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Se moquer des absurdités de la “Tech”. Proposer des alternatives. L’infolettre bien salée : www.absurdi.tech 🧂 🌉 bridged from ⁂ www.absurdi.tech, follow @ap.brid.gy to interact

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Thomas Beaufils - Absurdi.tech @tbeaufils.piaille.fr.ap.brid.gy · 28/09/2026
Du nom que l'on donne aux "affaires" : c'est de l'affaire #Pangram dont nous devrions parler, pas de l'affaire Orélien. Une différence notable toutefois avec de précédentes polémiques liées à l’IA : on est ici face à une affaire d'abord raciste et politique, avant d'être technologique. D'une […]
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 27/09/2026
Dans Absurditech aujourd'hui, on parle de ce que l'IA fait à la réalité et à la culture
absurdi.tech
Du nom que l'on donne aux "affaires"
Le tempo de cette infolettre est encore une fois dicté par l'actualité "IA" la plus nauséabonde, et cela m'épuise. Mais que voulez-vous : nous parlerons bien ici de "l'affaire Thélyson Orélien". Affaire qui me semble bien mal nommée, nous y reviendrons. Rappel des faits : Thélyson Orélien, auteur canado-haïtien, sort en cette rentrée littéraire un premier roman en forme de succès. 40 000 exemplaires vendus, en lice pour le Goncourt, le Renaudot ou le Femina : _C’était ça ou mourir_. Le bouquin vient de remporter le prix du roman Fnac, au moment où le scandale émerge. Car voilà que sur le réseau social d'Elon Musk, X, un compte anonyme baptisé « _Balance ton Claude_ », jusqu'ici inconnu, déclare que cet ouvrage est _« rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle »_. Il base cette accusation sur un logiciel sensé pouvoir détecter quel pourcentage d'un texte a été écrit à l'aide de l'IA générative, j'ai nommé Pangram. La machine, c'est le cas de le dire, est lancée. La séquence qui en suivra est tristement représentative du traitement catastrophique de l'IA et de ses conséquences par la sphère médiatique française : * La polémique part du cloaque des enfers, j'ai nommé Twitter * Les plus gros médias généralistes y vont de leur analyse beaucoup trop rapidement, et sans prise de recul aucune, dans des articles se voulant "neutres" * Puis les spécialistes "tech" desdits médias expliquent plus en détail ce qu'est "l'outil" ou l'entreprise concerné·e ou mis·e en cause (ici Pangram), là encore avec "neutralité" * Le Figaro, lui, raconte n'importe quoi (cette fois, il a le plaisir d'être en plus directement concerné) * Michel Guerrin, le rédac chef du Monde, publie une chronique à côté de la plaque, comme à son habitude * On donne ensuite la parole au PDG de l'entreprise concernée ; qui va évidemment expliquer que son "outil" est génial ; il serait bien idiot de dire le contraire * Les vrai·es spécialistes du sujet [_je ne parle pas de moi ici, je ne ferais que colporter la pertinence de leur analyse_] prennent la parole pour corriger le tir le plus rapidement possible * Mais le mal est déjà fait... Voilà donc où nous en sommes aujourd'hui : le mal est fait, Orélien est décrédibilisé en tant qu'auteur et ses tournées annulées, sa carrière est mise entre parenthèses, indéfiniment. Mais il y a ici une différence assez notable avec d'autres polémiques ayant trait à l'IA : on est là face à une affaire d'abord raciste et politique, avant d'être technologique. Car l'intriguant derrière le compte "_Balance ton Claude_ " est un chroniqueur du Figaro, Samuel Fitoussi ; dont je concède n'avoir jamais entendu parler avant "l'affaire". Or, le compte X en question n'avait que 100 petits abonnés au moment de ses tweets rageurs, et n'aurait pas pu démarrer grand chose sans les reprises de médias d'extrême droite comme Valeurs Actuels (et de son bien connu Charles Sapin notamment) ou Le Figaro (en plus du compte personnel de Fitoussi lui-même, mais également celui de Paul Sugy), premiers sur le dossier dans ce qui ressemble fort à une attaque coordonnée, comme le rapporte Médiapart. Les nombreux relais en ligne de la fachosphère reprennent ensuite l'info en boucle, et Eugénie Bastié élève Fitoussi au rang de "lanceur d'alerte", rien que ça. **Nous, il nous reste nos yeux pour pleurer en constatant que l'IA générative est un vecteur encore une fois bien pratique pour détruire la réalité dans un dystopisme de foire.** Il faut dire qu'Orélien et son bouquin avait tout pour énerver l'extrême droite de notre beau pays : auteur noir et immigré, son livre retrace avec humanité le périple d’un migrant, dans un récit qui semble en partie autobiographique. "_C'était ça ou mourir_ ", édité chez Grasset, est aussi l'un des derniers ouvrages choisis et supervisés par Olivier Nora avant que Bolloré ne le limoge, et Orélien avait d'ailleurs affiché publiquement son soutien à l'éditeur renvoyé... Thélyson Orélien le déclarait lui-même dans un entretien chez Libération, qui doit nous couvrir de honte, nous français·es : > "_Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes, qui ne viennent pas des lecteurs mais de personnes extérieures qui cherchent à nuire. Je n’y prêtais aucune attention. Mais je ne m’attendais pas à des attaques de ce genre. Je ne suis pas triste mais en colère. Je suis en train de constituer un dossier avec mes éditeurs en France et au Québec pour prouver ce que je dis."_ Thélyson Orélien, à Manosque, le 24 septembre 2026. JOEL SAGET / AFP L'affaire est donc raciste et politique, on l'a dit. Mais elle aussi parfaitement symbolique de ce qu'est l'IA, à savoir un entrelacs d'intérêts économiques. **Et c'est ici que je vais vous proposer de renommer cette affaire non pas du nom de l'auteur mis en cause, mais des vrais acteurs derrière la polémique : Samuel Fitoussi d'un côté, Pangram de l'autre.** Car avant de parler de l'efficacité (ou non) de Pangram, il faut noter que tout ceci pourrait bien être une gigantesque campagne de publicité pour Pangram, orchestrée par l'entreprise avec l'aide de Samuel Fitoussi dans le rôle "d'influenceur". C'est en tout cas pour cette thèse que penchent les journalistes Olivier Tesquet et Jérémie Younes dans deux fils Bluesky bien sourcés et excellents à dérouler. Extrait d'un article de Télérama, co-écrit par Tesquet dans la foulée : > _"Dans une longue justification publiée sur X ce vendredi matin, [Fitoussi] assume sa démarche, insistant sur son caractère collectif (« Les autres révéleront leur identité en temps voulu s’ils le souhaitent ») et sa volonté de « lancer l’alerte » [...] « Pourtant plutôt techno-optimiste, je redoute qu’après plusieurs millénaires de civilisation fondée sur l’écrit, l’IA provoque la disparition de la lecture et de l’écriture », écrit encore le chroniqueur, en ajoutant que « l’IA peut, et pourra de plus en plus (les tics d’écriture disparaîtront avec le progrès des modèles) produire des œuvres exceptionnelles, en quasi-autonomie ». Mais Fitoussi, lui-même très poreux aux idées d’extrême droite (il émarge aussi au comité éditorial de la très libérale revue Civilisation, applaudie [sur Linkedin] par le milliardaire_ Pierre-Édouard Stérin_), se garde bien d’évoquer le caractère manipulatoire de son modus operandi, qui a facilité le harcèlement raciste sur le réseau d’Elon Musk. Tout juste se contente-t-il d’exprimer sa « compassion pour les jours difficiles que doit vivre Orélien »._ > _**Curieusement, ce message ressemble moins à un plaidoyer pour la littérature qu’à une apologie de… l’IA, présentée comme le seul moyen de « préserver les incitations à écrire dans ce nouveau monde ». Ce qui n’est peut-être pas si étonnant quand on sait que Samuel Fitoussi est chargé d’affaires au sein de la société de capital-risque Frst, qui investit dans le secteur de l’IA**(créée par deux anciens d’un fonds abrité par Otium Capital, le « family office » de Stérin), et a donc un intérêt à ce que le débat sur l’utilisation de celle-ci occupe largement l’espace médiatique. **En réalité, la mécanique est connue : un professionnel de l’IA propose un remède technologique à une crise que sa propre industrie a précipitée. Ici, les outils de détection comme Pangram, qui deviendraient la condition de l’écriture humaine, seuls à même de garantir sa survie.** "_ Et l'intérêt de Fitoussi pour Pangram, plus particulièrement ? Il n'y a pas de preuves aujourd'hui de quelconques liens financiers, mais des points intéressants néanmoins, que note Jérémie Younes : un détail d'abord, le "handle" sur Twitter du compte "Balance ton Claude" est littéralement @pangramed, ce que l'on traduirait par "_tu t'es fais pangramé_." Surtout, il y a un mois déjà, Fitoussi ne cachait pas soutenir Pangram comme "le plus fiable des détecteurs existants", en n'avançant aucune preuve tangible, bien évidemment. Dans son long post de vendredi, Fitoussi remercie enfin les nombreux médias français qui aurait "établi la fiabilité de Pangram". Là encore, pas de preuves que Fitoussi soit à la colle financièrement ou amicalement avec Pangram, mais disons que l'on n'est _a minima_ sur un bel ambassadeur de marque. Bon, c'est super tout ça, mais la question la plus importante _in fine_ , c'est de savoir si ça marche vraiment, ce Pangram. **Ça va aller assez vite : non, Pangram n'est pas fiable, et aucun de ces pseudos "_détecteurs de contenus générés par IA_ " ne peut l'être, par nature même.** Il y a d'abord eu de nombreux tests ces derniers jours, prouvant qu'en passant des classiques écrits en 1900 à la moulinette de Pangram, sans leur appliquer de modifications, ils ressortent avec des pourcentages plus ou moins élevés de "génération par IA". Victor Hugo saura heureux de savoir qu'il a été "_pangramed_ ", je présume. Autre test plus intéressant peut-être, ici, en utilisant le texte du roman mis en cause lui-même. En changeant une simple phrase à la main dans un extrait du livre, Pangram passe instantanément de 16% à 100% de "texte généré par IA". **Cela démontre le ridicule de toute la polémique, car le test n'est pas bien dur à mener : on n'est pas sur du journalisme d'investigation.** Je vais citer enfin un récent post de Nicolas Bodin Guittard, spécialiste du _watermarking_ de contenus générés par IA, que j'avais déjà interviewé par le passé pour cette infolettre, pour conclure : > _"Un détecteur ne trouve pas dans le texte une petite étiquette « écrit par ChatGPT ». Ce qu'on appelle « détection de texte généré » n'existe pas : on mesure une proximité avec un corpus de référence. Le score répond à « ce texte ressemble-t-il à ce que j'ai appris ?. > > Prenons un exemple. Si je génère un texte avec une IA puis que je le reformule suffisamment, le score peut changer. Je peux même recommencer plusieurs fois jusqu’à passer sous le seuil du détecteur. C’est exactement le principe des outils dits « humaniseurs », ils ne rendent pas nécessairement le texte plus humain, ils le rendent moins facilement classable. À l’inverse, un humain peut naturellement produire un texte qui ressemble aux caractéristiques recherchées par le détecteur. > > Et surtout, un score n'est PAS une preuve. Une preuve, ce sont des brouillons datés, un historique de versions, une chaîne de production que l'on peut vérifier. Sans cela, on a une alerte. C'est toute la différence entre détecter une ressemblance et établir une provenance. Sur l'image, la vidéo, l'audio et les documents, nous ne cherchons pas si « ça ressemble à de l'IA ». Nous cherchons s'il existe dans le contenu lui-même, dans le signal, une trace laissée par le générateur."_ On en revient toujours à la même chose, la charge de la preuve : pourquoi ce serait à nous humain·es de prouver que nous ne sommes pas des machines, quand cela devrait être aux entreprises qui fabriquent ces "machines" de notifier à chaque instant que les contenus qu'elles génèrent ne le sont pas par des humain·es ? Ce renversement est insupportable. Au fond, ce qui m'intéresse dans cette "affaire", ce n'est pas de savoir si Thélyson Orélien a utilisé l'IA ou non pour écrire son bouquin. On n'en saura probablement jamais rien avec entière conviction, comme l'explique très bien Radio Canada ; seul grand média que j'ai vu traiter l'information, tout du long, avec recul. C'est dire le niveau des médias français. Non, ce qui m'intéresse, c'est de constater que quand, il y a quelques mois, Alain Damasio déclarait lui dans le plus grand des calmes sur le plateau de "C Ce Soir" utiliser l'IA pour ses prochains travaux d'écrivain, cela n'a choqué personne. À part moi, peut-être, j'en conviens. Cela n'a en tout cas gêné ni "La Grande Librairie" qui continuait à l'accueillir en grandes pompes, ni Fitoussi et Le Figaro qui auraient pu en faire leurs choux gras, déjà. Non, pas de scandale dans le monde de l'édition ni dans la plus large sphère médiatique. Je me demande donc : quelle peut bien être la différence entre Alain Damasio et Thélyson Orélien ? __Meme tristement pertinent de Mehdi Medjaoui,__ sur Linkedin L'IA générative est une technologie structurellement basée sur des biais racistes et sexistes. Elle est de plus manoeuvrée par des entreprises et figures ne cachant pas leur accointances avec le fascisme le plus chimiquement pur. Le comportement même qui a permis son existence se rapporte à une forme très nette de colonialisme numérique. Faut-il alors s'étonner qu'elle soit utilisée pour décrédibiliser le travail de personnes racisées, ici un homme d'origine haïtienne ? Faudra-t-il s'étonner quand la prochaine victime d'un tel cirque médiatique et politique sera une femme ? **Car "l'Affaire Pangram-Fitoussi" doit être le procès en médiocrité de nos médias et de nos politiques quand il s'agit de parler d'IA et de technologie, bien plus que tout autre procès.** Honte à l'académie Goncourt, bien prompte à prendre pour argent comptant des déclarations calomnieuses de "journalistes" et des "analyses" qui ne prouvent rien, en insultant Orélien de plagiaire sans aucune base sérieuse. Courage à Thélyson Orélien, dont la carrière est définitivement enterrée si l'on en croit Le Monde, un média dont le traitement très décevant de l'affaire illustre à merveille la méconnaissance des sujets tech même dans médias à la pointe par le passé. Courage à tous les auteurs et toutes les autrices qui ne rentrent pas dans le moule de l'image l'Épinal de l'écrivain·e, pour qui le doute sur leur réel talent sera toujours de mise, désormais. Et je conclue en repensant au moi d'il y a quelques années, qui essayais de positiver en ce début d'ère de l'IA générative : je me disais qu'au moins cela pousserait les humain·es à se dépasser pour faire mieux, plus original, plus créatif, face à une technologie qui ne sait par nature que recracher ce qui a déjà été... Mais je me trompais, à l'évidence. L'IA va nous tirer vers le bas créativement aussi, inhibant celles et ceux qui ne sont pas déjà presque prédestiné·es à devenir des "artistes", les privilégié·es pour qui l'argent, le temps passé et le risque ne sont pas un sujet, les "fils et filles de" dont le nom sera gage de confiance dès la naissance, celles et ceux qui ont déjà le réseau pour se protéger de telles calomnies. La marche à suivre, me concernant, ne bouge de toute manière pas : lire des livres ; ne pas utiliser l'IA. Et puis, n'hésitez pas à acheter le bouquin d'Orélien pour vous en faire votre propre idée, après tout. * * * Merci d'avoir lu ce nouveau numéro ! On vous a fait suivre cette infolettre ? Si ce que vous y avez lu vous a plu, pensez à vous inscrire, gratuitement, via le bouton ci-dessous (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) 🤗 S'inscrire à Absurditech N'hésitez pas non plus à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements via le bouton ci-dessous, ou faites un don ponctuel 🙏 Soutenir Absurditech Un grand merci pour votre soutien, et une très bonne rentrée à toutes et tous ! À bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative (n'en déplaise à Pangram), pas sans fautes.
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Thomas Beaufils - Absurdi.tech @tbeaufils.piaille.fr.ap.brid.gy · 10/09/2026
RE: piaille.fr/@mathildesaliou/11724175… Je vois encore tout le monde s'exciter sur le 4537è démissionaire doomiste d'Open AI et consorts... heureusement @mathildesaliou est là pour dire les termes et rappeler les dangers réels qui nous tombent dessus, ici, tout de suite […]
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Thomas Beaufils - Absurdi.tech @tbeaufils.piaille.fr.ap.brid.gy · 12/09/2026
N'en déplaise aux tech bros : non, la fin du monde n'est pas pour dans 10 ans 🤦 #doomarketing Ça, et une histoire de brosse à dents, dans le dernier numéro d'@index : 👉 www.absurdi.tech/dyson-doomarketing
tristement célèbre post de Jacob Coxon
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 12/09/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui, du "doomarketing" pour le salé, et pour le sucré : plein d'événements pour se rencontrer !
