Si vous voulez plus d’idées de visites à thème d’histoire des sciences et des techniques, je vous renvoie à ce billet dédié, qui nécessiterait une petite mise à jour !
Pour aller plus loin :
* Histoire de la découverte des rayons X et de leur application en médecine
* Les rayons X et l’histoire de leurs propriétés
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