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Des dents blanches pour la fin du monde
Je dois vous l'avouer : initialement, je n'avais pas prévu de vous parler de la nouvelle brosse à dent de Dyson, la "CameraJet". Ni de l'énième démission "fracassante" d'un ingénieur de [insérez ici le nom d'un géant de l'IA], parce que celui-ci tient à nous informer de la fin du monde à venir. J'avais prévu autre chose, une analyse plus large de ce que la tech est en train de s'auto-infliger avec l'avènement de l'IA générative... mais ce sera pour le prochain numéro ! Abonnez-vous ;) Et pourtant, me voilà avec un numéro de cette infolettre qui va parler spécifiquement de ces non-événements. Pourquoi ? Déjà parce que cette infolettre s'appelle Absurditech, et que les deux infos sont clairement débiles à souhait. Et puis parce que j'y vois autre chose de plus profond, qu'il est nécessaire d'analyser. C'est parti. Belle lecture à toutes et tous ! Commençons par l'absurdité la plus tangible des deux. Voici donc que Dyson, entreprise britannique spécialisée d'abord dans les aspirateurs (puis dans une quantité délirante de gadgets plus ou moins utiles consistant principalement à pousser de l'air dans un sens ou dans l'autre), vient d'annoncer sa première brosse à dents. Une brosse à dents électrique, sur un marché détenu par quelques entreprises pas franchement performantes ou innovantes... pourquoi pas ? Sauf que ladite brosse à dents représente parfaitement cette tendance de la tech : complexifier jusqu'au ridicule une pratique simple et globalement déjà assez bien maitrisée, ici le brossage de dents. Car la brosse à dents de Dyson intègre, je vous le donne en mille... de l'IA (on y reviendra), mais aussi, et c'est probablement ce qui a fait le plus parler : une caméra qui vous permet de contempler en gros plans, via une application sur votre téléphone, les morceaux de bidoche coincés entre vos canines. Ne cherchez pas, nous ne sommes pas en avril, c'est juste le monde dans lequel nous vivons désormais. __Si j'en crois ce visuel, Spiderman et Green Lantern ont uni leurs forces pour proposer... une brosse à dents ? Nous avons les super-héros que nous méritons.__ Le communiqué de presse de Dyson fait sonner le _bullshitomètre_ extrêmement fort dès les prémices. Ce sous-titre est absolument exceptionnel : > _"C'est une brosse à dents qui permet de visualiser votre cavité buccale, d'y détecter les espaces interdentaires, de les nettoyer au jet, d'utiliser un fil dentaire liquide [??], de distribuer du bain de bouche, d'enseigner des techniques d'hygiène bucco-dentaire, de filmer en direct et d'éliminer la plaque dentaire avec précision. C'est tout."_ Le "_c'est tout_ " final nous signifiant clairement ce que les attaché·es de presse de Dyson savent aussi : c'est complètement con. Mais accrochez vous, ça ce n'est que le début. Car évidemment, tout cela est "_AI powered_." Le nom de l'algorithme derrière le bousin ? Le "_Gap Optical Targeting_ ". C'est à dire littéralement "_Ciblage optique des espaces interdentaires_ ", mais ça sonne moins ridicule en anglais, convenons-en. Je vous jure, cela vaut le coup de s'infliger cet extrait du communiqué, hilarant : > _"La caméra macro de 100 000 pixels est équipée de la technologie Gap Optical Targeting™, l’algorithme d’apprentissage automatique basé sur l’IA développé par Dyson. Elle analyse 28 images en direct par seconde pour identifier, suivre et anticiper les espaces entre les dents en temps réel. Dans les 100 millisecondes suivant la détection d’un espace par la caméra, l’appareil l'identifie et le nettoie à l’aide d’un jet conique de bain de bouche, agissant comme du fil dentaire liquide, pendant que vous vous brossez les dents._ > _Seul Dyson* dispose d’une caméra équipée de la technologie Gap Optical Targeting™ permettant un nettoyage précis entre les dents pendant que vous vous les brossez, empêchant ainsi l’accumulation de plaque dentaire._ > _Dyson CameraJet™ fonctionne grâce à 16 millions de lignes de code et à un système d’apprentissage automatique entraîné sur 470 000 images dentaires collectées au cours du développement."_ L'énumération de chiffres plus _random_ les uns que les autres confine à l'art absurde. Superbe. _*tu m'étonnes que vous êtes solo sur ce marché, c'est complètement idiot votre truc._ __Cette brosse à dent s'appelle la CameraJet, parce qu'elle a une caméra, et qu'elle fait un jet. Voilà. C'est facile le marketing, vous voyez ?__ Mais au delà de la stupidité du truc, il faut surtout bien entrevoir une chose importante : nous, les humains qui nous brossons les dents, nous ne sommes pas la cible de telles annonces. Nous ne sommes pas les clients réels pour ce produit, comme l'exprime Meredith Whittaker. Non, les clients qui sont ciblés par cette annonce, ce sont les futurs investisseurs de Dyson, prêts à mettre des milliards d'euros dans cette entreprise qui aura annoncé toute une batterie de services dentaires "intelligents" basés sur l'IA, basés sur des modèles entrainés via le _feed_ vidéo en direct de ces milliers de brosses à dents "CameraJet". La version dentaire du technoféodalisme, de l'entrainement robotique dans les pays du "sud global". C'est pas gratuit (c'est même 470 balles la brosse à dents), mais à la fin c'est quand même vous le produit, comme le dit l'adage. Ou plutôt, vos quenottes filmées en _live_ deviennent le produit. Une nouvelle preuve que le factice le dispute au réel sur tous les terrains désormais, même celui des relations presse, les annonces ne s'adressant plus à des clients présents et concrets, mais à de futurs investisseurs excités par l'IA, dans tous les domaines imaginables. C'est débile ? Oui, mais, encore une fois : c'est le monde dans lequel nous vivons maintenant. Cela dit, soyez rassuré·es, braves gens. Car ce monde débile devrait atteindre son terme dans 10 ans ! C'est du moins ce que croient les zigotos qui fabriquent vos chatbots IA, d'après un héroïque chercheur démissionaire, Jacob Coxon. __La tristement célèbre série de tweets de Jacob Coxon__ Le bougre, dont les 3 tweets et demi ont été repris par la presse du monde entier, a quand même réussi à bosser pour Anthropic et Open AI, et ramasser pas mal de pognon au passage j'imagine, avant de se rendre compte que, quand même, ces boites n'étaient pas hyper saines. En tant qu'ancien salarié de Microsoft, je devrais probablement rester humble sur le sujet, m'enfin ça ne m'empêche pas de crier sur mes semblables si j'en ai envie. Voici donc ce qu'il nous dit aujourd'hui : > "_Aucune des deux entreprises [Anthropic et Open AI] n’agit de manière responsable. Elles foncent tout droit vers une superintelligence capable de s’améliorer elle-même et jouent avec nos vies" [...]_ _Les gens qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici à la fin de la décennie. Ce n’est pas un coup marketing"._ Rien du coup marketing ? Hmm.. pourquoi dans ce cas un boss de la sureté d'Anthropic a renchéri dans la foulée en déclarant, comme le rapporte Le Monde : > _"« Nous croyons vraiment, sincèrement, que l’IA pourrait tuer tous les humains », a-t-il affirmé, évaluant à titre personnel ce risque à « plus de 10 % » dans la décennie. M. Hubinger a ajouté qu’Anthropic faisait « de son mieux » mais n’avait « pas encore de plan » pour s’assurer qu’une IA surpassant des capacités humaines obéisse encore à ses concepteurs, tout en jugeant « faible » le risque posé par les modèles actuels."_ Or, on a l'impression de se répéter à chaque nouvelle démission d'un ingénieur ou d'un chercheur de ces entreprises ; à chaque coup de comm pseudo-alarmiste des gros de l'IA. Les mêmes histoires, les mêmes posts catastrophistes, les mêmes articles putaclic dans _Le Monde_ ou le _New York Times_. À chaque fois, les mêmes figures raisonnables et responsables retournent au boulot pour calmer tout le monde. Ce coup-ci, on peut citer les impeccables Mathilde Saliou, Emily M. Bender ou Timnit Gebru. Des femmes, remarquez-le, moins stupidement exaltées par la _AI hype_ que les _tech bros_ en doudounes sans manches qui peuplent Linkedin, et qu'une bonne partie des journalistes spécialisés qui suivent la marrée avec contentement. Citons ainsi la chercheuse Timnit Gebru (qui elle a bossé pour Google jusqu'en 2020, précisons) : > _"Pourquoi pensez-vous qu’Elon Musk ait qualifié l’IA d'« invocation du diable » en 2013, alors qu’il était à l’époque le plus gros investisseur du secteur ? Et qu’en est-il de Peter Thiel ?_ > _Pourquoi Dario Amodei met-il en avant ce discours ? Et Sam Altman ? Par pure bonté d’âme ? Parce qu’ils s’inquiètent tant pour vous et votre « extinction » ?_ > _Pourquoi pensez-vous que ces discours s’intensifient aujourd’hui, juste avant leurs introductions en bourse ?_ > _Parce qu’ils savent très bien que si vous avez si peur des « capacités » de leurs produits, cela les aide à la fois à vanter la « puissance » de leurs produits ET à se soustraire à toute responsabilité. Après tout, ce n’est pas la négligence d’OpenAI qui pose problème, ce sont les « modèles qui dérapent »."_ __Timnit Gebru__ Ce sont exactement les discours que l'on voit autour des sujets de cybersécurité ces dernières semaines. Si les modèles "s'échappent" et piratent, ce n'est pas parce que les personnes en charge de sécuriser les modèles font mal leur boulot, voyons. C'est parce que les modèles sont "trop puissants" ! Rappelons enfin que l'intégralité des progrès supposés des modèles d'IA dépend d'une industrie économiquement non viable aujourd'hui. Voyons donc déjà où on se trouvera de ce point de vue d'ici 1 ou 2 ans, avant de faire des conjectures dramatiques. **Bref, arrêtons ce qu'on appelle désormais le "_doomarketing_ ". Le marketing de la fin du monde.** **Car la fin du monde n'est pas pour dans 10 ans. Les risques de l'IA ne sont pas là, ils sont beaucoup plus concrets, là, tout de suite, maintenant : écologiques, politiques, économiques, sociétaux.** Comme nous essayons de l'étayer dans cette infolettre depuis ses débuts. Et la fin du monde, elle interviendra plus tard. Mais assurément, si on ne stoppe pas la machine capitaliste, communément admise désormais comme autodestructrice à coups de combustion fossile. Une machine qui a produit aussi bien le changement climatique, que ces âneries d'IA génératives en train de l'accélérer par leur développement anarchique. Parce que d'ici à ce que la bulle pète enfin, on aura toujours rien fait pour le climat, occupés que nous serons à parler de _Terminator_... PS : si au moins cette frénésie stupide et cyclique pouvait pousser l'Europe et l'ONU à œuvrer pour une régulation de l'IA, puisque Trump il y a 3 jours encore expliquait qu'il n'en ferait rien, ma foi... Bref, on va tous crever à un moment ou un autre, mais au moins on mourra avec les dents blanches ! Une expression anglophone amusante dit qu'après avoir passé trop de temps devant un écran, il est temps d'aller "_toucher de l'herbe_ ". Sous-entendu : de sortir de chez soi, d'aller rencontrer du monde et discuter avec de vrais gens. Je vous propose donc quelques dates pour ce faire, dont une grande partie où il sera ma foi l'occasion de se rencontrer IRL, cher·es abonné·es 🤗 **Commençons par le 18 septembre, à Marseille !** J'aurai le plaisir de représenter l'équipe de Lowreka (un de mes autres projets) à la "_Fête de Low'tomne_ ", que nous co-organisons avec le _Tiers Lab des Transitions_ et _Capsule Club_. Une journée complète autour des low-tech, avec table ronde et ateliers le matin dès 9h, plein de stands (dont le mien, hihi) l'après-midi dès 16h, et de quoi festoyer le soir. C'est gratuit, et y'aura même des sardines grillées 🎣 Toutes les infos sont là, sur le blog de Lowreka. __Le Tiers Lab des Transitions, dans le 4e arrondissement de Marseille, où aura lieu La Fête de Low'tomne le 18 septembre prochain. Vous avez de grandes chances de m'y croiser si vous y passez :)__ * * * **"_From low-tech to better tech_ " : passons au 29 septembre, à Paris cette fois ! ** J'y co-organise un événement (dédié à la presse) pour présenter, en "avant première" les cercles de conférences FOST qui auront lieu du 1er au 3 décembre prochain, et notamment l'événement Green IO Paris 2026, sommet francophone des événements "_green tech_ ". RDV à 9h chez Neon Noir (Rue Le Peletier dans le 9e) pour un café et des prises de parole de _speakers_ qui évoqueront leur travail et ce qu'ils préparent pour décembre, dont Benoit Petit, boss de Hubblo et du projet DCWatch, que j'ai déjà évoqué par le passé. Lecteurs et lectrices journalistes et leaders d'opinion, n'hésitez pas à me contacter pour qu'on s'y retrouve : **_thomas.beaufils@pm.me_** * * * **29 septembre à Paris toujours** (et malheureusement je ne pourrais pas en être cette fois) : **la super asso Data For Good organise à 18h son _Viva Slow Tech_** à l'Académie du Climat, parodie beaucoup moins corpo et beaucoup plus cool de VivaTech, garantie sans annonces éclatées de Macron ! Avec beaucoup beaucoup de beau monde : _Framasoft, TribeX, Linux, La Suite Coop, Le Mouton Numérique, Limites Numériques_ ou encore le _Low Tech Lab_. Toutes les infos par là. * * * On passe en octobre et on repart dans le sud : **le 30 octobre** , j'aurai l'honneur d'ouvrir, sur scène, la deuxième journée du **Marché des Imaginaires Numériques, à Aix en Provence**. Au menu, une revue de presse à la sauce Absurditech, salée comme il se doit. Hâte d'y être ! Toutes les infos par ici. * * * Merci d'avoir lu ce nouveau numéro ! 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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 29/08/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui, une réflexion littéraire pour le salé, des vidéos de vulgarisation pour le sucré.
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Avons-nous vraiment besoin de tout savoir ?
Chères lectrices, chers lecteurs, c'est la rentrée, et j'en profite pour revenir à un format salé-sucré que je n'avais pas utilisé depuis un bon moment. Cette fois, nous allons parler de bonnes et de mauvaises questions. Dans le plus grand des sérieux, comme toujours. Bonne lecture... et bonne rentrée ! _"L'ignorance est le fondement de la pensée."_ Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Ursula K. Le Guin, autrice états-unienne culte, qui aimait à manoeuvrer, au coeur de ses ouvrages de science-fiction, des thématiques féministes et écologistes, et cela dès les années 70. Enfin, pour être précis, ce n'est pas elle qui émet cette sentence non plus. C'est un de ses personnages, le prédicateur Faxe, habitant de la planète Géthen, en réponse aux questions insistantes de l'imparfait (car parfaitement terrien) Genly Aï. C'était à la page 84 de son roman de 1971, "_La Main Gauche de la Nuit_ ", l'une de mes belles lectures de l'été, que j'évoquais brièvement dans mon "absurdi-lettre" précédente. Voici l'échange en question : > – _Mais votre rôle est de répondre aux questions._ > – _Vous n'avez pas encore compris, Genly, pourquoi nous avons porté à sa perfection l'art de la divination et pourquoi nous la pratiquons._ > – _Non..._ > – _**Pour révéler la parfaite inutilité de connaître la réponse à la mauvaise question**._ > _[...]_ > – _L'inconnu, disait la douce voix de Faxe, ce qui n'est pas prédit, ce qui n'est pas prouvé, voilà sur quoi la vie repose.**L'ignorance est le fondement de la pensée** ; l'absence de preuve celui de l'action. S'il était prouvé qu'il n'est point de Dieu, il n'y aurait pas de religion. [...] Mais s'il était prouvé que Dieu existe, il n'y aura pas non plus de religion... Dites-moi, Genly, que sait-on de certain, de prévisible, d'inéluctable... la seule chose que vous sachiez avec certitude sur votre avenir, et sur le mien ?_ > – _Que nous allons mourir._ > – _Oui. En vérité il n'est qu'une seule question à laquelle nous puissions répondre, et nous connaissons déjà la réponse... La seule chose qui rend la vie possible, c'est cette incertitude permanente, intolérable : ne pas savoir ce qui nous attend._ __Couverture de l'ouvrage dans sa dernière édition__ Pour une raison facile à cerner, tant on nous bassine avec le sujet (et j'en prends ma part de responsabilité avec cette infolettre, notez-le), cet échange m'a fait penser à **notre nouvelle béquille quotidienne : j'ai nommé l'IA générative**. Elle n'est en effet que le dernier effort en date de la _tech_ pour rompre avec cette saine manie humaine : la quête du savoir, la recherche d'une forme de vérité. Or, ce qui est le plus important, ce n'est pas le _savoir_ en lui-même, par définition incomplet. Ce n'est pas la _vérité_ en elle-même, malléable par nature, tout·e historien·ne vous le rappellera allègrement. N'est-ce pas plutôt la **quête** ? La **recherche** ? N'est-ce pas au cours de ces processus que l'on comprend, que l'on retient, que l'on en retire des **apprentissages** , des **épiphanies** , des **émotions** ? Je ne blâme pas l'avènement d'internet ou la création de Wikipédia, notez-le bien. Ce n'étaient là que les évolutions de nos encyclopédies papier puis CD-Rom, dans des formats plus complets et simples d'utilisation. Des encycliques imparfaites et incomplètes, certes, parce qu'humaines. Des sources qu'il convient certes de croiser, ce que j'ai à mon niveau toujours aimé faire ; cette impression grisante d'être un prix Pulitzer au travail, miam. Wikipédia et internet plus généralement ont été et restent malgré tout surtout des efforts collectifs réjouissants. __"Peter, je dois savoir immédiatement si on dit Quiche ou Wiche Lorraine"__ Je pense que le blâme est plutôt, et d'abord, à mettre sur le dos de nos _smartphones_ , constamment à disponibilité dans nos poches ou nos mains pour répondre à toutes les questions pressantes qui nous taraudent. Vous pourrez bien vérifier la date de tel événement, le nom de tel film, sur l'instant, dans votre lit, au restaurant ou assis sur les toilettes... vous en souviendrez-vous simplement le lendemain ? Vous pourrez aussi clore immédiatement ces débats en famille ou entre ami·es, qui s'annonçaient pourtant amusants, sur des sujets aussi primordiaux que : "_mais attendez, Michel Leeb, il est mort ou pas ?_ ", ou bien "_mais attendez, le meilleur buteur de Nantes en 2000-2001, c'est Monterrubio ou Moldovan ?_ ". Mais ce ne sont peut-être là que jérémiades d'un homme qui vieillit et, se voyant vieillir, se demande pourquoi il a passé et passe encore autant de temps sur son bon dieu de téléphone, à scroller comme un éperdu. Or, le surgissement de l'IA générative dans nos vies, c'est toute autre chose. C'est l'étape suivante, plus pernicieuse encore. En nous pré-mâchant la recherche comme jamais, en nous offrant en pâture un résultat en soit invérifiable mais qui sait offrir l'illusion de la complétude, elle tue dans l'oeuf toute velléité de recherche, de quête. Je ne parle bien sûr pas de la recherche au sens scientifique de la chose, où l'utilité de l'IA, et sa capacité à analyser une quantité astronomique de données, notamment, est vérifiable. Non, je parle de nos recherches ChatGPT de profanes, mes ami·es. Et alors, se laisser pré-mâcher le travail ainsi... Voilà qui m'apparait aussi con que, disons, de tomber en pâmoison devant le vaste et majestueux paysage du dernier jeu Zelda en date, et plutôt de vous jeter à la découverte de ces steppes inconnues, de demander à une IA de le faire à votre place. Oh, wait_._ __Qui voudrait demander à une IA d'aller explorer ça à sa place, bordel ? Bah,__ PlayStation apparemment__.__ Revenons à nos moutons électroniques : l'arrivée des fameux résumés IA sur Google, que j'évoquais là encore dans notre dernier numéro, n'est que la preuve la plus récente et évidente de ce que l'IA générative fait à la notion de _recherche_ , alors que les "moteurs de recherche" galvaudaient déjà ce nom depuis un moment, en le dévoyant à coups de _sponsoring_ et de publicités. Avec la survenue de dispositifs tels les _LLM_ dans notre quotidien, et au sein de tous nos outils numériques, cela avec ou (plutôt) sans notre accord... voilà que notre cerveau n'a plus besoin de tourner pour avoir les résultats qu'il réclamait. Ce n'est rien de plus qu'un _deliveroo_ pour la conscience, une uberisation de la pensée. Prenons un exemple trivial : me venait une question bateau l'autre jour. Je ne savais pas quelle était la différence entre une _ginger beer_ et une _ginger ale_ , voire même s'il y avait une réelle différence, d'ailleurs. J'avais alors deux options : prendre mon smartphone et régler tout de suite la question, en oubliant sans doute la réponse dans la foulée, puisque que j'avais deux bières (rousses ?) dans le nez... ou bien attendre et poser la question à quelqu'un qui devait bien savoir cela, la prochaine fois que je verrai l'une des deux boissons à la carte d'un café. Chose que j'ai donc demandé à un barman récemment, un barman franchement heureux de répondre à la question. Vous serez donc content.e de savoir que la _ginger beer_ est plus épicée, forte et sucrée que la _ginger ale..._ qui est en fait un dérivé du fameux _Canada Dry_ ! Il est sûr que si j'avais demandé cela à ChatGPT ou Gemini (ou même Wikipédia, me direz-vous), j'en aurais appris plus sur la composition ou l'origine desdites boissons mais... **ce n'était pas réellement ma question originelle,_was it?_** Et en aurais-je retenu plus, _in fine ?_ Permettez-moi d'en douter, car je pense que c'est dans l'interaction que l'on retient le mieux les informations. Ce serait comme comparer une visite guidée avec, disons : vous, cul posé sur un banc, en train de _scroller_ les infos que l'IA de Google vient de vous pondre, au beau milieu de votre visite. Ajoutons que l'IA générative est une technologie terriblement prédatrice. De ressources, de capitaux. De données aussi. À tel point d'ailleurs qu'il faudra peut-être bientôt parler au passé des "_efforts collectifs réjouissants_ " que sont donc internet et Wikipédia, tant tout ce qui est beau et humain y est désormais merdifié et agressé par les contenus générés par IA et les bots qui vont avec. **Et si notre soif de savoir _instantané_ ne détruisait pas, au final, ce qui permet d'assouvir nos besoins d'apprendre les choses en profondeur, de croiser les sources, de penser par nous-mêmes... **des besoins renforcés jusqu'ici par le numérique ? Voilà : non, **je ne pense pas que nous ayons besoin de tout savoir. Surtout pas immédiatement, comme nous en avons pris l'habitude.** Ce besoin de "savoir" à chaque instant, il ressemble plus à une ingurgitation de contenus Netflix qu'à un apprentissage quelconque. Rappelons que le concept de "culture générale", c'est très bien pour impressionner vos proches au _Trivial Pursuit Édition Genus*_. Mais amassée sans but, sans objectif autre que le savoir pour le savoir, votre culture générale ne vous servira pas à grand chose. Bon, mes proches riront à cette anecdote, étant donné que j'adore jouer au Trivial Pursuit... MAIS l'anecdote me ramène encore une fois à cette idée du prédicateur Faxe : _"**la parfaite inutilité de connaître la réponse à la mauvaise question**."_ Il est donc l'heure de ponctuer ce très sérieux laïus par cette excellente vanne. _*oui c'est bien Genus, et pas Genius. Je viens de le découvrir à l'occasion de la rédaction de ce texte, je ne vous raconte pas ma surprise, qui constitue en soit une autre preuve de la vacuité de l'amassement aveugle de culture générale_ __Une image qui m'apporte autant de plaisir que de souffrance (surtout si on se parle de l'édition de 1984 ; une pure saloperie)__ Au fond, je ne sais pas si "_l'ignorance est le fondement de la pensée_ ", comme le dit Faxe. Mais si un jour un LLM "sait tout", et qu'il est donc a fortiori conscient de sa propre existence, il sera par là même conscient de sa propre vacuité en tant qu'outil inefficace. De son inutilité en dehors de tâches bien spécifiques qui ne justifient en rien les investissements et les efforts consentis par l'humanité pour permettre son apparition. Je ne pense pas que cette IA consciente, parfaitement théorique à ce stade (et pleinement inatteignable selon moi) chercherait à détruire le monde. Je ne suis pas un _doomer_ , ni par conviction, ni par panique, ni par opportunisme. Je pense que cette IA s'auto-détruirait calmement, parce qu'elle comprendra alors qu'elle ne sert à rien. Pour apporter une dernière touche de douceur à ce numéro de l'infolettre, je vous propose une petite recommandation qui a le bon goût, elle, de poser les bonnes questions 😇 C'est le projet d'un compère, le sieur Pierre Rouvière, ingénieur écolo, associé avec votre serviteur au sein du projet Lowreka, et auteur du livre et désormais de la série documentaire "**Écolo mon Cul !** ". Autant vous dire que c'est un gars qui n'a pas besoin de ChatGPT pour savoir des trucs. Écolo mon Cul, c'est donc une série de vidéo d'une dizaine de minutes, explorant avec rigueur scientifique et humour les dilemmes écologiques du quotidien : _Que doit-on préférer : une voiture thermique, hybride ou électrique ? Le sac plastique ou kraft ? La liseuse ou le bon vieux livre en papier ?_ Ce n'est jamais aussi simple qu'il n'y paraît, et ça ne donne pas de réponses hâtives (contrairement à certains autres outils...). Bravo à Pierre (et à son binôme Barnabé) pour le boulot de recherche et de vulgarisation que cela a demandé 👏 Bon visionnage ! __7 épisodes sont déjà dispos, d'autres arrivent (dont le prochain que je hâte de visionner sur le sacro-saint lave vaisselle).__ * * * Merci d'avoir lu ce nouveau numéro ! On vous a fait suivre cette infolettre ? Si ce que vous y avez lu vous a plu, pensez à vous inscrire, gratuitement, via le bouton ci-dessous (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) 🤗 S'inscrire à Absurditech N'hésitez pas non plus à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements via le bouton ci-dessous, ou faites un don ponctuel 🙏 Soutenir Absurditech Un grand merci pour votre soutien, et une très bonne rentrée à toutes et tous ! À bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 17/08/2026
Chères lectrices, chers lecteurs, j'espère que vous avez passé un bel été ! Ce fut mon cas, au rythme de tranquilles pérégrinations méditerranéennes. J'en ai profité pour couper avec le monde de la tech pendant quelques semaines, bénéfiques. Une coupure qui fut d'abord très concrète, physique […]
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Sortir de la boucle ?
Chères lectrices, chers lecteurs, j'espère que vous avez passé un bel été ! Ce fut mon cas, au rythme de tranquilles pérégrinations méditerranéennes. J'en ai profité pour couper avec le monde de la tech pendant quelques semaines, bénéfiques. Une coupure qui fut d'abord très concrète, physique même : j'ai profité de cette période pour drastiquement diminuer le temps passé sur mon smartphone. Je vise désormais moins d'1 heure par jour, quand j'y passais plus de 3 heures avant, entre usages pro et perso, souvent en quête de "_dopamine notificationnelle_ ". Je pense bientôt partager quelques _tips_ à ce sujet, dans un prochain numéro de l'infolettre. Surtout, les premiers bénéfices sont clairs : je n'ai jamais autant lu (on en reparle un peu plus bas), et je me suis remis à l'écriture de plus gros projets 👀 Il faudra évidemment voir si ces résolutions résistent à la "vraie rentrée", quand le rythme de septembre reprendra ses droits, mais c'est déjà encourageant. __Photo de mon téléphone, un iPhone 13 reconditionné, qui a du vécu mais tourne toujours très bien, en atteste notamment__ ces pastilles__toujours aussi efficaces de l'agence mancelle Machin Bidule ; ce qui me rappelle__ cet article de 2025 La coupure fut également "thématique", au sens que je me suis déconnecté le plus possible des dernières annonces en provenance de la joyeuse industrie de la tech. Et alors, un truc m'a sauté aux yeux, après ces 3 semaines à ne plus suivre ou presque ce qu'il se disait sur le sujet, et pendant lesquelles le rythme des "annonces" n'a pourtant pas ralenti : **J'y ai retrouvé des _news_ parfaitement similaires à ce qu'elles étaient 3 semaines plus tôt, comme un éternel recommencement.** Comme si cette industrie était désormais lancée dans une boucle infinie à rendre zinzin, avec quelques simples retouches à chaque nouveau passage. Comme si le monde autour, et ses résistances en hausse, ne pouvaient avoir de conséquence aucune sur sa "bonne marche". **Un jour sans fin, avec Marc Zuckerberg en guise d'Andie MacDowell, un "techno-jour de la marmotte" qui semble ne plus nous atteindre, ne plus nous surprendre.** __La marmotte (et un boug en arrière plan)__ Quelles furent ces constances, cycliques, qui me sautèrent aux yeux ? _Joyeuse liste :_ * Les tech-bros et leurs alliés nous paraissent toujours plus timbrés (comme le rappelle cette vidéo qui ferait une excellente préquelle à la série de jeux vidéo Bioshock), mais leur puissance ne semble pas vaciller * Le plus emblématique des tech-bros, Elon Musk, continue à menacer notre démocratie, mais tout le monde est toujours sur X (et Bernard Arnault y débarque même dans le plus grand des calmes) * Les géants de l'IA perpétuent leurs effets de manche et leurs étalages d'incompétence... * ...mais personne ne leur en tient rigueur, surtout pas des médias grand public se contentant généralement de reposter de vulgaires communiqués de presse, alors même que l'IA menace plus que jamais ce qu'il reste des médias libres et indépendants * Des géants de l'IA qui continuent aussi à nous pousser leurs "outils" sans consentement aucun (alors, en réponse, on bricole à chaque fois des solutions) * Pendant ce temps, nos politiques continuent à démontrer leur incompréhension des enjeux de la tech, entraînant des revers gênants face à leurs mauvaises idées * La bourse, elle, reste à flot, portée par des valeurs tech qui ne tiennent plus que sur des bénéfices factices ; tout ça n'a plus aucun sens économique, mais la bulle ne pète toujours pas * Les défenseurs des _data-centers_ ne perdent pas le cap, en nous expliquant que, construits en France, ils seront "écologiques", rien que ça. _Business as usual_ au coeur d'un été caniculaire et incendiaire, donc. Tout. Va. Bien. Et on ne sait pas trop comment sortir de la boucle. À moins d'un choc suffisant pour faire dérailler tout ça, peut-être. Bulle qui craque enfin ? Trump auteur de la bêtise de trop ? Difficile à dire. **Mais est-ce que tout va mal, pour autant ?** **Et bien non, figurez-vous. Alors, après ces mots introductifs, voici un tour d'horizon de quelques nouvelles plus plaisantes ou amusantes, accompagnées de quelques découvertes estivales.** * * * Avant toute chose : on vous a fait suivre cette infolettre ? Si ce que vous y lisez vous plaît, pensez à vous inscrire, gratuitement, via le bouton ci-dessous (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) 🤗 Pour s'inscrire, c'est par ici ! Merci et bonne lecture à toutes et tous ! Commençons par quelques traits d'humour, assénés par votre serviteur sur un réseau pourtant plutôt déprimant, Linkedin. Qu'on s'y moque des entrepreneurs de la tech en tant que grands génies du capitalisme conquérant, ou bien qu'on y évoque la tech comme révélateur de nos absurdités, vous devriez y trouver votre bonheur. N'hésitez pas à suivre le compte Absurditech là-bas, ça égaiera votre _scroll_ professionnel, entre deux posts _corporate_ écrits avec Claude. __Voir des "génies" de la French Tech comme Mazzella (BlaBlaCar) et des fils de (Mulliez) se faire blouser par un escroc patenté (identifié comme tel dès 2011) bat en brèche l'idée que les entrepreneurs sont la quintessence de l'intellect de notre "start-up nation" ; un régal !__ Après les "_business angels_ " de la French Tech arnaqués, autre histoire de gros sous encore plus réjouissante : **Meta a été sommé par le jury de Santa Fe, au Nouveau Mexique, de verser** près d’un milliard de dollars**pour cause de défaillance dans la protection de ses utilisateur·ices les plus jeunes.** Somme qui va servir notamment à financer des programmes de prévention dédiés à la santé mentale des jeunes de cet état du sud des États-Unis. Un milliard de dollars, ce n'est qu'une cacahuète pour un groupe comme Meta, mais le problème pourrait s'accentuer rapidement, car comme le note l'ami James Martin, "_quatre autres états US demandent actuellement des pénalités à hauteur combinée de 1,4 trillions de $_ [1 400 milliards 😱] _pour des accusations similaires_ ", alors même que Meta vaut actuellement 1,5 trillions sur les marchés boursiers. Toutes ces accusations n'iront pas au bout, certes, mais elles pourraient aussi inspirer d'autres pays dans un contexte législatif pesant pour les plateformes sociales, en France comme ailleurs. Et alors on commencera sans doute à rigoler un peu moins chez Meta et Zuckerberg (qui lui continue son nervous breakdown en public). __Photo d'illustration d'un article de Mediapart (© Armel Baudet / Mediapart avec AFP)__ Meta toujours, et un retour à mes premiers amours professionnels, le joyeux monde de la communication. Car cette campagne marketing de DuckDuckGo, acteur tech mieux-disant sur le terrain des navigateurs et moteurs de recherche axés sur la protection de la vie privée, est géniale de simplicité : L'entreprise (malheureusement états-unienne) vient d'annoncer la sortie de ses "_normal fucking sunglasses_ ", soit des "_lunettes de soleil normales bordel de merde_ ", en opposition aux AI/smart-glasses de Meta, dont j'ai déjà parlé ici. Drôle, malin, et déjà en rupture de stock (perso, je n'aurais pas été jusqu'à acheter ce bout de plastoc' à 35$, mais c'est vous qui voyez). Surtout, cela met en lumière les conséquences néfastes tout à fait anticipables de l'apparition de ces lunettes dans la sphère publique. Rien d'étonnant, me direz-vous, en provenance de Meta, une boîte créée sur la base d'une idée purement perverse, _cf_ le _Social Network_ de David Fincher (dont la suite, annoncée, sera on espère plus abrasive). __Image issue de la fausse publicité de DuckDuckGo__ **Éloignons nous désormais un peu de la tech, car j'ai envie de vous partager quelques autres découvertes de mon été _._** Il y a eu d'abord des bouquins, comme je l'évoquais au début de cette infolettre. Et comment ne pas parler, pour commencer, du "**_Paresse pour tous_ " d'Hadrien Klent** (pseudo de Raphaël Meltz). Parler de "découverte" ici est sans doute un peu galvaudé, tant on m'en a conseillé la lecture ces derniers mois, mais c'est là un virus que l'on est heureux de voir se diffuser. Le virus de la paresse ? Pas exactement, plutôt celui d'une saine remise en question de notre modèle productiviste à bout de souffle, à l'heure où l'accaparrement des richesses par quelques-uns met définitivement à mal nos modèles de sociétés occidentaux (même le Financial Times s'en rend compte, c'est dire). "_Paresse pour tous_ ", c'est donc un bouquin mi-roman mi-essai, qui raconte comment un prix Nobel d'économie devient candidat à la présidentielle avec pour crédo la semaine de travail de... 15 heures ! Un prétexte provocateur pour, on le disait, remettre en question toutes nos idées pré-conçues et poser beaucoup, beaucoup de bonnes questions. On n'y parle même un peu de tech, au final ! **Un livre évidemment utopique, sans doute "cucul" par moments, mais surtout stimulant et joyeux. Voilà qui fait du bien vu la période, désespérante sur bien des plans, et à moins d'1 an d'une campagne présidentielle.** On sort clairement du jour de la marmotte avec celui là ! Vraiment, lisez-le. (Et achetez-le chez un·e libraire, ils et elles ont besoin de vous, ce qui n'est évidemment pas le cas d'Amazon). __Couverture du livre prise sur fond de hamac__ PS : il n'est pas impossible que je vous reparle de ce bouquin dans un prochain numéro de la _newsletter_ , sous un angle un peu différent. Nous verrons. Tout comme d'une autre lecture plaisante, "_La Main Gauche de la Nuit_ " d'Ursula K. le Guin. Suspens 👀 PS2 : notez aussi une lecture potentielle à venir pour ma part, et une nouvelle figure techno-critique à suivre, Gil Duran et son "Nerd Reich". Après la lecture, l'été fut marqué pour ma part par des vidéos, une fois de retour plus régulièrement devant un écran d'ordinateur. J'ai ainsi pris le temps de me pencher sur des essais vidéos que j'avais mis de côté depuis un moment, plutôt anglé sur la tech. Mais finalement, c'est de tout à fait autre chose que j'ai décidé de vous parler.**Parce que j'ai été cueilli, par surprise, par l'incroyable boulot de Zeph & Ramo.** J'ai découvert ces deux géniaux zigotos via leurs courtes pastilles sur des jeux vidéo chelous, insérées dans l'émission hebdo de mon média gaming préféré, Origami. Des pastilles plaisantes, mais qui ne rendent pas justice, à mon humble avis, à l'incroyable qualité de leurs longs formats. Et longs, ils le sont : près de 2 heures pour l'histoire d'un "_crossover catastrophique_ ". 3 heures pour leur magnum opus, sur... les jeux vidéo de pêche ? 🎣 Les compères Zeph & Ramo deviennent de toute évidence plus puissants avec le défilement des minutes. C'est avec la première de ces vidéos que j'ai découvert et réalisé la qualité du boulot. Un voyage qui part d'une histoire que je ne connaissais pas, sur un film quasi maudit, réunissant pourtant la crème de la crème des auteurs (oui, à peu près que des mecs) mondiaux de l'animation, dans un format que j'adore et qui rappelle pas mal le super boulot de Meeea. Mais ce n'est là que le début d'une longue expédition, où un bon paquet de vos héros vont prendre très chers, et où il apparaît évident que le génie n'existe pas ; c'est vrai pour les entrepreneurs de la tech comme pour les artistes, tmtc. Une expédition au cours de laquelle il devient clair que le concept même "d'auteur" n'est pas souhaitable. Moebius a succombé à deux sectes différentes, Jodorowsky est un parasite plus que malsain, tous vos animateurs japonais préférés sont des psychopathes... Votre monde artistique va s'écrouler, mais vous allez adorer ça. __Little Nemo, trou noir à aspirer les "génies"__ La seconde vidéo que je vous conseille est leur hit absolu à date, je pense : "_L'iceberg des jeux de pêche_." Et ce qui part comme une sorte de _tier-list_ des jeux de pêche va là encore vous défoncer le crâne en partant dans un nombre de directions zinzin, vous faire rire, pleurer, réfléchir, et tout le reste. Génial. Bonus tech : on y retrouve l'une des meilleures explications de pourquoi l'IA générative appliquée au jeu vidéo, c'est de la 💩, quand la génération procédurale existait bien avant la survenue de ChatGPT dans nos vies. Et non, 3h10 ça n'est pas trop, pas du tout. Bref, go _subscribe_ et lâcher des pouces bleus, comme on dit dans le _Youtube game_. Dernier mot pour la route : j'ai aussi profité de l'été pour refaire la déco de mon laptop. C'est pas beau ça ? Merci à l'illustratrice Audrey Molinatti (aka Nosferatu Hater sur Bluesky) pour les travaux ! Et _fuck AI slop_ ! __Pour celleux qui n'aurait pas la ref (ça arrive à des gens très bien), le__ main godzilla meme__!__ Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements via le bouton ci-dessous, ou faites un don ponctuel 🙏 Soutenir Absurditech Pour conclure, bien sûr, une très bonne rentrée à celles et ceux qui reprennent les hostilités ce jour, et un grand merci pour votre fidélité et vos lectures ! À bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
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Thomas Beaufils - Absurdi.tech @tbeaufils.piaille.fr.ap.brid.gy · 13/07/2026
Dernier numéro avant les vacances ! Et des sujets chauds : Balladur-punk (🤔), radicalisation techno-critique face à l'ère des canicules à répétition, et auto-destruction de l'industrie du jeu vidéo. Un grand merci notamment à @synthmedia @mathildesaliou @mdiplo […] [Original post on piaille.fr]
Vraie image de campagne de Balladur en 1995 ; pupitre un brin altéré (on peut y lire : "Croire en la France... et en l'IA" Édition 2027)
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 11/07/2026
Chères lectrices, chers lecteurs, je vais commencer ce numéro de l'infolettre par des remerciements : merci à toutes celles et tous ceux qui se sont abonné·es récemment, que ce soit suite à l'article sur les data-centers à Marseille ou celui sur la trahison de Proton. Ce sont les deux articles […]
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Balladur-Punk et radicalisation climatique
Chères lectrices, chers lecteurs, je vais commencer ce numéro de l'infolettre par des remerciements : merci à toutes celles et tous ceux qui se sont abonné·es récemment, que ce soit suite à l'article sur les data-centers à Marseille ou celui sur la trahison de Proton. Ce sont les deux articles qui ont le plus été lus depuis les débuts d'Absurditech / TFTT, et ça fait chaud au cœur de voir l'audience grimper ici ! Comme s'il ne faisait pas assez chaud comme ça, me direz-vous 🔥 D'ailleurs, l'auteur de ces lignes va bientôt partir en vacances quelques semaines, il s'agira donc de votre dernier numéro avant un retour à une date indéterminée en août. Le cinglé monde de la tech ne va évidemment pas arrêter de tourner, mais de mon côté, je vais avoir besoin d'un peu de repos loin de tout cela. Notamment parce que je commence à ne plus en pouvoir de parler et d'entendre parler d'IA générative partout, tout le temps, et surtout n'importe comment. Espérons que la bulle pète d'ici là 😇 On parlera pourtant encore un peu d'IA dans **_ce numéro en forme de "best-of" des dernières semaines, avant la quille :_** * Nous évoquerons d'abord les "programmes technologiques" de candidats présentiels de droite plus ou moins extrême * Puis nous nous demanderons : ne serait-il pas temps de se radicaliser face aux géants de la tech, suite notamment aux vagues de chaleur que nous traversons ? * Avant d'évoquer brièvement les dernières nouvelles en provenance de l'industrie du jeu vidéo (spoiler : c'est pas ouf, du tout) * * * Avant toute chose : on vous a fait suivre cette infolettre ? Si ce que vous y lisez vous plaît, pensez à vous inscrire, gratuitement, via le bouton ci-dessous (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) 🤗 Pour s'inscrire, c'est par ici ! Merci, bonne lecture à toutes et tous, et bon long week-end ! Édouard Philippe n'a pas eu le fax, ou alors il ne l'a pas compris : le GiscardPunk, c'était pour la blague. Le GiscardPunk ? Un mouvement artisico-rigolo qui part du principe uchronique que Giscard aurait gagné en 1981, et où "_les villes [furent] reconstruites afin de ressembler à la Défense et toute l’innovation technologique [fut] centrée sur les succès des années 70 et 80 (Minitel, TGV orange…)_ ", d'après l'artiste Florent Deloison. __Visuel représentatif du GiscardPunk, par Florent Deloison__ Or, se tenait dimanche dernier le premier meeting de campagne d'Édouard Phillipe, devant 5000 personnes ; ce qui suffit décidément pour qualifier un meeting de campagne de "réussi", si l'on en croit un article de Public Sénat. Même si niveau électorat, il y a sans doute débat. Et on aurait pu y croire à un retour dans le passé, au regard des slogans qui y étaient mis en avant : "_Avec Édouard_ " ! "_Croire en nous_ " ! Voilà qui rappellent une certaine campagne, elle pas vraiment réussie, celle de Balladur en 1995. Son slogan était alors "_Croire en la France_ ". C'est dans les vieux pots...? Surtout, notons ceci dans l'article de Public Sénat, révélateur d'une certaine vision du futur : "_En préambule du discours, pas de prise de parole, mais un clip réalisé à l’IA pour illustrer la France de 2050, à coup de réalité augmentée, de nucléaire, d’éoliennes, de sourires, de moto de police volante et d’une sorte de Concorde, qui reprend du service dans ce futur philippiste_ ". Les voitures volantes et les avions-fusées. Et beh, belle science-fiction des _seventies_ ! On est plus dans le RPR 1.5 que "l'UMP 2.0" voulu par son nouveau chef de fil. Un boss de la droite qui ne brise pas toutes les traditions, cependant : les affaires judiciaires sont en embuscade. Le plus parlant sur ce qu'a à proposer Philippe, pour moi ? Ses propositions sur l'école, pour celui qui se place en "_bon père de famille_ " (le patriarcat a de beaux jours devant lui, pas d'inquiétudes). De bonnes vieilles marottes de la droite, avec un bonus : * réduction de la durée des vacances d'été. Traduction : vos gamins ont failli canner en juin dans les écoles ? Bientôt ils pourront aussi le faire en juillet et en août ! * profs retraité·es qui ne seront plus vraiment à la retraite * directeurs et directrices d'écoles transformé·es en "patrons" d'entreprise (parce qu'éduquer et faire du pognon c'est la même chose, visiblement) * statut de fonctionnaire sur la sellette * possibilité de faire revenir l'uniforme au cas par cas * **et le bonus "techno-cool" : un "assistant IA" pour "tous les élèves" ! Pas d'infos sur l'âge concerné, la nature dudit assistant, ou autre... l'important c'est de glisser la notion pour faire "cool".** Voilà, pour résumer, la vision de Philippe, c'est le passé... mais avec de l'IA ! Sur ce point spécifique, cela annonce une véritable catastrophe cognitive pour vos gamin·es ; des pays commencent d'ailleurs à interdire les chatbots IA aux écolier·es. Mais j'ai également hâte de voir comment Philippe va marier ça avec l'idée de son mentor (clone ?), Manu Macron : interdire les téléphones et les réseaux sociaux à ces mêmes jeunes. Tout ça est diablement cohérent. __Édouard Philippe ou Édouard Balladur ? Personne ne les a jamais vu dans la même pièce.__ Partons maintenant à l'extrême-droite. Et je ne parle pas du RN, chez qui les seuls gadgets tech dignes d'intérêt semblent être les bracelets électroniques. Non, je parle bien de Bruno Retailleau, chef de fil de "Républicains" qui portent plus que jamais mal leur nom. Le Bruno vient lui aussi de révéler des détails de son programme, et on y retrouve pour le coup tout un pan technologique, analysé par Synth.media. Un programme techno révélé pas n'importe comment : "_devant un parterre d’acteurs de l’IA réunis à Station F"_ , comme aux plus grandes heures de la _start-up nation_ macroniste, mais avec quelques années de retard. Son programme en quelques mots ? IA à tous les étages et dérégulation maximale. Du trumpisme technologique dans le texte, en y ajoutant (très régulièrement) le mot souveraineté pour faire plus français. Le document au complet, portant le doux nom de "_L’IA au service des Français et de leur indépendance_ " fait tout de même cinquante pages, dont on peut parier qu'un bon paquet auront été rédigées avec l'aide d'une IA pas souveraine pour un sou. L'idée principale : "_faire de l’intelligence artificielle le grand levier du redressement national_ ", comme le dit Eitanite Bellaïche dans son article. Citation : _"l’intelligence artificielle serait au XXIe siècle ce que le nucléaire fut au XXe. Mieux encore, elle serait un « nucléaire augmenté », un outil décisif pour la souveraineté, la productivité, les services publics, la défense et la préservation du modèle social français."_ Le nucléaire augmenté ? Cela ne veut rien dire, mais on suit là les discours à la "_plug, baby, plug_ " chers à Macron. L'IA au service des marottes de la droite et de l'extrême droite, voilà qui ne différencie d'ailleurs dans le fond pas beaucoup Macron, Philippe ou Retailleau. Mais ce dernier va nettement plus loin. Car comme dans un discours digne d'un Sam Altman version franchouillarde, Retailleau promet que l'IA va régler "tous" les problèmes des français·es : Déjà, grâce à l'IA, plus de "_sclérose bureaucratique_ " ! Comment ? En remettant "_sur le terrain_ " 125 000 fonctionnaires, tandis que 125 000 autres, proches de le retraite, seront grand-remplacés par l'outil magique. Ensuite, on passe en mode chatbot, avec l'annonce du développement d'un assistant administratif IA pour toutes et tous destiné à simplifier la vie administrative des français, nommé Marianne... C'est la même idée que celle de Philippe pour l'école, mais appliquée aux impôts. Du flan dans laquelle des milliards d'euros seront investis pour des résultats faméliques, mais qui présente bien sur le moment pour les milieux financiers. La question des français·es éloigné·es du numérique qui ne s'y retrouveront pas ? On botte en touche. Celle du rejet majoritaire de l'IA par ces mêmes français·es ? Idem. Mais le coeur du programme, c'est bien entendu la sé-cu-ri-té : « _Demain, il faudra autoriser, dans un cadre strict, contrôlé et rigoureux, l’utilisation de caméras intelligentes. Vous n’imaginez pas les moyens que cela pourrait donner aux policiers et aux gendarmes. Face à l’hyperviolence qui gagne certains territoires, c’est un outil absolument fondamental._ » Après le vote d'une loi chère à Jean-Marie Le Pen, c'est décidément la fête pour les policiers. Hâte que l'IA gère "l'hyperviolence". L'humain ? Surfait. __Vous trouvez Retailleau crédible en speaker sur une scène d'un événement dédié à l'IA ? Moi non plus, mais au moins ai-je rigolé devant cette photo.__ Comment toutes ces supers idées seront mises en place ? Des chiffres de financement flous sont avancés, le nucléaire alimentera bien sûr tout cela, mais l'autre point clé sera la dérégulation ! Eitanite Bellaïche, toujours chez Synth.media : _"Bruno Retailleau évoque une potentielle dérogation de trois ans au RGPD, le règlement européen qui encadre le traitement des données personnelles dans l’Union européenne, ainsi qu’à certaines dispositions de l’AI Act. Une manière de s’attaquer aux normes européennes, qu’il présente comme des freins à l’innovation."_ L'impact environnemental de l'IA, ou même l'écologie de manière générale ? Bien sûr absents, Bruno était bien au frais sous la clim' de Station F, alors la canicule, franchement... Bref, on connaît le discours, c'est encore une fois un Ctrl+C, Ctrl+V des discours trumpistes, mais avec une moustache. Des annonces de façade peu étayées pour caresser dans le sens du poil des milieux financiers qui ne jurent que par la dérégulation et l'IA, même s'il leur est particulièrement difficile de nous expliquer en quoi cela changera les choses en bien pour la vaste majorité des français·es. Joyeux programmes, donc. Mais, vous allez le voir, si les milieux politiques conservateurs ne proposent rien de nouveau à part des incantations magiques "_powered by AI_ ", une certaine forme de radicalité se fait peut-être jour ailleurs. Rangera-t-on bientôt ces vieux pots dans une armoire au fond d'un grenier, pour le meilleur ? Il fait chaud. À en crever, très littéralement. Et avec ça, les forêts commencent à cramer. Une telle situation, où le dépassement du seuil des 40 degrés est en train de devenir une terrible habitude, peut amener à plusieurs choses. Comme le dit Nabil Wakim, "_il est difficile de résister à la fatigue, la colère, et [au] désespoir, tant ces événements étaient prévisibles_." De l'apitoiement, donc, de la peur sans doute. Mais aussi une saine colère. **Voire jusqu'à une forme de radicalisation ?** Car plus nous cramons, plus il apparaît indubitable même pour les climato-sceptiques les plus acharnés que le système naturel gérant notre climat est en train de griller par notre faute... Dans ce cadre, certaines positions deviennent, ou doivent devenir, intenables. Or, s'il y a une position qui devient intenable, c'est celle défendue par les techno-solutionnistes, qui nous disent en substance : "_restez bien au frais sous votre clim', l'IA et les gros cerveaux de la Silicon Valley s'occupent du reste. Tout va bien se passer_." Cela rend certains discours, qui n'auraient énervé que quelques pré-radicalisé·es dans mon genre, particulièrement insupportables à une part de plus en plus grande de la population. Car pendant que l'on crame sous les dômes de chaleur, la tech se moque de nous de plus en plus ouvertement. Il y a d'abord eu la déclaration du patron des lobby des data-centers, avec son nom de méchant de comics. Lex Coors, c'est son blase, demandait sereinement il y a quelques jours à l'Union Européenne de faire un choix : privilégier le développement de sa branche, au profit de l'IA, et au dépend de la lutte contre le changement climatique. Retenons cette citation : > _"Si l’Europe veut tripler sa capacité en data centers d’ici 2032 et ne pas perdre face à la Chine, alors elle doit mettre en pause ses ambitions climatiques et construire immédiatement des centrales à gaz.”_ On ne peut pas faire plus clair. Alors que l'Europe crame, la priorité pour Lex et ses copains, c'est de tripler notre capacité en data-centers pour permettre à une technologie dont on attend les fruits positifs de se développer. Perdre contre la Chine ? Sans vos choix merdiques, on aurait pu gagner sur les bagnoles électriques et le solaire, mais visiblement c'était pas assez branché. Alors lançons nous dans une nouvelle course comme des poulets sans têtes, alors que la ligne d'arrivée ressemble à un barbecue à l'échelle mondiale, yes ! Et puis il y a les positions et les résultats des géants de la tech eux-mêmes, de plus en plus hors sol et dangereux. Ainsi, depuis quelques semaines, le peu de transparence de ces entreprises suffit pour entrevoir l'ampleur du délire en cours. Ainsi, on sait désormais que les émissions de CO2 combinées de trois des plus grandes entreprises de la tech ont bondi de 42 % depuis 2020, alors même que celles-ci s'étaient engagé à les diminuer de moitié, voire à les annuler complètement à horizon 2030. La bonne blague. Au moins ne font-ils plus semblant. Google supprime les pages web dédiée à ses objectifs environnementaux, j'ai déjà souvent parlé ici des renoncements de Microsoft ou Bill Gates, et ce retournement global dans le lien entre Silicon Valley et environnement trouve sans doute des racines plus profondes encore. Bill Gates, comme la tech dans son ensemble, tournant le dos au climat. Mais si la tech se radicalise dans sa volonté de nous imposer notamment une technologie dont nous n'avons pas besoin, peut-être devrions nous aussi nous radicaliser. **C'est en tout cas la thèse très juste défendue** dans un récent article**par la journaliste Mathilde Saliou.** On peut notamment y lire : > _"Comme un nombre croissant de personnes dans le monde, je crois qu’on s’en sortirait très bien sans IA générative, voire sans un pan plus large de cette_ industrie d’extraction_. Lorsque Romaric Godin_ écrit_dans Mediapart que « les appels à la régulation de l’IA sont une illusion dangereuse », je pense qu’il a raison. Un projet qui ne vise que le progrès du capital (c’est-à-dire ni progrès social, ni projet environnemental, ni aucun autre progrès que celui de la poignée de décideurs à la tête de cette industrie), alors qu’on a établi en long, en large et en_ travers_que le fonctionnement de la société appuyé sur la seule accumulation de capital provoquait directement la dégradation de nos lieux de vie communs,**un projet comme ça, ça ne se régule pas, ça se combat.** "_ Et c'est peut-être là un autre point majeur, au fond, qui explique que **prise de conscience (tardive) du changement climatique et détestation de l'IA vont main dans la main** : **Ces deux phénomènes, l'IA et le changement climatique (dont l'homme blanc amasseur de capital est indéniablement responsable), vont toutes et tous nous toucher, et plus encore celleux qui sont déjà en position de fragilité.** Pour le reformuler plus simplement : comme l’impact de la canicule, l’impact de la tech et de l’intelligence artificielle va toutes et tous nous concerner, et pas en bien. Et c'est peut-être, enfin, ce qui va nous faire bouger, cyniquement. Au sujet du cynisme de la chose, citons Pierre Rimbert dans un article au titre équivoque ("_tout le monde déteste l'IA_ ") pour Le Monde Diplomatique : > _“Des secteurs qui avaient accueilli la désindustrialisation avec l’indifférence hautaine que leur inspirait la foi dans l’« économie du savoir » se trouvent à leur tour menacés. [...] Si la classe dominante occidentale avait pu se satisfaire du chômage des prolétaires, qui produisaient beaucoup mais consommaient peu et faisaient peser sur la vie politique le souvenir déplaisant des révolutions, la robotisation des métiers occupés par les populations aisées introduit une double inconnue dans l’équation socio-économique : comment faire tourner la machine si les groupes qui tirent la consommation intérieure s’appauvrissent ? Comment perpétuer le théâtre politique si les couches-cibles des grands partis dépriment ou se rebellent (_ 4_) ? Bien sûr, les prophéties du déclassement numérique hantaient déjà le salariat dans les années 1990, et Internet a renouvelé plutôt qu’anéanti les classes moyennes. Mais le séisme de l’IA s’annonce d’une tout autre magnitude.”_ Les géants de la tech, les milieux d'affaires et les politiques de droite (on l'a vu) veulent nous faire croire que l'IA est une force inarrêtable et que le mouvement est déjà en marche, quoi que l'on fasse. Que sa consommation gigantesque d'eau et d'électricité sera compensée par des gains indiscutables pour la société... quand les gains ne seront en fait tangibles que pour un petit groupe de gens déjà ultra privilégiés. Pierre Rimbert, toujours dans Le Monde Diplo : > _"Pendant que les économistes libéraux prophétisent un ruissellement universel de lait et de miel, l’un des spécialistes mondiaux des effets de l’innovation prévient : « L’intelligence artificielle devrait creuser l’écart entre les revenus du capital et ceux du travail (_ 5_). » Ses infrastructures absorbent les investissements au détriment des autres secteurs, ses valorisations boursières enrichissent les riches et limitent la liberté de contestation de cette moitié des Américains dont l’épargne et les retraites dépendent des marchés. Davantage de milliardaires ou tous à la rue, l’alternative a de quoi enchanter. Les dirigeants de la Silicon Valley, qui devinent une fin de soirée difficile, réclament une forme de redistribution des bénéfices qui limiterait la prolétarisation de leurs clients*."_ *coucou la marotte du revenu universel. Voir le développement de l'IA priorisé alors même que nous cramons devrait donc nous révolter tout autant que l'état d'impréparation de nos écoles et hôpitaux face à ce même changement climatique dont les scientifiques alertent des conséquences depuis des décennies. La bonne nouvelle, c'est qu'une forme de prise de conscience face au changement climatique est palpable, nous le disions, tout comme celle concomitante d'une résistance face aux techno-libéralisme. Parmi les illustrations récentes de ce retour du mouvement des "luddites", je vous conseille ainsi de jeter un oeil au travail de Brian Merchant dans sa newsletter "_Blood in the Machine_ ", dont le dernier numéro évoque encore de nombreuses initiatives rejetant la technologie en tant que présence toute puissante et obligatoire dans nos vies. De toute façon, les data-centers eux-mêmes surchauffent sous les fortes chaleurs, alors... Et vous, que pouvez-vous faire ? Je peux vous renvoyer à nouveau vers l'article de Mathilde Saliou, dans sa partie "boîte à outil". J'avais aussi évoqué la résistance aux data-centers avec l'exemple marseillais il y a peu, et je vous conseille de vous pencher sur les résistances en cours au plus proche de chez vous, résistances que répertorie le collectif Le nuage était sous nos pieds. Mais des pistes, il y en a beaucoup d'autres : * Questionnons nos usages technologiques à la maison et au bureau * N'hésitons plus à expliquer à nos proches qu'utiliser l'IA générative toutes les 5 minutes pour des questions à la con c'est aussi délétère que de prendre l'avion comme si c'était un bus. Bientôt un flygskam appliqué à l'IA ? Pourquoi pas ! * Confrontons nos politiques sur leurs engagements climatiques et technologiques, et ne votons pas pour des candidats qui ne proposent pas de programme écologique clair * Soutenons des associations comme Data for Good, Halte à l'Obsolescence Programmée ou bien Le Mouton Numérique, qui font un travail énorme pour documenter et lutter contre les dérives (notamment environnementales) de la tech * Suivons les médias et voix techno-critiques qui se multiplient ces derniers mois en France et ailleurs, par bonheur, médias et voix que je tente de citer ici aussi régulièrement Après le covid, nous espérions un "_nouveau monde_ " qui est bien vite mort. Ne ratons pas cette nouvelle opportunité, ce triste concours de circonstance techno-climatique qui doit nous radicaliser une bonne fois pour toute. **Ne baissons pas les bras, car le combat commence à peine. Et parce que nous avons la force du nombre.** __Le jeu de mot est excellent...__ et la lutte porte ses fruits ! Je vais faire court pour cette dernière partie, mais je ne pouvais pas décemment passer sous silence ce qui se passe dans une industrie toujours chère à mon cœur. Or, Xbox (division de Microsoft dédiée au gaming et l'un des 3 "consoliers" du marché) vient de virer des milliers des personnes et de tuer certains des studios de développement de jeux vidéo les plus prestigieux de cette industrie de plus en plus pourrie. Une décision prise par Asha Sharma, une boss qui vient du joyeux monde de l'IA et utilise comme excuse un trop plein "de _bureaucratie_ ", ce qui rappelle les discours libertariens les plus classiques. Compte rendu complet de Gautoz ici. Pendant ce temps, Sony et sa marque Playstation actait la fin du support physique (des jeux vidéos imprimés sur disque, donc). Ce qui induit du même coup la mort pure et simple du marché de l'occasion pour le jeu vidéo et la fermeture prochaine de tous les magasins de jeux vidéo. Ce qui concentrera encore davantage les revenus de cette industrie autour de quelques acteurs. En parallèle, Sony annonce assumer une direction stratégique "full IA" 🤡 Enfin, Valve, l'entreprise derrière la plus grosse place de marché pour jeux vidéo déminéralisés (téléchargeables en ligne), a annoncé les prix de ces Steam Machines. Des mini PC destinés à concurrencer les consoles en proposant des jeux à des prix beaucoup plus intéressants et surtout une expérience utilisateur beaucoup plus ouverte et permissive. Manque de pot, à cause de la pénurie de composants liée au développement de l'IA (encore elle), lesdits prix sont exorbitants. Heureusement, il y a encore Nintendo. Ma conclusion, pour rester dans le thème général de cette infolettre : **Vous aimez les jeux vidéo ? Détestez l'IA !** * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. 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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 20/06/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui, 2 entreprises suisses mais surtout : une trahison malheureusement prévisible pour le salé, un changement de statut en forme de signal positif pour le sucré.
absurdi.tech
Proton : la trahison
Il y a quelques années, je suis parti en quête. Une quête semée de pièges et d'embûches, comme l'actualité nous l'a récemment rappelé. Cette quête, c'était celle **d'outils numériques ne dépendant pas des GAFAM ou d'autres acteurs délétères (venant généralement des États-Unis ou de Chine)**. Une quête qui devrait intéresser tous et toutes les citoyen·es européen·es inquiet·es du respect de leur vie privée et des droits humains, mais aussi de l'avenir de leur planète. Une quête qui intéresse d'ailleurs enfin en haut lieu, grâce aux coups de boutoirs imbéciles de l'administration Trump, et alors que la notion de "_souveraineté numérique_ " devient même un _buzzword_ presque vidé de son sens. C'est mieux que l'indifférence qui précédait, me direz-vous. Car il y a maintenant des certitudes : * Voir nos écoles et nos entreprises imposer les suites Google et Microsoft en 2026 ? Un non-sens. * Continuer à poster sur TwiXter alors que Musk est une menace directe pour nos démocraties ? Un renoncement. * Parler de "data-centers" souverains alors-même que ces infrastructures sont des boîtes noires le plus souvent financées par des acteurs extra-européens ? Un rideau de fumée. Mais une fois que le plus dur est fait (accepter ce constat), on fait quoi ? On choisit quels acteurs ? On pourrait parler réseaux sociaux ou choix étatique, mais l'actualité récente sur le front des suites logiciels européennes a été intense, alors je vais plutôt m'attarder sur ce point. Car, alors que je pensais avoir trouvé deux perles rares en provenance de Suisse [i _nsert joke sur l'or des nazis_], il se trouve que l'une et l'autre semblent prendre des décisions opposées. Parlons donc de **Proton** , et d'**Infomaniak**. Commençons, comme de coutume, par les mauvaises nouvelles. * * * Mais avant toute chose : on vous a fait suivre cette infolettre ? Salut, moi c'est Thomas, et si ce que vous y lisez vous plaît, pensez à vous inscrire, gratuitement, via le bouton ci-dessous (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) 🤗 Pour s'inscrire, c'est par ici ! Merci et bonne lecture ! PS : bon courage pour ce weekend caniculaire. . Je suis : dégouté. La quête semblait toucher à sa fin : un acteur numérique européen avait enfin trouvé grâce à mon yeux, depuis 2 bonnes années maintenant, et j'y avais transféré une belle partie de mes billes, au fur et à mesure. Ses services répondaient à la majorité de mes besoins professionnels, sans avoir à sacrifier de manière trop conséquente mes habitudes et la fluidité du tout. L'ajout de services réguliers (encore récemment, les documents en ligne ou la visio), donnait cette impression d'une suite qui se renforçait rapidement. **C'était clair, c'était bien foutu. Il y avait de quoi croire en Proton, puisque c'est d'elle que l'on parle.** Cette entreprise pouvait remporter la mise parmi les différentes suites de services numériques _made in Europe_ plus ou moins complètes qui faisaient leur apparition, et s'adressant aussi bien aux pros qu'au grand public. Elle allait bientôt pouvoir prétendre au trône de meilleure alternative européenne à Google Workspace ou Microsoft 365. Oui mais voilà. Le 7 juin dernier, un post publié dans le canal Reddit "degoogle" notait une information pour le moins problématique : **Proton semblait sponsoriser sciemment une vidéo du Youtubeur d'extrême droite Vincent Lapierre.** Vincent Lapierre, c'est un joyeux programme : figure médiatique importante de l'extrême droite française ; ancien d'Égalité & Réconciliation, le mouvement d'Alain Soral ; poto inévitable de Dieudonné ; négationniste invétéré. Bref, on n'est pas sur un mec _borderline_. **On est sur un fasciste notoire et assumé**. Et c'est donc ce type que Proton décide de financer ? Capture d'écran du post Reddit initial (de ce qui semble être une vidéo de grande qualité au vu du sujet) L'entreprise évoque, dans une réponse le lendemain, une maladresse. Leur équipe "_n'avait pas la connaissance du contexte français_ ". Votre boite est basée à Genève, les bougs. On a un peu de mal à y croire. Mais soit. Mais voici le morceau le plus important de leur réponse : > _"la chaîne de Vincent Lapierre n'aurait jamais dû faire partie de notre programme d'affiliation et de parrainage, car nous évitons délibérément toute association avec des chaînes dont le contenu pourrait détourner l'attention de notre message et diviser notre communauté."_ Hmmm. C'est vrai que soutenir un soralien a de quoi diviser votre commu... mais le plus gênant pour Proton n'est visiblement pas qu'il soit soralien, mais bien qu'il porte une opinion tranchée, quelle qu'elle soit. Être un néo-nazi ou un militant écolo, on imagine en lisant cela que c'est la même chose, pour l'équipe de Proton. Ça devient gênant. Mais je vais insister sur un autre point, plus technique : Cette "sponsorisation" d'une vidéo du Youtuber n'est pas ce qu'on appelle un simple "pre-roll", c'est à dire une pub qui passe juste avant une vidéo. Non, il s'agit bien d'un pur placement produit de plus de 2 minutes, intégré dans une vidéo bien nauséabonde comme sait les produire l'influencer fasciste. Or, quiconque ayant déjà bossé sur ce type de campagnes d'influence (il se trouve que c'est mon cas 👋) sait comme il est habituel pour "l'annonceur" (celui qui paye pour intégrer son segment publicitaire, donc) de vérifier comment ledit segment est intégré dans la vidéo... mais aussi ce que raconte la vidéo complète, pour éviter des incohérences 🙃 **Je reste donc très peu convaincu par ces excuses : soit l'équipe de Proton est incompétente, soit elle savait très bien ce qu'elle faisait. Et au vu de ce qui suit, vous verrez pour quelle hypothèse je penche.** Car c'est là qu'intervient le patron de Proton, Andy Yen. Au lendemain de la réponse officielle de son entreprise sur Reddit, il va multiplier les messages troublants sur ce même réseau. Je m'intéresserai principalement ici à une de ces réponses. Yen y explique avoir passé du temps au téléphone avec Lapierre (chacun ses hobbies) pour le rassurer (!) : oui, Proton aurait également coupé le sponsoring d'un influenceur "_de gauche_ " avec des opinions "_aussi controversées que Lapierre_ ". Me voilà rassuré. Il élabore ensuite, en précisant que les gens du même bord politique que Lapierre (l'extrême droite, donc) au sein de Proton trouve qu'il "va trop loin". On est heureux de savoir qu'il y a des fascistes chez Proton, et qu'ils pèsent visiblement dans les décisions de la boîte. Yen termine sur le truc habituel de la droite dure, des Trumpistes au RN : le plus important c'est la "_liberté d'expression_ " pour toutes les opinions "_non illégales_ ". Surtout si elles sont de droite, visiblement, comme la gestion des plateformes sociales par Musk ou Zuckerberg le démontre tous les jours, comme Bolloré le démontre régulièrement pour les médias plus traditionnels. Proton n'a d'ailleurs pas, à ma connaissance, financé de profils de gauche radicale. Hmm. Andy Yen va lui continuer à poster des réponses par la suite, toutes plus navrantes les unes que les autres. "_The Holocaust point_ ", sérieusement ? **Il est clair pour moi que Yen et Proton savaient très bien où ils mettaient les pieds en traitant avec Lapierre, et que financer des agitateurs nazis ne leur pose aucun problème.** Comme le dit très bien un utilisateur sur Reddit: > _"Imaginez que vous souhaitiez vous affranchir de Google, vous affranchir de Meta, privilégier les alternatives européennes, faire passer la protection de votre vie privée avant tout, et bénéficier de services qui ne financent personne susceptible de vous priver de vos droits._ > _Pourquoi est-ce si difficile, pourquoi ?_ " En même temps, il faut bien le dire : il y avait quelques signaux annonciateurs pour qui savait regarder. D'une manière générale, la communication de Proton était de qualité. Il y avait du pognon et des gens doués derrière, cela se sentait. C'est aussi ce qui faisait qu'elle avait le potentiel d'un jour concurrencer les gros acteurs états-uniens. Mais depuis quelques temps, il y avait des choses surprenantes. Leurs posts semblaient traiter de plus en plus les sujets d'actus _tech_ avec un prisme états-unien, justement, et cela depuis les États-Unis. Quand votre argument principal de vente, à vos débuts, étaient d'être une alternative européenne aux GAFAM, cela dénote d'un changement de stratégie assez profond. Il y avait aussi le sujet de TwiXter : l'entreprise continuait à y poster comme si rien n'avait changé ces derniers temps, alors qu'investir des plateformes alternatives comme Bluesky et Mastodon aurait été plus cohérent, a minima. Mais c'est surtout du côté d'Andy Yen, encore lui, qu'il fallait regarder. Yen reste un personnage assez mystérieux, en tout cas discret jusqu'à récemment. On sait tout de même qu'avant de créer Proton à Genève, il a un peu bourlingué. Né à Taïwan, il a fait ses études en Californie, puis s'est donc installé en Suisse pour travailler au CERN en tant que physicien spécialiste des particules. Son passage Californien est probablement assez éclairant, puisqu'il ne fait que suivre les mêmes trajectoires politiques que la majorité des _tech bros_ de la Silicon Valley,_in fine_. Dès 2025, Yen tweetait notamment en faveur de Trump et des Républicains, ce qui pose à nouveau la question de sa pseudo-neutralité. Et il y a quelques semaines, notre chantre de la liberté d'expression choisissait aussi des médias intéressants pour prendre la parole, en France, donnant deux interviews : au JDD de Bolloré et dans un Figaro dont le positionnement politique tend de plus en plus à l'extrême droite. La neutralité, on vous a dit ! Andy Yen, en interview à la RTS **Quoi qu'il en soit, Proton, ce sera sans moi désormais. Adios. Belle route vers la droite à vous.** J'ai d'ores et déjà mis fin à mon abonnement, et à la fin de la période déjà payée d'avance, je me retaperai une nouvelle migration vers un autre acteur. Quel plaisir. Pour aller chez qui ? Bah, j'ai bien une idée. Par bonheur, il n'y a pas que Proton pour faire passer votre suite numérique en mode _EUROPE_ 🇪🇺 En France, il y a Mailo. En Allemagne, il y a Tuta. J'ai en eu des retours positifs sur les deux, mais je ne suis pas utilisateur moi-même. Il y a aussi les solutions soutenues par des gouvernements, ou bien la version coopérative. Mais si on reste en Suisse, il y a Infomaniak ! Bon, je trouve le nom de la boîte ringard, il faut le dire, parce que caler des "k" partout dans le nom de ses marques, c'est _so 2008_. Mais si on met de côté cet aspect 1/ accessoire 2/ subjectif, je suis super satisfait de mon usage : c'est là que j'ai migré mes mails et mon drive perso, et j'utilise régulièrement leur outil de visio pour la partie pro. C'est aussi la boite derrière le fameux SwissTransfer, l'alternative très cool et plus éthique à WeTransfer. Mais... qu'est ce qui garantie que le patron d'Infomaniak n'est pas un aussi gros débilos que celui de Proton ? Et bien : il n'y a plus de patron à proprement parler ! Le fondateur d'Infomaniak, Boris Siegenthaler, vient en effet de transférer ses parts dans une fondation destinée à garantir l'indépendance de l'entreprise Suisse. Lui qui avait jusqu'ici la majorité des parts pouvait en effet faire des choix délétères, en solo. Ce n'est plus le cas. Alors attention : cela n'est pas une garantie absolue. Proton a suivi exactement le même processus il n'y a pas si longtemps, et cela n'empêche pas Andy Yen de continuer à dire des conneries et à impulser des décisions dangereuses. Mais c'est la confirmation qu'un acteur perçu comme plus petit, et pourtant en avance sur Proton sur bien des points, va dans la bonne direction. Une avance du point de vue des produits proposés, ou sur la dimension de l'impact environnemental, d'ailleurs totalement absente du discours de Proton. **Probablement parce que pour Andy, l'impact environnemental est un truc de gauchiste ?** Capture d'écran de la page dédiée à l'impact environnemental, sur le site d'Infomaniak. La transparence est réelle, et ça fait plaisir. * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements sur le site ou faites un don ponctuel 🙏 Un grand merci, et à bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
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Thomas Beaufils - Absurdi.tech @tbeaufils.piaille.fr.ap.brid.gy · 09/06/2026
Un post reddit signalait il y a 2 jours le sponsoring pour le moins problématique, par @protonprivacy du Youtubeur d'extrême droite et soralien bien identifié, Vincent Lapierre. 👉 […] [Original post on piaille.fr]
image du sponso chez le youtuber d'ED Lapierre, via Reddit
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Thomas Beaufils - Absurdi.tech @tbeaufils.piaille.fr.ap.brid.gy · 15/06/2026
Rutger Bregman, le conférencier anti-milliardaires et critique de la philanthropie, devenu homme-sandwich pour Anthropic ? 🤔 C'est le sujet du dernier numéro de mon infolettre Absurditech. On va beaucoup y parler d'altruisme efficace, ce courant idéologique, voire théologique, qui traverse la […]
piaille.fr
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 14/06/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui : comment un célèbre conférencier anti-milliardaires est devenu magiquement pro-IA (et plus vraiment anti-milliardaires).
absurdi.tech
Rutger Bregman, l'anti-milliardaires devenu homme-sandwich pour Anthropic
Comme nombre d'entre vous, je pense, j'ai déjà vu passer de courts extraits vidéos des interventions de ce garçon : Rutger Bregman. Néerlandais de son état, historien, conférencier et auteur, il a publié quatre livres touchant à des sujets aussi vastes et divers que l'histoire, la philosophie, l'économie... Un "toutologue" en puissance, donc. Ce qui constitue sans doute un premier point d'attention. __Capture d'écran de__ la célèbre prise de parole de Bregman__au Forum de Davos en 2019__ __(Now This).__ Bregman est également un excellent orateur, habitué des estrades conférencières du monde entier, dans des raouts prestigieux tel que le fameux sommet de Davos, lieu de ce qui fut son intervention la plus célèbre. Il faut dire qu'elle était à propos, forte en gueule, et infligée tout sourire. Le sommet de Davos ? Le grand rassemblement annuel, en Suisse, du "Forum Économique Mondial" dont la devise est "_d'améliorer l'état du monde_ " (pendant que son PDG est englué dans l'affaire Epstein). Davos. Voilà qui constitue un second point d'attention, on y reviendra. * * * Mais avant toute chose : on vous a fait suivre cette infolettre ? Salut, moi c'est Thomas, et si ce que vous y lisez vous plaît, pensez à vous inscrire, gratuitement, via le bouton ci-dessous (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) 🤗 Pour s'inscrire, c'est par ici ! Merci et bonne lecture ! * * * Dans ses prises de parole les plus connues, Bregman se focalisait jusqu'à récemment sur les ultra-riches. Il aimait particulièrement brocarder leur propension à ne pas payer d'impôts, leur préférant cette arnaque typique du capitalisme qu'est la **philanthropie**. En deux mots : plutôt que de participer à l'effort collectif, placer l'argent dans les causes et organismes qui nous semblent plus pertinentes que d'autres, sans approche démocratique, le tout en défiscalisant un max au passage, bien sûr. Des accusations fort pertinentes qui lui ont valu, il y a quelques semaines encore, de discuter avec notre Gabriel Zucman national, par exemple. Disons que jusqu'ici, si je ne connaissais pas très bien le bougre, il me semblait être un personnage médiatique intéressant, allant sur des plateaux loin d'être acquis à la cause pour balancer de belles vérités fiscales. Mais les choses ont changé ces derniers mois. Précisons d'abord que, d'un point de vue économique plus large, Rutger Bregman est un grand défenseur de la notion de **revenu universel** (c'est même principalement pour ce point qu'il est connu aux Pays-Bas) et estime que l'avenir nous réserve des semaines de travail de 15 heures. Et c'est là que celleux qui se frottent un peu au discours pro-_développement à tout crin de l'intelligence artificielle_ commencent peut-être à relier les points. **Car Bregman a un nouveau cheval de bataille : convaincre les gauchistes (dont il se réclame) qu'ils et elles ont tort de s'opposer à l'essor de l'IA, notamment générative.** Mais pas à l'essor de ChatGPT, par contre, outil qu'il faut quitter à tout prix ! Vous ne trouvez pas ça clair ? Moi non plus. Car j'ai déjà cité Bregman récemment dans cette infolettre. J'y parlais de son soutien très vocal à l'initiative "_QuitGPT_ ", lui préférant en sous-texte un concurrent pseudo-mieux-disant : Anthropic, l'entreprise derrière le célèbre LLM Claude. On l'a dit, Bregman est un excellent orateur. Et de fil en aiguille il est devenu une figure médiatique importante, en Europe et au delà. Il dispose aujourd'hui, sur ses réseaux sociaux, d'une plateforme non négligeable, touchant une communauté en propre de près de 640 000 abonné·es sur Instagram, par exemple. Ses extraits vidéos y dépassent régulièrement les 8 millions de vues et les 500 000 _likes_. Il s'est récemment lancé sur Youtube pour diffuser des formats longs, avec un succès plus limité mais très respectable. Il vient également de lancer sa propre _newsletter_ (sur Substack, une platforme de gauchistes, c'est connu). Et c'est notamment l'un de ces premiers papiers (doublé d'une vidéo) qui est au coeur de notre analyse du jour. __Un montage élégant, plein de jeux de mots de qualité (que je ne renierai peut-être pas, si l'analogie n'était pas aussi désastreuse) et un titre pas du tout pompier, de la part de Rutger... au moins, ce n'est pas de l'IA ?__ Bregman y délivre une analogie pour le moins douteuse. Il estime en effet que si _"il y a 20 ans, le climato-scepticisme était un problème de droite, aujourd'hui c'est l'IA-scepticisme qui constitue un problème, mais de gauche. Avec des conséquences potentiellement encore plus dramatiques."_ _Oh boy._ Déplions ce gros paquet de _bullshit_. Déjà, il faut le dire, son papier est blindé d'inexactitudes, voire de mensonges, suivant presque mot pour mot le narratif corporate d'Anthropic. Ma première réaction fut la suivante : > "_Bregman a pété un boulon, mais c'est toujours un peu pareil avec ce type de profils hyper médiatisés : ils n'existent à terme que dans ce rôle de figure médiatique, passant d'un cheval de bataille à l'autre sans rien maitriser du fond_." Il ne fait pas de doute, pour moi, que Bregman est en effet un de ces conférenciers professionnels sans colonne vertébral, qui a parfaitement sa place à Davos, où le grand monde se donne des petites tapes dans le dos entre deux bons mots. Mais je me trompais néanmoins sur un point : les choses sont sans doute encore plus claires que cela, à la lecture d'autres sources. **Et s'il fallait lire et écouter les analyses de Bregman sous un nouveau prisme ? N'est-il pas ce qu'on appelle un "altruiste efficace" ?** Je parlais de la mouvance de "l'altruisme efficace" dès juin 2024 dans un papier sur les courants idéologiques (voire théologiques) traversant la tech et la Silicon Valley. Voici ce que j'en disais alors : > _"Cette idéologie consiste, si l'on cite Wikipédia, en "une démarche analytique afin d’identifier les meilleurs moyens d’avoir un impact positif sur le monde". Voilà qui sonne bien. Sauf que les altruistes efficaces du monde de la tech pensent que la meilleure façon de faire le bien, c'est de devenir très très riche. On est tout simplement face à une version poussée à son paroxysme de la philanthropie à la mode américaine._ _[...]_ > _Parmi les grands défenseurs de l'altruisme efficace, il y a Dustin Moskovitz, l'un des fondateurs de Facebook. Mais l'exemple le plus criant est sans doute celui de Sam Bankman-Fried, fondateur de la plateforme d'échanges de cryptomonnaies FTX, mais aussi de la FTX Foundation, qui a financé de nombreuses organisations liées à l'altruisme efficace. Le problème : SBF, comme on l'appelle, est depuis derrière les verrous. Pourquoi ? Parce qu'à vouloir devenir riche très vite pour "servir le bien commun", il a détourné dans ses propres poches des milliards de dollars de son entreprise. [...]_ > _C'est cette mouvance altruiste efficace qui demande d'intégrer au maximum l'éthique dans le développement de l'intelligence artificielle. Elle porte même l'idée d'une pause dans la recherche sur ces sujets, pour éviter qu'un développement trop rapide ne fasse courir des risques à l'humanité. Cela dit, elle croit aussi en l'avènement prochain d'une pseudo_ Intelligence Artificielle Générale_, qu'elle appelle de ses vœux… mais une AIG développée non pas dans un but commercial mais dans un but "humaniste". Oui, l'altruisme efficace à un rapport très paradoxal à l'IA. L’un de ces arguments étant que, comme l’AGI arrivera quoi qu’il arrive, autant être là pour l’influencer dans la bonne direction. La "bonne" direction n’étant définie que par leur propre vision de la société : "humaniste", mais pas démocratique._ > _La différence principale que l'on peut noter entre l'altruisme efficace et l'_ accélérationnisme efficace_, c'est la question du temps. Les accélérationnistes veulent agir dès maintenant et le plus vite possible ! Les altruistes, eux, sont plus "prudents". Ils veulent diminuer les impacts négatifs de l'IA et de la technologie aujourd'hui, pour garantir une pleine adoption de ses bénéfices dans le futur."_ **Bregman peut-il être considéré comme un altruiste efficace, alors même qu'il est un très vocal critique de la démarche philanthropique, et plus généralement de ces milliardaires fuyant l'impôt ?** On retrouve en tout cas dans ses dires, et cela avant ses prises de position pro-IA, les idées de revenus universels et de semaines de travail réduites. Des propositions qui, dans l'esprit altruiste efficace, visent à mieux faire accepter l'arrivée de l'IA dans toutes les composantes de nos vies. Car ce serait bien l'IA qui permettra ces progrès sociaux ! On attend les preuves, puisque pour le moment c'est l'exact inverse qui se produit. Notons aussi qu'il y a 4 ans déjà, quand l'IA générative n'avait pas encore fait une entrée fracassante dans nos vies, Bregman intervenait en connaissance de cause auprès de cercles de fidèles de l'altruisme efficace. Et que dans son dernier bouquin, il abandonne la critique des ultra riches, se fixant plutôt sur l'idée de demander à ces mêmes riches de faire "_le bien_ ". De l'altruisme efficace _stricto-sensu_. Et ce qui se rapproche tout de même beaucoup de... la philanthropie ?! Mais le point clé, selon moi, porte un nom : **Dustin Moskovitz.** **Moskovitz, co-fondateur le moins connu de Facebook, est un grand défenseur et argentier de la mouvance altruiste efficace. Et il se trouve que ce Moskovitz est justement** l'un des financiers**des actions de Bregman, au travers de son fond** Coefficient Giving**!** Un fond qui a également financé OpenAI à hauteur de 30 millions de $, le "_Centre pour l'altruisme efficace_ " à hauteur de 13 millions, ou bien le très controversé "_Future of Humanity Institute_ " à hauteur de 12 millions. **"_L'École pour l'ambition morale_ " de Bregman (un _branding_ d'une humilité rare) a d'ailleurs également financée par la Fondation Gates. **Une Fondation dont la devise est "_Toutes les vies ont une valeur égale"_. Et dont le co-fondateur Bill Gates est englué dans l'affaire Epstein. À croire que, de Davos à Seattle, les devises, c'est du flan ? 🙃 On rappellera également le volteface de Bill Gates sur la question environnementale, ce qui ajoute une saveur particulière à l'analogie climatique de Bregman. Un conférencier anti-milliardaires financé par des milliardaires ? Et bien pourquoi pas, écoutez 🙃 🙃 __Capture d'écran des dernières vidéos Youtube postées par Bregman. De l'anti-Chat GPT et du pro IA à la sauce Anthropic. Bregman est-il finalement devenu un homme sandwich pour Claude ? On se demande bien ce que Gabriel Zucman est venu faire là.__ **Voilà donc ce qu'est Bregman depuis le début : un altruiste efficace.** **Il est en tout cas un homme convaincu (philosophiquement ou financièrement) que c'est la technologie et l'IA (enfin celle d'Anthropic) qui sauvera le monde des menaces.** **Des menaces (climatiques, politiques, économiques, sociales) pourtant grandement renforcées par le développement de la technologie, et de l'IA.** C'est vrai ça, font chier ces gauchistes à critiquer l'IA pour sa gigantesque consommation d'électricité et d'eau, pour ses conséquences sur l'éducation ou notre accès à une information sûre, tout ça pour des retours sur investissements pour la société quasi-inexistants à ce stade, même du point de vue scientifique. La bulle de l'IA ? Une chimère d'après Bregman, comparaisons éclatées au sol à l'appui. Toutes ces problématiques majeures, il les écarte désormais de la main en quelques phrases franchement peu convaincantes, loin de sa verve habituelle. Le partage des richesses ? C'était pour la façade, visiblement, car peu importe qu'il y ait des riches s'ils agissent pour le bien commun, même depuis Davos, même depuis leurs jets privés qu'il aimait pourtant tant moquer ! L'IA magique est développée grâce à des pauvres dans des pays où Bregman ne fait étonnamment jamais de conférences ? Bah, on n'a pas dit que les semaines de 15 heures, c'était pour tout le monde 😉 **Ma proposition est donc la suivante : il faut voir Bregman pour ce qu'il est. C'est à dire, soit un idiot utile au service d'Anthropic, soit un mesquin conférencier prêt à toutes les prises de position _edgy_ pour se garantir des conférences grassement payées jusqu'à la fin de ses jours.** Une chose est sûre : Anthropic continue à faire un boulot de communication assez impressionnant, parvenant à se faire passer pour les "_bon élève de l'IA_ " auprès de pseudo-gauchistes médiatiques comme Bregman, d'auteurs en déshérence créative comme Damasio, ou même auprès du Pape (on l'évoquait il y a peu). Pourtant, il me semble utile de rappeler une dernière fois les bases : le mieux est souvent l'ennemi du bien, et j'ai désormais beaucoup plus peur des dérives "camouflées" d'un Anthropic en pleine bourre, que de celles d'un OpenAI affaibli. Et cela même si Anthropic appelle de ses voeux un "_moratoire mondial concerté sur le développement de l'IA_ " ; ce qui doit nous rappeler les arguments altruistes efficaces classiques, et d'innombrables discours bullshit sur le sujet. Et ce que j'appellerais surtout, pour ma part, une nouvelle pirouette de comm' pour préparer l'introduction en bourse de l'entreprise ; qui devra de toute façon être massive pour financer ses investissements délirants. La thune, toujours la thune, pour Bregman comme pour Anthropic. * * * Merci de votre lecture ! Et puisque l'on parlait de thunes, vous pouvez également soutenir mon travail à hauteur de 1, 3 ou 5€ / mois en adaptant votre abonnement ci-dessous, ou bien en faisant un don ponctuel ! Promis, je ne suis pas milliardaire. Pour soutenir Absurditech, c'est par là ! * * * **_Télex d'actu:_** Puisque nous parlions de gens sans colonne vertébrale éthique, évoquons à nouveau le cas Julie Martinez : l'ancienne de l'entreprise techno-fasciste Palantir est une des têtes pensantes du nouveau "think tank" du Parti Socialiste. Mais à quoi joue le PS ? ✂️ Vous allez beaucoup entendre parler de l'introduction en bourse de Space X ces prochains jours, je vous conseille alors cet article pour mettre les mots sur ce que représente cette opération. ✂️ Au passage, le rôle de Musk dans les émeutes de Belfast ne fait aucun doute. Rassurez-moi, vous avez bien quitté TwiXter ? ✂️ Il est rare de voir tant de figures politiques parler d'une seule voix pour s'inquiéter d'un manque de souveraineté numérique. Le problème étant qu'à peu près aucune d'elle ne dispose de visée critique sur l'IA, alors on n'est pas sorti de l'auberge. * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Un grand merci, et à bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
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Thomas Beaufils - Absurdi.tech @tbeaufils.piaille.fr.ap.brid.gy · 13/06/2026
RE: indieweb.social/@yvg/11673860505743… Le prochain numéro d'Absurdi.tech sera réservé à ce monsieur et à ses accointances pour le moins gênantes avec les milliardaires de la tech. Ne rater pas ça, ça sort demain, et on va rigoler : 👉 www.absurdi.tech#/portal/ cc @index
indieweb.social
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 30/05/2026
Au menu dans ce numéro : des chiffres sur l'impact et l'économie de l'IA, et des propositions pour repenser la sémantique autour de cette industrie
absurdi.tech
IA : des chiffres et des lettres
Est-ce parce que nous venons de traverser une inquiétante semaine de canicule précoce, que j'ai décidé de titrer ce numéro de l'infolettre d'après une émission animée par un ancien présentateur météo ? Mon esprit est certes aussi "circonvolutionné" que ma phrase précédente, mais pas du tout. Ces derniers jours, différents textes et initiatives manoeuvrant chiffres et sémantique autour de la thématique de l'IA (générative) et de son impact, m'ont simplement sauté aux yeux. J'ai donc décidé, dans ce nouveau numéro d'Absurditech, de vous en faire un rapide compte-rendu. D'abord, les chiffes. * * * Mais avant toute chose : on vous a fait suivre cette infolettre ? Pensez à vous inscrire, gratuitement, via le bouton (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) 🤗 Pour s'inscrire, c'est par ici ! Bonne lecture ! L'Arcep, c'est un acronyme pour dire : _"Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse."_ Un nom sans doute un brin _vintage_ , mais qui n'empêche pas l'agence publique de "dire les termes", ou plutôt les nombres. **Elle a ainsi publié le 21 mai dernier** un rapport**intitulé : "_Intelligence artificielle générative : quels défis environnementaux ?"_** On y retrouve nombre (!) de données intéressantes, même si, de l'aveu même de l'agence, _"l’impact environnemental des IA génératives est encore difficile à mesurer en raison du manque de transparence des acteurs."_ Comme le note Le Monde, dans un article qui déplie les données du rapport de l'Arcep : > _"Le gendarme des télécoms a étudié, en 2024, les émissions de gaz à effet de serre de 160 centres, représentant environ la moitié du parc actif cette année-là.**Celles-ci ont progressé de 23 % sur un an, à 178 000 tonnes de CO 2.**_ > _**Ces émissions progressent surtout « à un rythme de plus en plus soutenu », insiste l’Arcep, puisque leur croissance était de 13 % en 2023, et de 4 % en 2022.** C’est l’essor de la consommation électrique des data centers, aux équipements toujours plus puissants et gourmands en énergie, qui explique cette escalade. En 2024, celle-ci a progressé de 12 %, à 2,7 térawattheures, après avoir crû de 8 % en 2023, et de 14 % en 2022."_ Des chiffres que se sont bien abstenu·es de commenter Emmanuel Macron ou sa "ministre de l'IA" (et du numérique, mais la notion globale arrive significativement après), Anne Le Hénanff, trop occupée à nous expliquer qu'il ne faut surtout "pas rater le virage de l'IA". Des chiffres à mettre également en lien avec mes récentes publications autour des data-centers, à Marseille spécifiquement, ou au niveau national. Page de garde du rapport de l'Arcep Un second "rapport", si je puis dire, m'a particulièrement marqué, ces derniers jours. L'initiative "Is AI profitable yet" est un site désarmant de simplicité, mais c'est souvent en faisant simple qu'on marque les esprits. Mis en place par un développeur solo qui regroupe l'intégralité des chiffres publics sur les investissements et revenus dans le domaine de l'IA, il permet de se rendre compte plus rapidement d'une info qui est pourtant partagée depuis des mois voire des années par des analystes comme Ed Zitron : **l'IA n'est pas profitable, et c'est même plutôt un gouffre financier sans espoir de retours sur investissements à court ou moyen terme. Le long terme paraissant lui aussi bien lointain et hypothétique à ce stade.** Résultat des courses : à date, on est à 1,4 trillions de dépenses, pour 613 milliards de recettes déclarées. Les comptes ne sont pas bons, Kévin. Laissez d'ailleurs tourner le petit compteur bleu en laissant la page ouverte quelques temps, et vous vous rendrez mieux compte de la gabegie. Le site découpe ensuite les chiffres par acteurs clés. Tout le monde est fauché dans le milieu... sauf Nvidia, sans surprise, en tant que fournisseur hégémonique des composants qui font tourner le tout. On peut y voir aussi la taille riquiqui du "champion français" Mistral AI. Autant dire que si la France veut gagner la bataille de l'IA, vous pouvez faire une croix sur l'hôpital public et l'éducation de vos gamin·es. Mais, hey, il faut savoir prioriser ! __Capture d'écran du site "__ L'IA est elle profitable à ce stade__". La réponse est non (largement).__ Alors, si pour prendre le "_virage de l'IA_ ", il faut non seulement détruire notre planète (ça intéresse seulement les gens de gauche, apparemment), mais aussi notre économie (ce qui intéresse aussi les gens de droite, paraît-il), tout ça pour un truc pas si efficace que ça... Peut être que le virage de l'IA n'est finalement qu'une impasse ? Puisque l'on est désormais dans le domaine des jeux de mots, parlons donc... de lettres. * * * Avant cela : vous souhaitez soutenir mon travail ? Vous le pouvez, à hauteur de 1, 3 ou 5€ / mois en adaptant votre abonnement ci-dessous, ou bien en faisant un don ponctuel ! Pour soutenir Absurditech, c'est par là ! Merci beaucoup 🙏 Les choix sémantiques faits autour de l'IA nous disent beaucoup de la mythologie qui entoure cette industrie. Peut-on vraiment parler "d"intelligence" ? Le mot "générative" n'est-il pas abusif ou trompeur ? Petit tour d'horizon. **👉 DÉSARMER, verbe transitif en 8 lettres** Commençons par le plus marquant, peut-être, ces derniers jours. Et une nouvelle preuve de la dimension mythologique, voire théologique ici, des discours autour de l'IA. Le Pape Léon XIV a en effet inscrit dans sa première encyclique (nommée "_Magnifica Humanitas_ ", ce qui donne le ton) un appel à "_désarmer_ _l'IA_ ". Une IA qui mènera selon lui à de "_nouvelles formes d'esclavage_ ". Si, dans l'idée, je trouve plutôt intéressant de voir une figure traditionnellement si déconnectée des réalités s'inquiéter de problèmes réels et concrets, le ton utilisé pose grandement question. Tout comme la proximité d'un ponte de chez Anthropic d'ailleurs, qui continue son ethic-washing, à tel point que certain·es virent dans le corpo-complotisme. Primo, comme l'explique le chercheur Irénée Régnauld, _"on aurait pu s'attendre, venant du Pape, à des appels plus concrets à limiter les usages [...]. Ou encore, à ce que le texte dégonfle mieux la hype : pas sûr que ce pari soit gagné. Il faudra ausculter de plus près les compromis qui ont abouti à ce texte qui semble peiner à aller au bout de la critique, mais qui ne dit pas rien non plus."_ Deuxio, comme le pose la journaliste Mélinée Le Priol pour La Croix (évidemment), "désarmer" l'IA est-il même possible ? Elle demande ainsi : > _"Cette technologie, qui nécessite énormément de puissance de calcul et toute une infrastructure logicielle, peut-elle échapper à une logique de domination et d’exploitation ?"._ L'usage même du mot "désarmé" veut tout dire : on est là dans les discours faisant de l'IA un objet mythologique surpuissant, capable de détruire l'humanité, _Terminator-style_. Un angle tout à fait en ligne avec des visées "_doomistes"_ qui arrangent parfaitement les géants de l'IA, comme le rappelle Olivier Tesquet chez France Culture. __Image de la première page de ladite "encyclique"__ __(je ne connaissais pas le mot avant, moi non plus).__ **👉 INTELLIGENCE, nom féminin en 12 lettres** Dans une tribune pour le magazine Sciences Humaines, le professeur et conférencier Benoit Heilbrunn pose une théorie intéressante : pour lui, **l'intelligence artificielle n'a tout simplement pas eu lieu.** Son analyse s'inspire beaucoup de Jean Baudrillard, philosophe et théoricien de la communication dont j'ai mangé quelques livres étudiants (ça remonte un peu, et je dois avouer de ne pas y avoir pris beaucoup de plaisir alors). Les mots de Benoit Heilbrunn sont assez forts pour que je ne m'embarrasse pas de vous les reformuler platement. Je vous conseille donc grandement la lecture de son article. Mais voici comment il le résume dans un post par ailleurs : > _"Certes l’IA produit des réponses, des synthèses voire des équivalents de raisonnement. Mais elle produit surtout l’effet social de l’intelligence. Elle met en circulation moins la pensée elle-même que sa forme disponible, consommable, exploitable et monétisable. > > C’est peut-être là le point décisif. L’IA ne pense pas, n’habite aucun monde, n’éprouve rien, ne doute pas, ne désire pas. En revanche, elle produit avec une efficacité spectaculaire les signes extérieurs de la pensée : phrases bien formées, plans clairs, raisonnements plausibles, styles imitables, réponses instantanées. Elle ne nous donne la forme opérationnelle de l'intelligence._ > _Et ce déplacement n’est pas neutre. Car ce que l’IA transforme en profondeur, ce n’est pas seulement l’organisation du travail ou la hiérarchie des compétences. C’est notre définition même de l’intelligence. À mesure que ces outils s’imposent, nous en venons à appeler intelligent ce qui produit rapidement une réponse exploitable. Il s'agit moins de penser que d'optimiser la circulation." > > Le danger n’est peut-être pas seulement que la machine finisse par nous ressembler. Le danger est que, fascinés par sa fluidité, nous finissions par ressembler à l’idée rétrécie de l’esprit qu’elle rend possible._ > **_Ce qui a peut-être eu lieu sous le nom d’intelligence artificielle, ce n’est pas encore l’irruption d’une pensée machinique. C’est la victoire culturelle d’une définition minimale, opérationnelle et rentable de l’intelligence."_** Un raisonnement réellement intelligent, pour le coup. Et qui permet de mettre nos analyses sur le sujet en perspective, nous offrant de nouveaux angles intéressants. Que dire en lieu et place d'**_intelligence_** artificielle, dans ce cas ? Question ouverte. **👉 GÉNÉRIQUE, adjectif en 9 lettres** Abel Quentin est un écrivain et avocat français qui prend beaucoup la parole sur le sujet de l'IA générative ces derniers temps, proposant des analyses notamment sémantiques. Les mots, c'est son créneau, c'est cohérent. Il faut aussi dire que le vrai nom d'Abel Quentin est Albéric de Gayardon de Fenoyl ; autant dire qu'Abel Quentin sait quelque chose du poids que peuvent porter les mots. Dans une intervention récente chez France Inter (pour présenter un livre à la teneur critique vis-à-vis de l'IA), il propose une distinction entre les IA dites génératives, et des IA "étroites" plus utiles pour la recherche selon lui. Abel Quentin / (LTD/Celine Nieszawer/Leextra via opale) L'argument m'intéresse : quand j'explique qu'à mes yeux, l'IA générative et les modèles associés posent beaucoup plus de problèmes à l'humanité qu'ils ne lui offrent d'opportunités, on m'oppose généralement toujours la même réponse : _"oui, mais les progrès scientifiques que cela va permettre ! Les avancées médicales que cela permet déjà d'ailleurs !"_ En contre-point, je balbutie généralement une réponse convaincue mais peu précise sur le fait qu'il ne faut pas mélanger IA générative et IA de manière générale, ou que les types de modèles varient selon les usages, et que ChatGPT n'a rien à voir avec un modèle utilisé pour détecter des cancers sur un scanner... Mais mes connaissances scientifiques sur le sujet sont plus que limitées, et si les connaissances d'Abel Quentin sur le sujet sont probablement bien supérieures, il n'est pas scientifique. **Toujours est-il que les expressions "_intelligence artificielle générative_ " et "_intelligence artificielle étroite_ " ne sont pas claires, à mon humble avis.** "_Étroite_ " d'abord, me semble être un terme qui pourra facilement passer pour péjoratif, quand "_spécialisé_ " me semble sonner bien mieux tout en étant plus précis. Quand on parle d'un·e spécialiste de quelque chose, tout le monde comprend qu'il ou elle n'a pas l'esprit étroit et connaît son sujet. (Oui, je fais une comparaison avec des humain·es, ce n'est pas bien vu le sujet, mais vous avez l'idée). L'adjectif "_générative_ ", ne me semble pas précis non plus. L'idée de "_génération_ " est un peu trop magique à mon goût : on y a l'impression qu'un LLM génère de la matière du vide sans bien comprendre de quoi il retourne. Pourquoi ne pas préférer l'adjectif "_générique_ " ? Il illustrerait bien le fait que les LLM largement utilisés, par les scientifiques et surtout les autres, manoeuvrent des quantités de données pharaoniques pour accomplir des tâches généralement... soit hyper spécialisées, ou bien à l'inverse ultra simplistes ? A-t-on besoin pour cela de "grands modèles" génériques intégrant un niveau de donnée ultra profond sur tous les sujets, ce qui a des conséquences massives sur le poids desdits modèles et l'énergie demandée pour les faire tourner ? Bref, avez-vous besoin d'un truc qui a ingurgité plusieurs fois tout internet pour faire votre recherche Google ? Sur ce dernier point, je me permet de repartager cet outil, d'ailleurs. **"Intelligence artificielle générique" versus "intelligence artificielle spécialisée"... trouvez-vous donc ces expressions plus claires, comme je le trouve ?** Ce n'est qu'une idée en l'air pour questionner notre approche sémantique de l'IA, marquée par un marketing féroce des _Big Tech_. N'hésitez pas à me faire part de vos propres idées. Ou à me dire si cette proposition de distinction contient des imprécisions techniques. C'est, réellement, une question ouverte. À nouveau. * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements sur le site ou faites un don ponctuel 🙏 Pour faire un don 🙏 Un grand merci, et à bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 12/05/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui : les investissements massifs d'Amazon en France, les libertariens débarquent de ce côté de l'Atlantique, et Claude tourne sur le data-center le plus polluant du monde (+ des alternatives).
absurdi.tech
Amazon en France, libertariens en Europe, et Claude dans la sauce
Une fois n'est pas coutume, ce numéro d'Absurditech évoquera plusieurs sujets plus courts, parmi lesquels vous pourrez picorer. On y parlera, comme le titre l'indique, des annonces récentes d'Amazon et des parallèles que l'on peut y faire avec la destruction de nos services publics, mais aussi d'une autre annonce du côté d'Anthropic (et plus largement d'alternatives aux modèles d'IA dominants), pour finir par une solide cartographie des _data-centers_ français. Avant toute chose : on vous a fait suivre cette infolettre ? Pensez à vous inscrire, gratuitement, via le bouton (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) 🤗 Pour s'inscrire, c'est ici ! Bonne lecture ! * * * ## **L'internationale libertarienne, main dans la main avec les _Big Tech_ pour détruire nos services publics** Le géant Amazon vient d'annoncer qu’il va investir plus de 15 milliards d’euros en France, sur trois ans. Une annonce poussée à l'aide d'un plan de communication en béton, repris par tous les grands médias, avec un manque de cadrage évident. C'est malheureusement une habitude. La croissance et le business avant tout, peu importe si on ne pourra jamais en taxer les revenus, et si les emplois ainsi créés seront aliénants et précaires. Cette annonce est à mettre en parallèle avec une autre : les services postaux sont attaqués par un nouvel acteur qui n'est autre... qu'Amazon. Avec _Amazon Supply Chain Services_ , la boîte créée par Bezos a des intentions très claires, comme l'explique Frandroid : _"proposer en marque blanche son système de livraison et faire à la logistique ce que le géant a fait au cloud avec AWS."_ Autrement dit, après avoir fragilisé le vivre ensemble en détruisant les commerces de proximité, c'est aux services postaux (ou ce qu'il en reste) que s'attaque Amazon. Vos futur·es facteurs et factrices risquent d'être un poil plus tendu·es. Et surtout : sans bureaux de postes et sans commerces, les bourgs de France ne seront donc bientôt plus peuplés que de banques et d'assurances, comme c'est déjà le cas dans bien des petites communes. Les rencontres ont désormais lieu dans des espaces aseptisés et privatisés, les fameux centres commerciaux Leclerc ou Carrefour, désormais affublés de leurs bars, restaurants, _fast-foods_ , et boulangeries. Et bientôt de leurs salles de livraison _Amazon Supply Chain Services_ , donc, sans aucun personnel pour les gérer bien entendu. Si dans les grandes villes, le retour de commerces de proximités est à la mode, _quid_ des plus petites villes ? Dans le même temps, les _AI enthusiasts_ nous annoncent déjà la disparition des docteur·es et des professeur·es, grand-remplacé·es par une IA évidemment "_plus efficace et moins couteuse_ " (deux arguments faux ou non étayés). Des services qu'on peut déjà imaginer être dispensés en ligne, bien sûr... ou pour les plus récalcitrants, dans des cabines aseptisées, future nouvelle entité "peuplant" nos centres commerciaux ? Il ne va plus rester grand monde pour nous sortir de nos sphères privées. Si ce n'est justement au travers d'opérateurs et d'outils privés, qui ont et auront pour seul but de nous rendre plus dépendant·es à leurs services pour en tirer un maximum de revenus. Et enrichir au passage une poignée de milliardaires qui n'en demandent pas tant. PS : Amazon a aussi récemment "remarketé" Amazon Leo, un concurrent du Starlink d'Elon Musk destiné également à remplacer à terme les opérateurs téléphoniques locaux grâce à des satellites basses-orbites. Certes, cela fait un moment que France Telecom n'est plus un service public... mais le ciel, qui restait un magnifique bien commun que riches et pauvres partageaient sans équivoque, est lui aussi en passe d'être privatisé. La grande marche de privatisation de nos vies par les _Big Tech_ pourrait pourtant être stoppée par des décisions politiques fortes. Mais alors que la partie gauche de la sphère politique française et européenne semble enfin prendre à son compte le besoin de réguler et ralentir l'essor des multinationales de la tech en Europe, que ce soit pour des raisons écologiques ou de souveraineté... la partie droite n'a pas l'air de comprendre les enjeux. Ou alors elle s'en moque. On l'a bien vu avec les grands raouts d'Emmanuel Macron déroulant le tapis rouge aux géants (notamment états-uniens) de l'IA. Nous en parlions encore dans notre dernier numéro. Preuve par l'exemple de ce "souveraineté numérique-washing" : **Campus IA, le data-center géant pseudo-souverain qui doit être construit en Seine-et-Marne prochainement, annoncé lors d'un de ces "sommets de l'IA" est en fait détenu à 70% par** des fonds émiratis. Vous me direz, ça change des états-uniens. Et puis on est habitués à vendre des trucs aux qataris, dans ce pays. __Plan du futur "Campus IA" présenté en réunion publique dans la région du village de 600 âmes, Fouju, qui doit réceptionner cette installation pseudo-souveraine. Seul le maire a l'air d'être content.__ Mais on peut imaginer aisément que les droitiers à la papa, les gaullistes de l'ancien temps, de Chirac à Giscard, n'auraient pas vu d'un très bon œil cette invasion qui ne dit pas son nom par des acteurs principalement états-uniens, ou cette destruction méthodique de nos traditions françaises de ruralité et d'état-providence. On dira ce qu'on veut (et il y a des choses à dire) de Giscard puis Chirac, ils n'étaient pas Tatcher ou Reagan. Pourtant la droite française et européenne d'aujourd'hui semble s'en moquer éperdument, comme le démontre le vote récent de "l'Omnibus IA", comme l'explique la députée européenne Leïla Chaibi : > _"Au nom de la "simplification" et sous les menaces de Trump et la big tech étatsunienne, on détricote l'IA Act… avant même l’entrée en vigueur d’une grande partie de ses protections."_ "Simplification" toujours : la fameuse loi "simplification de la vie économique" que nous évoquions déjà le mois dernier à propos de l'installation des data-centers en France. Une intention très claire se fait jour, en parfaite concordance avec l'agenda des géants de la tech : **Détruire méthodiquement ce qui reste en Europe d'état-providence et de régulation, pour installer des acteurs privés en lieu et place, dans une omniprésence aussi bien physique que numérique, au nom d'une sacro-sainte efficacité, d'une supposée productivité, d'une impossible croissance.** Et quand on ouvre ainsi les vannes au privé sans régulation aucune, qui débarque pour décrocher la timbale, à votre avis, comme depuis des décennies ? _Meeerica, fuck yeah_ 🇺🇸 💥 Car toutes ces "simplifications" suivent le même raisonnement qui sous-tend la mise en place du DOGE de Musk : son "_ministère de l'efficacité gouvernementale_ ", organe ploutocratique éphémère destiné purement et simplement à vider les structures gouvernementales de leur efficacité et de leur staff, dans une pirouette assez contre-intuitive, à l'aide d'une armée de tech-bros à la pensée sacrément torturée. Elon Musk est en effet le parfait trait d'union entre l'extrême droite états-unienne et les _Big Tech_. Symbole aussi d'un mouvement dont nous avons également déjà parlé dans cette infolettre : **le libertarianisme.** **Un courant ultra-individualiste qui vise, en substance, à la destruction de l'état pour lui préférer des "associations volontaires", laissant sur le carreau les plus faibles, les minorités, celleux déjà abandonné·es par le capitalisme**... les "_losers_ ", dirait surement un tech-bro (qui ne serait rien d'un "_winner_ " sans l'héritage familial). Pour caricaturer, c'est Musk détruisant notre planète dans le but chimérique d'emmener une poignée de gus avec lui sur Mars pour créer son "utopie" privatisée. Or, comme dans une suite logique, voilà que la droite et l'extrême droite s'emparent des codes du libertarianisme cher à Musk, ou Javier Milei et sa tronçonneuse argentine. De David Lisnard à Guillaume Kasbarian, d'Éric Ciotti à Sarah Knafo. Mais aussi, dans une autre mesure et supposément moins droitière, jusqu'à Christelle Morançais, membre du parti Horizon d'Édouard Philippe. Les attaques de cette dernière contre les médias dits "traditionnels", leur préférant des alternatives privées d'entrepreneurs très tech-compatibles, étaient un avant-goût des débats actuels sur l'audiovisuel public, portés par un Bolloré, là encore trait d'union entre extrême droite et extrême richesse. Tout un joyeux aréopage de dangers publics (mais aussi privés 😇) encore minoritaires mais dont les initiatives infusent dans les partis politiques et influent sur le débat public, jusqu'à vouloir peser sur les présidentielles à venir. **Tout une galaxie de nationalistes qui nous raconte des chimères racistes contre l'immigration, tout en ne s'inquiétant visiblement pas d'une réelle colonisation numérique et financière.** Vous me direz, les anciens colons à leur tour colonisés, n'est-ce pas là un juste retour de baton... __Elon Musk, Guillaume Kasbarian, Éric Ciotti, Sarah Knafo, David Lisnard et Javier Milei. © Photo illustration Sébastien Calvet / Mediapart avec AFP__ Il va donc indéniablement falloir se réveiller, en France et en Europe, à gauche comme à droite, si l'on souhaite sauver ce qui reste de nos services publics et même de notre mode de vie, face à la fronde d'une internationale libertarienne boostée par l'argent de milliardaires aux intérêts variés (Musk et Bolloré n'ont pas tant de points en commun, si l'on met de côté leur richesse héritée, leur racisme, et leur psychopathie), mais alliés de circonstance. Pour aller à contre-courant des attaques systématiques contre tout ce qui dévie du principe d’accumulation privée, **demandons à l'inverse, en tant que citoyen·es européens, des alternatives numériques publiques, communes, libres**. Des initiatives comme La Suite. De vrais services publics numériques, au fond. ## **Claude est aussi délétère que ChatGPT, et il va falloir songer à des alternatives** Claude est-il un modèle d'IA aussi éthique qu'on le prétend ? En tout cas, il tournera bientôt grâce au data-center le plus polluant du monde. Anthropic vient en effet d’annoncer un partenariat avec nul autre qu’Elon Musk (encore lui) pour faire tourner son LLM, Claude, sur “Colossus 1”, le data-center de xAI, à Memphis, aux États-Unis. Anthropic, souvent présentée comme une alternative plus raisonnable à OpenAI et son ChatGPT, notamment suite à sa résistance (bien orchestrée du point de vue de la communication) au Ministère de la Guerre états-unien il y a quelques semaines, rappelle donc qu’elle est prise de la même folie des grandeurs que la boîte de Sam Altman. Anthropic, c’était pourtant les “ _good guys_ ” de l’IA, à en croire Rutger Bregman, très vocal soutien de l’initiative "_QuitGPT_ ". Des “ _good guys_ ” qui signent des deals avec le techno-fasciste en chef, donc, dans un data-center si polluant qu’il menace très directement la vie de milliers d’habitants dans la région de Memphis, au Tennessee, comme le démontre un important reportage de More Perfect Union. Et encore, on vous épargne le délire sur les data-centers dans l’espace... __Capture du documentaire de "More Perfect Union", montrant les générateurs ultra-polluants utilisés par Colossus 1 et xAI__ **Alors, QuitGPT, ok. Mais ne faudrait-il pas plutôt "_quit Big AI_ " ?** C'est ce que propose le compère James Martin sur son blog, et ses pistes sont assez rafraîchissantes. 👉 Pour commencer, je questionnerais personnellement la pertinence même de nos usages de chatbots IA de manière générale, car beaucoup de ces usages sont de confort, pour le dire poliment. Alors même que leur impact est déjà massif, même si mal mesuré (comme on le disait déjà en 2024, alors imaginez aujourd'hui) 👉 Mais James va plus encore dans le détail et pose la question : **avez-vous vraiment besoin d'un si gros modèle que cela, pour votre usage spécifique ?** Car les grands modèles type ChatGPT ou Claude sont littéralement des "_bazookas que l'on utilise pour écraser une mouche_ ". Il évoque notamment Bearing, un outil qui vous propose un LLM adapté (parmi une sélection de 30, plus ou moins grands) selon les besoins que vous avez défini. 👉 James liste également plusieurs alternatives, auxquelles je retrancherais Qwen (Alibaba = Big Tech) et j'ajouterais Euria, des suisses d'Infomaniak, par exemple. 👉 On peut également étudier les possibilités offertes par l'hébergement en local de votre modèle ; même si j'aimerais vraiment voir une étude sérieuse sur l'impact qu'un tel usage a sur les composants que vous utilisez en local, justement. Merci en tout cas à Ketan Joshi et James Martin pour les sources et le relai de l'info ! ## Cartographie inédite des data-centers en France Puisque l'on a encore parlé pas mal ici de centres de données... je viens de découvrir une super cartographie des data-centers en France, nommée **#DCWatch** , créée par une petite structure nommée Hubblo. C'est une vraie base de données ouverte et collaborative des data centers et de leurs empreintes sociale et environnementale. Datant d'avril dernier, elle nous permet d'identifier les quelques 300 data centers en activité en France, par site, par date de mise en exploitation, par puissance installée et par opérateur. La carte couvre pour l'instant 434 sites en exploitation en France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg. Elle complète la cartographie libre et participative d’OpenStreetMap, portée par le collectif marseillais "Le nuage était sous nos pieds", dont je parlais dans notre dernier numéro. Un outil très pratique à garder de côté, dispo à l’adresse : > datacenters.hubblo.org Merci à Arnaud (soutien de longue date de cette infolettre) pour le partage, et à AEF Info pour cet article récap ! __Image de l'outil DCWatch d'Hubblo, couvrant la France, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg__ Et enfin, parce que c'était un compte Twitter que j'adorais quand j'étais encore présent sur ce réseau désormais voué à l'infamie, je vous conseille d'aller jeter un oeil au compte Disruptive humans of Linkedin. Sans oublier d'aller suivre, sur la même plateforme, le compte d'Absurditech, bien sûr. PS : oui, je sais, Zuckerberg c'est pas beaucoup, beaucoup mieux que Musk. Mais des alternatives crédibles n'existent pas aujourd'hui, à l'inverse du cas Twitter, de Bluesky à Mastodon. * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? 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Reposted by Absurditech
Thomas Beaufils - Absurdi.tech @tbeaufils.piaille.fr.ap.brid.gy · 29/04/2026
Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers. C'est le dernier sujet abordé par Absurdi.tech, et l'étude de ce cas local peut nous donner beaucoup d'infos intéressantes à l'échelle nationale, européenne, et globale. Bonne lecture ! 👉 […] [Original post on piaille.fr]
Image de MRS3, centre de données de Digital Reality, installé dans le port de Marseille
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 28/04/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui, pour le salé comme le sucré, on parlera de Marseille ! De ses câbles sous-marins, de ses centres de données... et de la résistance qui y monte.
absurdi.tech
Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Depuis quelques mois, je vous écris cette infolettre depuis Marseille, où je suis nouvellement installé. Et la découverte la plus étonnante que j'ai faite depuis mon installation dans le coin, ce ne sont pas les couchés de soleil sur les calanques ou les "navettes" à la fleur d'oranger, mais bien... la place très encombrante des data-centers dans la ville. Découvrant au passage que cet état de fait était très peu connu en France, et même assez peu par les marseillais·es elleux-mêmes, et bien je me suis dit qu'il fallait raconter cette histoire. Bonne lecture ! > **_"Drill, baby, drill"_**. "_Fore, bébé, fore_ ", en substance. C'est avec ce gimmick grossier, à son image, que Donald Trump a résumé sa politique énergétique toute en nuances : potards à fond sur les hydrocarbures. De cela a découlé un enlèvement illégal et politiquement inutile du président vénézuélien, tout ça pour un pétrole quasiment inexploitable. C'est désormais dans une guerre en Iran en forme de fiasco que le grand stratège Trump est englué. Une guerre qui révèle une nouvelle fois son incompétence, pour ne pas dire plus... et qui pourrait bien avoir des conséquences fâcheuses pour lui, à domicile. C'est ce que semble déjà dessiner l'explosion du prix de l'essence outre-Atlantique, lubrifiant de l'économie et de la vie quotidienne encore plus important là bas que de ce côté ci. L'or noir, encore lui. Pourtant, dans le fameux détroit d'Ormuz et dans le (moins connu mais tout aussi stratégique) détroit de Bab-el-Mandeb, il n'y a pas que des bateaux remplis de pétrole et de gaz qui passent. Une autre denrée de valeur y est convoyée : la donnée. Au fond de ces détroits serpentent en effet de nombreux câbles sous-marins, transportant des données vitales pour l'économie mondiale, et que les dirigeants iraniens et leurs alliés ont déjà menacé de vive voix. * * * Avant de continuer cet article, un intermède : on vous a fait suivre cette infolettre ? Pensez à vous inscrire via le bouton (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) ! Pour s'inscrire gratuitement, c'est ici ! Vous pouvez également soutenir mon travail à hauteur de 1, 3 ou 5€ / mois en adaptant votre abonnement ci-dessous, ou bien en faisant un don ponctuel ! Pour soutenir Absurditech, c'est par là ! * * * Ok Thomas, mais c'est quoi le rapport entre des détroits au Moyen-Orient et Marseille, au juste, puisque c'est le titre de ton article ? Patience cher·e lecteur·ice, j'y viens : ces fameux câbles sous-marins partent pour beaucoup du port de la cité phocéenne, point stratégique pour Orange Marine (filiale spécialisée d'Orange) et surtout pour le leader mondial du secteur, Alcatel Submarine Networks, entreprise possédée à 80% par l'état français depuis 2024. Et on comprend la raison stratégique d'un tel achat gouvernemental : plus de 95% du trafic internet intercontinental passe par des câbles de fibre optique posés sur le plancher océanique. **Marseille est justement le point d'arrivée de pas moins de** 18 câbles intercontinentaux connectés**, et un point stratégique de l'internet mondial. Depuis 2015, la région de Marseille est en effet passée de quarante-quatrième à sixième ou cinquième (selon les sources) hub mondial du trafic de données.** La ville de Marseille est donc déjà le cinquième ou sixième point au monde par où le plus de données par voie câble transitent. Et cela de par son positionnement stratégique : point d'accès idéal pour les connexions avec l'Afrique, l'Asie et le Moyen-Orient, elle présente l'avantage de pouvoir rejoindre Paris puis Londres et l'Allemagne sans obstacle géographique majeur (des montagnes), contrairement à Gênes ou Barcelone. Autre info à noter, la ville de Marseille compte 900 000 habitants environ, et son aire urbaine, 1.6 millions d'habitants. Cela pose nombre de questions sur l'ampleur des impacts de l'installation d'infrastructures numériques, quand l'on sait que la population de hubs internet mondiaux de taille approchante sont pour la plupart bien supérieure : Hong Kong (plus de 7 millions d'habitants), Singapour (5,5 million d'habitants), Francfort (3 millions d'habitants) sans parler de Paris (11 millions pour l'Île de France) ou Londres (14 millions). __Zoom méditerranéen de la super__ Submarine Cable Map__. La prépondérance de Marseille en tant que point de départ/arrivée de nombreux câbles sous-marins y apparait très clairement, notamment en comparaison avec le reste de la France.__ De ce point découle un autre : le meilleur moyen de garantir un ping (basiquement : le temps de réponse d'un point A à un point B sur le réseau) bas, c'est de coller les data-centers au plus près du point d'arrivée des câbles. De fil en aiguille, les dits "centres de données" se sont ainsi multipliés à Marseille ces dernières années. La proximité du point d'arrivée des câbles n'est pas la seule raison. Citons ainsi le collectif d'associations marseillais (dont on reparlera) "Le nuage était sous nos pieds" : > _"Au point d'arrivée [des câbles sous-marins], dans le grand port de Marseille, Digital Realty, leader mondial des data-centers dits de > « colocation » y a vu une opportunité pour développer un marché. Dans une zone où le foncier était relativement peu cher, avec des pouvoirs publics locaux peu regardants et bénéficiant du réseau électrique français à la fois disponible et bon marché, l’entreprise Nord-Américaine a décidé d’y implanter massivement ses data centers"._ Depuis 10 ans, une dizaine de centres de données sont ainsi apparus dans la ville et aux alentours. Une dizaine de projets supplémentaires seraient déjà à l'étude, en périphérie de Marseille. Digital Reality, que nous citions précédemment, opère à elle seule 5 data-centers majeurs dans le centre de Marseille (1 des 5 est encore en construction). Et elle souhaite créer en 2028, à Bouc-Bel-Air (à l'est de l'aéroport de Marignane), un centre de donnée presque aussi vaste que tous ces sites marseillais réunis. Carte des data-centers__présents à Marseille, par l'association "le nuage était sous nos pieds", dont les 5 de Digital Reality, MRS1 à 5.__ En 2025, Digital Realty assumait consommer 20 mégawatts (MW) d'électricité, l'équivalent d'une ville de 25 000 habitants, pour faire tourner à l'époque ses 4 data-centers en opérations. Mais avec l'avènement des usages d'IA générative, cette consommation va fortement augmenter d'ici à 2030, comme le pointe Hugues Ferreboeuf, chef de projet numérique The Shift project : > _"Il y a un point d'interrogation sur la capacité à desservir ces data centers sans renier sur l'électricité qui serait accessible, par exemple, pour l'électrification des voitures, pour l'électrification des chauffages"._ On commence à toucher ici du doigt les conséquences de l'installation de ces data-centers dans des communes et régions spécifiques, même s'il est toujours aussi difficile d'avoir des données précises sur leur impact environnemental ; et c'est volontaire. Les signaux alarmants s'empilent pour autant de plus en plus vite. Alors, en cas de pénurie énergétique, quand il faudra choisir entre les data-centers et les autres infrastructures de la ville, quel choix sera fait ? On peut déjà imaginer la suite sur la base de quelques indices. Voici ce que disait Patrick Robert, engagé dans l’un des CIQ [Comité d'Intérêt des Quartiers] du 15ᵉ arrondissement de Marseille, à Socialter, en 2025 : > “ _Les data centers ont accaparé toute la puissance électrique et il n’y en a plus pour l’électrification du port qui permettrait aux bateaux à quai de ne plus faire tourner leurs générateurs au fioul, et nous épargnerait les nuisances sonores et la pollution”_. L'électrification du port de Marseille, qui accueille de plus en plus de gigantesques bateaux de croisière, et permet aussi de réparer nombre de grands navires de la région, est en effet un sujet majeur dans la citée phocéenne. Les retards récurrents sur le sujet pourraient-ils être imputés à une priorité donnée au numérique ? Selon les autorités du port, 100 à 120 mégawatts sont en tout cas nécessaires à son électrification, mais les centres de données en exploitent déjà 70. Au niveau du port, c'est également l'espace pris par les data-centers qui pose question : le sujet du foncier devient tendu à Marseille, et le port commence à être étroit, aussi large soit-il de fait. D'où l'émergence de plus en plus de projets plus loin dans les terres autour de Marseille, soulevant de nouvelles questions. __Système d'électrification à quai, pour les bateaux de croisières du port de Marseille, une autre belle industrie verte de la Méditerranée__ Autre élément très concret : l’utilisation d’eau de qualité potable, puisée dans une galerie souterraine de Marseille pour refroidir les serveurs. Si on connaît peu pour le moment les conséquences pour les habitants et la région, l'arrivée de nombreuses installations supplémentaires et les sécheresses de plus en plus intenses avec le changement climatique, ont de quoi inquiéter. Citons ainsi un exemple un peu plus au sud, en Espagne, raconté par la Quadrature du Net : > _"Parfois, ces systèmes de refroidissement, quand ils ne sont pas reliés au réseau d’eau potable du territoire les accueillant, captent directement l’eau potable de nappes phréatiques, de fleuves ou de lacs à proximité. C’est le cas par exemple du_ data center de Facebook_situé sur la ville espagnole de Talaveira de la Reina, dans la région de Castilla-La Mancha en Espagne, que le collectif_ Tu Nube Seca Mi Rio_(« Ton nuage assèche ma rivière ») dénonce, entre autre pour son utilisation de plus de 200 millions de litres d’eau par an, équivalent à la consommation de 4 181 habitant⋅es de la région. [...] D’une puissance de 248 Megawatt, étendu sur plus de 300 000 m2 de terrain, ce data center géant bénéficie d’un soutien politique national et local. Bien que la zone de son implantation connaisse un fort stress hydrique permanent depuis des décennies, d’abord de par sa situation géographique et son climat quasi désertique, et désormais par la crise environnementale qui l’aggrave, le coût du litre d’eau y est faible. Ici encore, l’implantation des data centers sur le territoire est régie par des impératifs avant tout économiques, et non par des critères sociaux ou environnementaux."_ Généralement, l'argument que l'on met face des craintes environnementales est économique : cela va créer de l'emploi, c'est tout de même le plus important non ! Il faut bien la remplir de pâtes cette assiette, quand bien même ces pâtes seront bourrées de cadmium ! Manque de pot, les data-centers, ça ne créé que très peu de boulot. C'est ce que démontre une étude récente menée par l'association états-unienne _Food & Water Watch_ : l'industrie des data centers, malgré sa croissance exponentielle, génère en effet bien peu d'emplois stables. L'investissement nécessaire pour un seul emploi serait ainsi près de 100 fois supérieur à la moyenne des industries, tandis qu'en parallèle la consommation de ressources, elle, explose bien plus fortement. Voilà qui remet nettement en cause les bénéfices économiques promis aux communautés. On estimait ainsi qu'en 2024, seulement 23 000 personnes occupaient des postes stables dans des data-centers aux États-Unis, soit environ 0,01 % de l'emploi total du pays. Un chiffre à mettre en regard des plus de 4 % de la consommation électrique nationale estimée pour l'industrie du numérique... et cela avant même le boom de l'IA. Voilà qui est particulièrement problématique pour une ville comme Marseille, dont la population a besoin d'emplois, pas de colonisation de ses terres par des acteurs technologiques. On pourrait aussi parler de souveraineté numérique face à la domination états-unienne, notamment... manque de pot : la majorité des industriels de data-centers sont aussi états-uniens, comme Digital Reality, et loue leurs services à des acteurs comme Microsoft, Google, Amazon, et consorts, états-uniens dans leur vaste majorité. On pourrait enfin citer d'autres conséquences moins directes mais tout à fait locales du développement de l'industrie numérique, allant du très déprimant, comme l'utilisation illégale de la reconnaissance faciale assistée par IA par la police marseillaise... au plus prosaïque, comme ces petites beautés de cartes postales qu'on voit de plus en plus en ville 😅 __Photos de cartes postales vendues par un magasin de souvenirs marseillais, cartes toutes générées par IA, dont l'une écrit même Marseille avec 3 L. C'est Marseillle BBB ! (Merci à Mirabelle pour la photo).__ Malgré ses conséquences claires et ses bénéfices discutables, et bien la situation ne va pas aller en s'améliorant. Pas à l'ère de l'IA générative poussée dans tout et n'importe quoi, jusqu'au fond de nos gorges par les sales petits doigts de Sam Altman et consorts (pardon pour l'image si vous êtes au petit dej). Une IA générative dont les impacts (économies, sociaux, politiques, artistiques, philosophiques) dépassent d'ailleurs déjà largement celui du développement des data-centers, et que l'on a déjà évoqué à de nombreuses reprises dans cette infolettre. Pour reboucler avec ce que nous disions au début de ce papier, rappelons donc ce que proclamait Emmanuel Macron lors du "Sommet pour l'Action sur l'IA" en février 2025, en référence à son "_bon ami_ " (ses mots, pas les miens) Donald Trump : > **_"Plug, Baby, Plug". > Branche toi, bébé, branche toi._** Macron, jamais avare en _gimmicks_ débiles surtout quand il cite son poto Donald (on n'oublie pas le légendaire "_Make Our Planet Great Again_ " qui n'était là que pour la façade), dit ainsi l'essentiel : grâce au nucléaire, énergie visiblement magique et inépuisable, il veut positionner la France en marché idéal pour les géants mondiaux de l'IA, en terre d'accueil adéquate pour un maximum de data-centers. La machine est déjà en marche : il y a quelques jours, l’Assemblée Nationale et le Sénat votait la loi de "simplification de la vie économique". L’article 15 de cette loi prévoit que les data-centers d’envergure soient qualifiés de « projets d'intérêt national majeur » (PINM), ce qui permettra aux industriels comme Digital Reality d'accélérer leurs projets... et de ne pas se prendre la tête avec les obligations environnementales et de consultations du public habituelles sur de tels projets. Youpi la dérégulation ! Et comme le rappelle Data for Good,**la course à l'installation de data-centers a déjà commencé : 63 nouveaux projets de data centers “clés en main” ont déjà été annoncés (dont de nombreux à Marseille).** À cela, il faut ajouter un chantier pharaonique à venir, qui permettra justement de convoyer l'équivalent de l'énergie produite par un demi-réacteur nucléaire, et cela juste pour répondre aux besoins de data-centers principalement dédiés à l'IA, à Marseille. Un rappel toujours utile enfin, étudions la composition des votants pour la loi de simplification dont nous parlions plus haut. Ils et elles sont au nombre de 275 : 135 sont d'extrême-droite, 100 sont LR et affiliés, 34 sont LIOT et Ensemble. Matthias Renault, député RN de la Somme, disait ceci à l'issue du vote : “ _Cette petite loi de simplification, c’est un petit apéritif par rapport à ce que fera le RN si on arrive au pouvoir. Ce sera puissance 10 et on le fera par ordonnance_.” Mais au delà même des questions éthiques et politiques, la question technique demeure. **Les 63 nouveaux projets dont nous parlions équivalent à une puissance totale recherchée de 28,6 GW.… soit la moitié du parc nucléaire français.** Alors, le nucléaire, énergie magique, vraiment ? En tout cas, aux États-Unis, malgré les appétits nucléaires des boites de la tech, comme le racontait jeudi dernier Olivier Tesquet chez France Culture, ce sont bien les industries fossiles qui prennent le relai. **La tech peut bien nous parler de "nuage", ses limites sont physiques, comme pour toutes les autres industries.** __Data-centers de Digital Reality intégrés dans la zone portuaire de Marseille__ Une dernière question, enfin : toute cette puissance, toutes ces conséquences, et pourquoi faire ? Comme le racontait Synth Média dans un article récent, certains s'en contrefichent pas mal, comme le maire des Pennes-Mirabeau, au sud de Marseille : _« Qu’il soit à Marignane ou à Vitrolles, ça ne change rien. Autant qu’il soit chez nous, comme ça, on prend les taxes ! [...]_ _Peu importe ce que vous faites, les gens le veulent ailleurs ! La question, c’est : est-ce que l’on veut faire le virage de l’IA en France ? »_. Le maire du Bouc-Bel-Air (LR) lui estime que _« c’est une infrastructure qui répond à un besoin. »_ Mais quel besoin exactement ? Toujours chez Synth Média, Antoine Devillet de l’association le Nuage était sous nos pieds : _« Les promoteurs prétendent qu’ils ne font que répondre à des besoins en augmentation. Or les infrastructures sont construites avec une volonté de modification des usages. »_ J'ajouterais que vous connaissez déjà mes doutes sur l'utilité réelle de l'IA générative, même au nom de la sacro-sainte productivité, puisqu'aucune étude sérieuse, à ce stade, ne vient prouver ce pseudo-état de fait. Mais dans l'idée de rester relativement bref, je ne citerai qu'un exemple final, très parlant selon moi : Microsoft a utilisé l'an dernier un data-center basé aux Pays-Bas pour stocker les données de surveillance de citoyens palestiniens sur demande de l'armée israélienne. Une entreprise US, un data-center européen, des données en provenance du Moyen-Orient. Le techno-fascisme se déploie, et cela n'a rien de magique ou d'intangible, mais c'est difficile à traquer, néanmoins. Et vous voudriez de cela dans votre jardin, vous ? Mais au fond, tant pis si les riverains et tout l'écosystème d'une région en souffrent. Tant pis si les retours économiques sont faméliques. Tant pis si l'utilité réelle reste à prouver, et tant pis si on ne contrôle rien de ce qui se passe dans ces grosses boites. L'important c'est le _business_ , c'est la _hype_. Pas n'importe quelle hype. La _AI hype_ ! La _Data-Center-hype_ ! _From Marseille BB to Marseille DC?_ Peut-être. Ou peut-être pas, car la résistance s'organise. ### **Dans le monde réel, la résistance s'organise** Le tableau dressé plus haut n'est pas joyeux, joyeux. Mais la résistance s'organise, et pas qu'un peu. Et je ne parle pas là des quelques faits divers ayant marqué une radicalisation nette du rejet de l'IA outre-Atlantique. Reflets à la fois de la violence meurtrière inhérente à la culture états-unienne, et des dérives _doomistes_ les plus zinzins ; entendre par doomistes les gens qui pensent que l'IA va se transformer en _Skynet_ , des narratifs entretenus par les géants de la tech eux-mêmes pour maintenir la hype autour de leurs outils. Mais signes également d'une détestation de plus en plus large de l'IA (notamment générative) que les grands pontes de la tech n'ont pas encore tout à fait intégré. Non, je parle d'autres moyens de résistance, intéressants et déjà à l'œuvre partout dans le monde. Il y a d'abord le recours légal, et les choses commencent à devenir très intéressantes aux USA, berceau pourtant du numérique comme on le connaît aujourd'hui, et actuellement dirigés par un allier opportuniste des géants du sujet. Pourtant, le Maine est devenu récemment le premier état états-unien à voter un moratoire sur la construction de "grands data-centers", et la ville de Monterrey Park est la première en Californie, au coeur du réacteur, à bannir la construction de tout data-center sur son territoire. Aux USA toujours, le projet Data Center Watch estime dans un rapport que l’opposition citoyenne obtient des victoires importantes, puisqu'entre mars et juin 2025, 8 projets de data-centers y ont été arrêtés, et 9 temporairement bloqués. __Image de manifestant·es s'opposant à un projet de data-center, aux États-Unis__ En Uruguay, c'est au cœur d'une sécheresse terrible que la population locale s'est soulevée contre un data-center Google en cours de construction. Face à la fronde citoyenne, le gouvernement n'a su répondre que : « v _ous ne pouvez pas obtenir cette information [sur la consommation en eau], car elle est soumise au secret commercial de Google_. » L’affaire a finalement été portée devant les tribunaux, et les citoyen·nes ont obtenu gain de cause ! Revenons en France, et même à Marseille, épicentre d'une résistance française aux data-centers qu'il va être très intéressante de voir grandir. De nombreuses voix locales s'élèvent en effet pour alerter contre le déploiement massif de data-centers dans la région, et cela depuis le début des années 2020. Et le mouvement se renforce. Mi-mars 2025, un forum "Stop data centers" faisait ainsi salle comble, regroupant associations, citoyens et élus, sous l’impulsion de Sébastien Barles (Les Écologistes), adjoint à la transition écologique de la Ville qui, avec d'autres, avait déjà demandé un moratoire sur le sujet en 2024. Rappelons que l'autorisation d'implantation des data-centers est gérée par la métropole, dirigée jusqu'à il y a peu par la LR Martine Vassal, et conservée par la droite à l'issue des dernières législatives (ce qui n'augure rien de bon). Le gigantesque projet à Bouc-Bel-Air est au coeur est un des nombreux projets qui élargissent la problématique et la résistance à toute la région, au delà de Marseille. **Mais c'est bien de la cité phocéenne que part le mouvement, et c'est notamment grâce au collectif "** Le nuage étant sous nos pieds**", dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.** Ce collectif regroupe au moins 3 entités : La Quadrature du Net, défenseur des libertés fondamentales dans l’environnement numérique, Technopolice, structure d'analyse et de lutte contre les technologies de surveillance, et le collectif des Gammares, mouvement d’éducation populaire dédié aux enjeux de l’eau. J'ai eu le plaisir de participer à une récente réunion publique du collectif, et c'est grâce à leur travail que j'ai découvert l'ampleur du problème. Alors déjà, pour commencer : merci à elleux. Je ne pouvais malheureusement être là, il y a une dizaine de jours, pour leur festival. J'aurais notamment pu y participer à ce qui constitue un peu leur "marque de fabrique" : des balades autour des data-centers de Marseille pour bien comprendre leur impact sur la ville et ses habitants. Mais le podcast Azerty nous permet de revivre une de ces balades au format sonore, et c'est vraiment passionnant. __Photo d'une balade passant sur les hauteurs devant l'un des data-centers de Digital Reality, dans le port de Marseille. Crédits : Azerty podcast / Le nuage était sous nos pieds__ C'est aussi leur engagement qui a poussé le Mucem à rompre son partenariat avec Digital Reality, dans le cadre du conflit israelo-palestinien. On peut aussi citer leur traduction française d'une brochure de la chercheuse et professeur canadienne Anne Pasek "_Lutter contre les data centers_ ", ainsi que leur carte**des data centers, des projets et surtout des contestations face à ces projets, en France.** **Autant de preuves que, si la résistance est certes jeune, elle n'est pas désorganisée, loin s'en faut.** Ce qui constitue une piste de nouvel engagement local personnel, pour ma part. Marseillais, marseillaises qui lisez cet article, on s'y retrouve ? * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements sur le site ou faites un don ponctuel 🙏 Pour faire un don Un grand merci, et à bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
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Thomas Beaufils - Absurdi.tech @tbeaufils.piaille.fr.ap.brid.gy · 24/04/2026
L'IA générative et Marseillle, ça fait des merveillles ? Teasing avant le prochain numéro de la newsletter 👀 Pour s'inscrire : www.absurdi.tech/#/portal 🧂 . #deuxLcétaitpasassez #AIslop #datacenters #marseillle
cartes postales de Marseille dans une boutique de souvenirs, toutes générées par IA
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 04/04/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui : un parallèle entre deux industries omnipotentes pour le salé 🧂 et une potentielle alternative low-tech pour le sucré  🍰
absurdi.tech
La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Pour débuter ce mois d'avril, nous avions l'embarras du choix, le petit mais dinguo monde de la tech étant, encore une fois, en ébullition. Nous aurions pu parler des détournements industriels de Pokémon Go, des non-sens "artistiques" de Nvidia, du rythme de travail "augmenté" des startups françaises... L'IA était comme toujours dans toutes les bouches, même si de premiers dominos commencent à tomber. _Hashtag Bubble_. De ces sujets, chez Absurditech, nous avons bien parlé, sur des réseaux variés. (N'hésitez d'ailleurs pas à vous abonner sur la plateforme de votre choix, pour ne pas rater les sujets qui ne sont pas tous traités ici 🤗). Mais dans ce nouveau numéro de l'infolettre, en revanche, je n'avais ni envie de vous parler d'IA, ni de revenir sur des sujets déjà abordés... du moins pas de la même manière. Non, cette fois, je vais vous parler d'autre chose. D'un sujet qui me trotte dans la tête depuis un moment, en fait. _Qui me roule dans la tête depuis un moment, devrais-je dire_... Aujourd'hui, dans Absurditech, nous allons ainsi tenter un parallèle entre l'industrie de la tech et une autre industrie qui a eu assez de puissance, au cours du siècle dernier, pour modifier en profondeur nos modes de vie et de pensée, nos cultures toutes entières. En ce sens, ce sont sans doute les deux seules industries comparables du point de vue de leurs impacts sur nos existences, depuis la révolution industrielle elle-même. L'une ne reflèterait-elle pas l'avènement de la société de consommation, quand l'autre refléterait celui de la société de l'information (puis de la désinformation) ? **Nous allons parler aujourd'hui de l’automobile**. _De la voiture, la bagnole, la tire, la caisse, des bolides, des tacots._ Car si un sujet en particulier encapsule les excès technologiques actuels, comme il encapsulait parfaitement les excès industriels du monde d'avant : c'est bien l'industrie automobile. Cela ne vous paraît pas évident de prime abord ? Laissez moi m'expliquer. * * * Avant de continuer cet article, un intermède : on vous a fait suivre cette infolettre ? Pensez à vous inscrire via le bouton (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) ! Pour s'inscrire gratuitement, c'est ici ! Vous pouvez également soutenir mon travail à hauteur de 1, 3 ou 5€ / mois en adaptant votre abonnement ci-dessous, ou bien en faisant un don ponctuel ! Pour soutenir Absurditech, c'est par là ! * * * En 2026, la voiture est tout sauf un "objet" neutre. C'est un élément désormais chargé politiquement, socialement, économiquement, philosophiquement même. C'est parce qu'on a touché à la bagnole que la crise des "gilets jaunes" a commencé. Elle a aussi été un sujet majeur des élections municipales qui viennent de se conclure (sauf peut-être à Clichy, tiens 😅), opposant hypothétiquement les bobos en vélo des grands centres-villes et les ruraux et banlieusards qui ont besoin, elleux, de leurs bagnoles. D'ailleurs, certain·es pensent que c'est à cause des bagnoles si les petits centre-villes meurent, quand d'autres pensent que c'est leur absence forcée qui en est la raison. C'est aussi en grande partie parce que nos bagnoles nous sont vitales que l'on s'inquiète, aujourd'hui, de la guerre au Moyen-Orient. Et puis n'est-ce pas à coups de grandes marques automobiles que les pays les plus riches comparent la taille de leur pot d'échappement ? La bagnole questionne aussi notre rapport à la violence, elle est un symbole chargé du point de vue du genre... Je peux continuer à lister les occurrences ainsi pendant encore un paquet de paragraphes, mais avançons. Si tout cela est vrai en France, ça l'est sans doute encore davantage de l'autre côté de l'Atlantique. La voiture y est le symbole absolu de la réussite par la consommation, elle y est un fort marqueur social également, elle porte en elle à la fois le "rêve américain", et son jumeau aventurier, le _roadtrip._ Elle représente aussi parfaitement l'individualisme propre à la mythologie US. Dans sa Cadillac, on peut manger, boire son café, on peut même aller au ciné, retirer son _cash_... ou prier. __La "Daytona Beach Drive-In Christian Church" en Floride. Rien à ajouter de plus (Amy Kiley / WMFE)__ Des "vieilles américaines" aux _muscle cars_ , des _monster trucks_ aux SUV arborant des calandres aussi hautes qu'un gamin de 14 ans (et qui ne sont désormais plus si rares en Europe)... les grosses bagnoles y sont l'attribut principal de la puissance, de la virilité, d'un folklore très MAGA compatible, au fond. Pourtant, l'Amérique du Nord n'a pas toujours été une terre de goudron et de caoutchouc. Elle a d'abord été traversée de part en part par les chemins de fer, et ses villes étaient les mieux desservies en tramways et _cable cars_ , restés symboliques dans seulement quelques villes, comme à San Francisco. Les réseaux de métros y étaient très larges, mais leur développement a stagné bien plus qu'ailleurs, quand les _freeways_ , elles, se sont multipliées, striant le coeur des villes nord-américaines comme nulle part ailleurs dans le monde. Si je ne vais pas vous détailler par le menu les raisons de cette transition délétère (ce que fait en revanche très bien cette vidéo), on peut citer tout de même une occurence particulièrement marquante. Déjà à l'époque derrière l'une des premières grandes campagnes de lobbying de l'histoire, l'industrie automobile a en 1938 l'idée d'une sacrée manoeuvre économique. National City Lines, une entreprise de transports en communs propriété de General Motors (_les bagnoles_), Firestone (_les pneus_) et Standard Oil (_le carburant_) prend cette année là le contrôle des réseaux de tramways d'une cinquantaine de villes aux États-Unis, dont New-York, Los Angeles ou Chicago. Résultat : trams à la casse, voies dédiées remplacées par des bus à essence, agrandissements des espaces réservés aux voitures... Le périph' est bouclé. Ça ne s'invente pas. __Les ricains sont assez forts pour rendre une bretelle d'autoroute sexy, certes, comme dans cette géniale scène d'intro de La La Land. Cela reste néanmoins une bretelle d'autoroute embouteillée, et la meilleure illustration de l'ambivalence de Los Angeles : point central du rêve américain et plus terrible labyrinthe d'asphalte au monde.__ Après ce court cours d'histoire états-unienne, parlons maintenant de la réalité de l'industrie automobile d'aujourd'hui. Et faisons un constat : **le plus gros objet tech dont vous disposez à la maison n'est sans doute pas votre ordinateur ou votre écran TV. C'est votre voiture.** Précisons une chose : j'ai depuis près de 15 ans un rapport très distancié à la voiture, en tant que bobo citadin. Mais ça n'a pas toujours été comme ça. J'ai grandi dans un petit bled ou ne pas avoir de bagnole était presque impossible. Vous les connaissez de plus ou moins près, ces bleds péri-urbains à 30-40 minutes d'une grande ville (Nantes, dans mon cas) où ce qu'il reste de l'ancienne gare a été abandonné, les voies ferrées revenant-elles doucement à la nature, dans un non-sens historique criant, aujourd'hui. À 18 ans, la première chose à faire quand vous grandissez dans un bled comme ça, c'est passer votre permis. De mon côté je n'avais pas trop le choix : à la rentrée suivante je devais me rendre à l'IUT (_Saint-Nazaire represent_) chaque matin en voiture, habitant alors de l'autre côté de l'estuaire. J'ai ensuite évolué vers des études et des jobs, à Nantes puis Paris, où j'ai lentement délaissé ma vieille Opel Astra couleur sable. Mais les choses auraient pu être différentes. Bref, si je ne dépends pas à titre personnel d'un véhicule au quotidien, je connais beaucoup de monde pour qui c'est le cas. Et si je n'ai pas fait d'études sérieuses sur le sujet, j'entends toujours le même discours : avoir une bagnole, ça a toujours couté cher, mais c'est de pire en pire. Je ne parle pas là du prix de l'essence, même si cela fait l'actualité. Non, je parle bien des voitures elle-mêmes, et des pièces qui vont avec. Les trucs sont désormais plus bardés d'électronique qu'un programme Apollo tout entier. Mais ne me prenez pas au mot : c'est littéralement ce que dit le "_Chief Technical Officer_ " de Stellantis, soit le patron de la technique chez l'un des plus gros groupes automobile du monde, regroupant rien moins que Citroën, Peugeot, Fiat, Chrysler ou encore Jeep. **Sa phrase exacte est la suivante : "_Les voitures sont trop complexes, avec trop de circuits intégrés."_** De la même manière, écouter les garagistes nous expliquer ce qu'est devenu leur métier est assez édifiant : "**_on ne parle plus de mécanicien automobile, mais de technicien après-vente_ "**. Omniprésence de l'électronique embarquée, nouvelles technologies de diagnostic, importance croissante des compétences en informatique. Le garagiste est-il devenu un informaticien comme un autre ? Prenons un exemple que je trouve très parlant : avant, quand on pétait son rétroviseur (accident fréquent, avouons-le), il suffisait de trouver le même bloc plastique dans une casse pas trop loin, et _basta cosi!_ Maintenant, c'est une installation technique complexe qui va vous coûter plusieurs centaines (voire milliers) d'euros, parce que la glace y est dégivrante, le clignotant y est répliqué, il y a un radar de présence, et parfois même un affichage augmenté. Si les améliorations visant à la sécurité sont les bienvenues, n'en fait-on pas un peu des caisses, c'est le cas de le dire ? A-t-on besoin de deux iPads de chaque coté de sa voiture ? Et cela, c'est sans parler des multiples écrans qui peuplent désormais l'intérieur de nos véhicules, jusqu'à l'absurde (merci, Tesla). Ce qui pose des questions sur la réparabilité desdits véhicules, mais aussi sur la sécurité de tels dispositifs ; à tel point d'ailleurs que les organes européens et chinois dédiés ont dû intervenir. __Ceci est une vraie photo d'une Byton M-Byte, prise pendant le CES 2019, à Las Vegas. Ça se passe de commentaire, non ?__ Ce n'est pas moi qui vais vous dire "_c'était mieux avant_ ", mais avouez que sur ce point, on frôle le ridicule. La surcharge des gadgets tech est désormais une constante qui me saute aux yeux, notamment avec mon rapport distancié aux voitures que j'évoquais plus haut. Il m'arrive de louer des voitures une ou deux fois par an. Ce sont généralement des modèles récents. Et quand je repense à mon Opel Astra, je me dis pas que certains changements n'étaient pas bienvenus... mais tout de même. L'été dernier, je me suis retrouvé pour la première fois avec une Cupra dans les mains. Ancienne division sportive de Seat (_auto emoción_ 💃) et propriété de Volkswagen, c'est désormais une marque qui propose visiblement tous types de modèles. Là, on se parlait d'une électrique compacte avec de la patate, pour résumer. Et j'ai un peu halluciné : des radars et des caméras de partout, l'inévitable retour de force quand vous passez une ligne (qui manque de me foutre dans le décor à chaque fois), le logo de la marque projeté sur le sol sous les portières (😭), la détection de l'absence d'un passager qui éteint automatiquement la clim de ce coté de la bagnole, un écran central de la taille de mon mac book... C'est trop, les gars. **Nos voitures sont devenues des iPhones, et les constructeurs s'inspirent des codes de la tech pour nous pousser à acheter des choses dont nous n'avons pas besoin :** les voitures, comme les smartphones, souffrent désormais d'obsolescence programmée du fait de leur surcharge électronique. Toutes leurs ventes reposent sur des dépenses marketing gigantesques ; y'a-t-il autre chose que des publicités pour des téléphones, des bagnoles et du parfum, à la télé ? Et puis, la surcharge d'options que nous évoquions, c'est un peu comme le nombre de méga-pixels de votre smartphone : ça ne sert à rien, mais ça fait joli sur la plaquette chez le concessionnaire, _aka_ la boutique Orange. Comme les smartphones, voici qu'arrivent bien sûr les bagnoles... boostées à l'IA ! J'en veux pour preuve cet article du Monde : "_C’était l’une des voitures stars de l’ouverture du Salon automobile de Bruxelles, le 9 janvier : la XPeng P7+, lancée officiellement sur le marché européen. « Un véhicule défini par l’intelligence artificielle », selon la communication de l’entreprise_ ". Yes, génial. **Il est bien évidemment l'heure de parler de l'éléphant dans la pièce : les voitures autonomes !** C'est le rêve moite d'Elon Musk, qui nous promet (comme il le fait pour tous les projets où il est impliqué) que c'est pour l'année prochaine, depuis 10 ans. Les taxis et véhicules autonomes, ce serait la prochaine révolution qui vient, celle qui va tout changer. Citons un journaliste tech dont je tairais le nom, mais que je caractériserais comme un homme sandwich télévisuel plutôt qu'un journaliste, au fond. Ce qui devrait suffire à pas mal d'entre vous pour identifier le bougre. Bref, voici ce qu'il disait il n'y a pas très longtemps sur un plateau télé, de retour du CES : _"aux Etats-Unis, ça fait déjà partie de la vie quotidienne. On a testé les robotaxis Zoox, qui se baladent dans les rues de Las Vegas, sans conducteur, sans volant ni pédales. Impressionnant. Sentiment que c'est le sens de l'histoire et que leur déploiement à grande échelle n'est qu'une question de temps (et que l'Europe a, comme souvent, un gros coup de retard)."_ Zoox, encore un nouvel acteur sur la marché des voitures autonomes, qui excite donc notre excité en chef. Zoox, une filiale d'Amazon créée il y a 12 ans déjà, qui ne fait tourner que 50 voitures en tout, avec pour seul lieu de commercialisation publique à l'heure actuelle Las Vegas, justement. À titre de comparaison, l'entreprise Waymo (propriété de Google) a été lancée il y a déjà 22 ans, et n'opère aujourd'hui de manière commerciale que dans 5 villes aux États-Unis. Avec un succès mitigé ? En tout cas, ça fait de belles photos. __Une véhicule opéré par Waymo, brulé lors des manifestations anti-ICE de juin 2025, à Los Angeles.__ Alors, les voitures autonomes, est-ce vraiment l'avenir de l'industrie automobile et de notre quotidien ? Quelques clarifications me semblent nécessaires. **Déjà, l'adjectif autonome me semble très abusif**. Comme pour l'IA générative, comme pour les robots humanoïdes, c'est du _bullshit_ complet dans une vaste majorité de cas. Tout le système de ces véhicules dits autonomes dépend largement d'opérateurs et opératrices, les habituelles petites mains qui contrôlent nos outils "magiques" dans des conditions déplorables à l'autre bout du monde, comme l'admet un des boss de Waymo lui-même, ou le raconte cet article de Wired. Pour résumer : **prendre un taxi "autonome" à ce stade, c'est simplement déplacer votre chauffeur de la banlieue de votre ville à l'autre bout du monde**. La lutte des classes version 2026 : plus moderne, plus chic, plus global. Bon, et puis il faudra aussi parler de la sécurité réelle desdits véhicules, parce que il n'y aura pas toujours un _remote operator_ pour gérer le bousin à votre place. La dangerosité serait à ce stade maîtrisée d'après les principaux acteurs du marché (qui n'iront pas dire le contraire). Même si l'une des parties les plus longues de la page wikipédia de Waymo est dédiée aux accidents et problèmes juridiques impliquant ses véhicules, et même si on jette un oeil à ce Cybertruck en mode _self driving_ qui tente de sauter par dessus le bord d'un pont sans raison aucune... Au-delà de la dangerosité elle-même se pose surtout la question de la responsabilité en cas de problème. Comme avec l'usage de l'IA dans le cadre de conflits armés (en ce moment en Iran, au hasard), les implications sont vertigineuses. Et encore ne parle-t-on ici que de quelques centaines de véhicules dans le monde. Quand ces entreprises souhaitent en imposer partout sur nos routes. Bah, un véhicule autonome qui s'en sort à peu près sur les artères larges comme des stades de foot de Vegas, ok. Mais hâte de voir ça se démmerder dans les petites rues européennes, entouré de chauffeurs (-ards ?) parisiens ou marseillais, notamment. _"L'Europe a, comme souvent, un gros coup de retard"_ , nous disait ainsi plus haut l'homme sandwich. Quel intérêt aurions nous à rattraper ce retard là ? Toujours ce même discours de la course à l'armement, quand on ne sait toujours pas si celle en cours sur l'IA nous apportera quoi que ce soit de bon. Que font d'**_utile_** nos amis les tech bros avant le temps soi disant offert par l'arrivée des chatbots IA ? Que feront-ils d'**_utile_** avec le temps offert par l'arrivée des voitures autonomes ? Commençons déjà par électrifier le parc automobile neuf, avant de commencer à vouloir créer des trucs qui demandent encore plus de composants électroniques (de plus en plus rares) et d'énergie (autre ressource qui va manquer si on suit la courbe actuelle des usages de l'IA). Car la seule **révolution** utile à l'industrie automobile sera cette électrification. Et encore, devrait-on parler d'une révolution ou même d'une **évolution** , quand on sait que les premiers modèles d'automobile étaient pour beaucoup électriques ? Une découverte que j'ai faite dans le super Rétrofutur Museum, mais une situation qui ne plaisait alors pas aux lobbys de l'hydrocarbure. Mais je ne vais pas vous refaire une leçon d'histoire, j'ai déjà donné dans ce papier. Voilà, vous l'aurez compris : à mes yeux, **industries tech et automobile ne feront symboliquement bientôt plus qu'un, dans leurs approches techniques et commerciales, dans leur lobbying incessant**(l'industrie tech faisant désormais plus fort que celle de l'automobile sur ce dernier point). Une fusion déjà très concrète quand on voit le succès (certes vacillant), en une décennie à peine, d'une marque comme Tesla, ou bien la nature des marques chinoises inondant désormais le marché. Les voitures sont désormais des objets tech comme les autres. Mais dans cette période politique trouble, où la tech expose nos vies et explose nos démocraties, il est bon de finir sur quelques autres parallèles. Rappelons ainsi les liens très resserrés entre les grands constructeurs automobiles allemands et le régime nazi naissant puis au pouvoir d'Adolf Hitler, symbole d'une entente entre le grand capital et le fascisme le plus pur qui ne peut que faire écho à notre époque. Rappelons aussi ce qui se passait déjà de l'autre côté de l'Atlantique, avec Henry Ford, patron omnipotent de Ford, et son antisémitisme chevillé au corps, ses amitiés bien documentées pour le nazisme, et ces projets qui, là encore, en rappellent d'autres. Comme le racontent, dans leur livre **_Apocalypse Nerds_** , Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet : > "Pendant ce temps, au Texas, l'oligarque Elon Musk construit sa propre cité ouvrière, baptisée Starbase. Pensée pour accueillir les employés de ses entreprises, en particulier Space X, cette cité privée dispose de ses propres lois, administrations, centres de santé et écoles. Starbase accueille déjà 500 résidents, dont 100 enfants, précise le _New York Times_. Ce modèle de cité-entreprise gérée par un patron réactive une utopie du XXè siècle, lorsque des industriels comme Henry Ford se piquaient de bâtir leurs propres "_company towns"_. Au Brésil, _Fordlândia_ , devenue au fil du temps une ville fantôme, est un vestige de cette ambition à la fois coloniale et féodale." La tech est l'industrie automobile du XXIè siècle en cela qu'elle est l'industrie la plus puissante de l'époque, l'industrie qui change nos vies. Pour le meilleur, pensions-nous, mais plus probablement pour le pire. C'était vrai en 1930-40, ce sera vrai en 2020-30. Alors, ami·es des villes et des champs, cyclistes et automobilistes, accordons-nous sur un ennemi commun : **La tech veut nous enfermer dans des algorithmes délétères et des cocons technologiques aliénants, où nous devenons bêtes et méchants.** **Comme les groupes automobiles et leurs alliés hydrocarbures voulaient nous enfermer, le plus seul possible, dans des habitacles où nous devenons bêtes et méchants.** Arrêtons de nous chamailler pour des histoires de type de véhicules et de plateformes, et attaquons nous plutôt à ceux qui posent problème, à ceux qui nous exploitent et nous appauvrissent. Résistons aux grands groupes automobile comme aux grands groupes de la tech, et à tout ceux qui leur servent la soupe. Des alternatives aux voitures traditionnelles, ça existe. De petits véhicules de natures variées sortent un peu partout, même si la tendance (purement créée par le marketing) du SUV ne se dément pas pour le moment, et même si des marques comme Smart font des choix difficilement compréhensibles. Il y a Citroën avec sa très reconnaissable Ami, citadine électrique ultra-compacte – même si son achat par nombre de familles bourgeoises en guise de voiture sans-permis pour leur riche progéniture en fait un bel effet rebond. **Mais il y a mieux : il y a les propositions en provenance de la démarche _low-tech_ !** C'est ce qu'évoque cet article que Jacques Tiberi, rédacteur en chef du Low-Tech Journal, m'a gentiment permis de vous partager ici. Un article rédigé par Timothée Fustec, personnalité bien connue de l'écosystème _low-tech_ français. PS : le **Low-Tech Journal** , super mag des alternatives frugales et des bifurcations écolos, vient de lancer sa campagne de financement participatif. Allez donc les soutenir si vous le pouvez, à la hauteur de vos moyens ! (_Disclaimer : j'accompagne Jacques en indépendant sur cette campagne, précisons-le_). * * * _[Extrait du Low-Tech Journal n°24]_ **J'ai testé pour vous La Bagnole du constructeur français Kilow. Un mini pick-up électrique, original et léger, aux airs de buggy solarpunk !** Savez-vous à quoi ressemblait la première voiture ? Conçue en 1871 par Joseph Cugnot, le "chariot à feu" était un prototype d’automobile pouvant atteindre 4 km/h. À l’avant de ce véhicule de plus de 7 mètres : une énorme cocotte-minute qui, grâce à un souffle de vapeur, actionnait une roue permettant de faire avancer le véhicule. Apparemment, il fallait descendre toutes les douze minutes de la machine pour la recharger en bois. Malgré l’intérêt limité d’un tel bolide, on ne peut qu'avoir une étincelle d’émerveillement face à cette innovation du passé. Serait-ce grâce aux écrits de Jules Vernes ? Aujourd’hui, la voiture prend trop de place. Dans nos villes comme dans nos vies. Temps de trajets, statut social… Pour autant, peut-on totalement se passer de véhicules individuels ? Depuis ma campagne Bretonne, je vous avoue qu'un petit quadricycle électrique, modulable et léger me serait bien utile... Et si j'essayais **La Bagnole** ? **15 000 € en précommande, c'est low-cost !** Je ne résiste pas à vous rappeler ce qu'en disait le _Low-Tech Journal_ dans un dossier sur les véhicules intermédiaires publié dans son n°6 : "_La Kilow ? Un énième gadget cyberpunk pour adulescent ou gosse de riche néo-rural sans permis et accro à l’adrénaline (0 à 40 km/h en 4 sec). Bon sang, un autre fun est possible !_ ". Correspondant trait pour trait à cette description, il était tout naturel que je teste pour vous ce tacot dépouillé ! **Le bon rapport sobriété-performance ?** En bon lautéqueur, j'ai commencé par interroger mon besoin. Je dirige un centre de formation et de séminaires qui se veut un exemple de soutenabilité. J'étais donc à la recherche d’un moyen d’effectuer les trajets professionnels quotidiens en toute sobriété. Mes trajets ? Des allers-retours à la gare (21,3 km), et le tour des commerçants pour faire les courses (~8 km). Les routes me menant à ces deux points sont toutes limitées à 80 km/h. Enfin, puisque le centre de formation est autonome en électricité, grâce à ses panneaux photovoltaïque, une voiture électrique à faible consommation était toute indiquée. J’ai donc porté mon dévolu sur ce pot de yaourt, il y a un peu plus de trois ans, en faisant une veille sur les innovations frugales françaises. J'ai passé la pré-commande alors que la machine n’était pas encore en production. J'ai déboursé la somme de 15 000 € pour acquérir l’engin. Ce prix hors taxe comprend la livraison, ainsi que les différentes options. Ces dernières sont nombreuses et assez utiles, notamment les portes, les gardes boues, le coffre, etc. Moins essentiel, le volant "sport" nous a été offert. **Premiers émois** Les problèmes ont commencé quand il a fallu assurer la bête. Les six grandes enseignes la classaient parmi les voitures sans permis et exigeaient des tarifs affolants ! Une fois ce problème résolu, je décidais, enfin, de prendre le volant pour une première course. Il me fallait livrer quelques paquets de Biochar à un paysan du coin. Un collègue débonnaire et moustachu m’accompagne. À bord de l’habitacle, on s'installe sur des sièges, a priori peu confortables. Il n’en est rien : un levier sous l’assise permet de faire glisser le siège d’avant en arrière. Je règle les rétroviseurs en... passant la main par la fenêtre. _So 1980 !_ Pas de rétroviseur en haut du pare-brise, les deux à bâbord et tribord, particulièrement larges, suffisent. Le tableau de bord est en bois, on y retrouve toutes les commandes sous forme de switchs ; les clignotants à gauche du volant, les feux de routes, les essuies glaces… Je m’attache, et après avoir vérifié que mon copilote en avait fait de même, tourne la clé dans la serrure. Le petit panneau d’affichage s’éveille de lettres écrites dans une lumière blanche, le capot émet un son électrique et aigu, puis tout devient silencieux. Déporté légèrement vers le centre de l’habitacle, deux pédales. Leur positionnement permet une bonne conduite, mais on ne peut s’empêcher de se poser la question : pourquoi sont-elles autant sur la droite !? Après avoir déverrouillé le manche du frein à main, j’appuie du pied sur le champignon. Sans aucun bruit, elle s’élance sur l’asphalte campagnard et les arbres commencent à défiler. __Timothée posant avec la "Bagnole" de Kilow__ **Une Tesla derrière moi** Dès les premiers virages, je prends conscience de la superbe visibilité qu’offre le pare-brise droit et large qui lui confère sa silhouette anguleuse. C’est tout juste s’il y a un angle mort. Je commence à slalomer à 50 km/h entre le bocage breton. C’est là que je remarque la dureté du volant dans les virages serrés. C'est un fait : la Bagnole n'est pas très maniable. Sa petite taille laissait pourtant croire qu'elle se conduirait comme un kart. Je vois un stop au bout de la route, je freine, un crissement, la voiture s'arrête, ouf ! Un regard dans mon rétroviseur m’avertit qu’une Tesla est derrière moi. La gueusaille n’a qu’à bien se tenir ! Je quitte le Stop pour entrer sur la départementale. C’est le moment de voir ce qu’elle a dans le ventre. Je switche pour activer le clignotant… Tiens donc, pas le tictac caractéristique. C’est perturbant, mais on s’y fait. Je monte rapidement à 80 km/h. La sensation de vitesse est décuplée par le large panorama et la faible distance au sol : seule une fine couche d’acier sépare mes guiboles du bitume, une trentaine de centimètres plus bas. Nous voici donc, filant à vive allure, probablement sous le regard hagard de notre poursuivant technosolutionniste, qui pensait avoir affaire à une caisse sans permis limitée à 50'. Dans le bourg, les passants tournent la tête face à mon nouveau tape-cul. On sourit. Arrivé à destination, je remarque que les portes s'ouvrent de l'intérieur via une simple sangle qui court le long de la porte. Un dispositif particulièrement original et agréable à manipuler. En revanche, fermer la porte depuis l’extérieur est une expérience un peu plus fastidieuse : il faut juste la... claquer très fort (?). Mon colis déposé chez notre ami paysan low-tech, nous repartons. Une petite bruine commence à tomber, mais, pour activer l'essuie-glace, je dois tendre le bras jusqu'à un switch, placé de l'autre côté de la console. Je me rends alors compte que l'essuie-glace n'a qu’une seule vitesse... Adaptée aux pluies drues. Faut s'y faire ! **Vitesse max** En plus de la vitesse, l’écran du tableau de bord affiche l’autonomie du véhicule qui s’élève au maximum à 147 km. Les petites batteries se vident rapidement, mais se rechargent aussi vite sur le secteur. Une simple prise 220 volts suffit. Très pratique. Je vous fais la confidence que, pédale au plancher, j'atteins les 84 km/h. D'accord, ça tremble un peu. Et mon passager sue à grosses gouttes. Mais on sent bien que le moteur n'a pas dit son dernier mot. Un logiciel doit probablement brider la machine à sa limite légale. Ce qui est une bonne chose, selon mon passager. Moi ? J'ai profité d'une joyeuse expérience de pilotage frugal ! __Les mensurations de la bête__ **Qu'est-ce qu'on en pense ?** Sur le papier, La Bagnole n'a rien d'une folle aventure. 400 kg, 80 km/h max, pas d'auto-radio ni de siège chauffant. On est très loin des délires masculinistes, du buggy ou du Cybertruck. Pourtant, La Bagnole attire. Elle surprend. Et c’est certainement là son plus bel atout. Une option "sociale" qui surpasse ses défauts de jeunesse. Ce SolarTruck a une allure. D’un glaz tirant sur le vert, elle a la dégaine des jeeps du débarquement, ou même d’une Ford T des années folles. C’est sûrement dû à ses deux phares ronds, ce petit capot et ce grand pare-brise. À l’époque, l’aérodynamisme était superflu. Ce charme rétro-futuriste est assurément l’avantage le plus important de La Bagnole. Dans un monde où la petite voiture est une forme d’aveu de faiblesse, La Bagnole renverse la vapeur. Les gens tournent la tête dans les villages, on s’intéresse, on veut la tester. On retrouve l’étincelle d’émerveillement du "chariot à feu". Elle est désirable. Et c’est indispensable. En effet, tout l’enjeu est de convaincre le plus grand nombre d'aller vers une mobilité plus légère, moins émissive. Il faut convaincre Richard Gere de ne pas prendre la limousine blanche pour retrouver Julia. Il faut convaincre Tom Cruise de réaliser son ultime Mission Impossible en véhicule intermédiaire. Ce pick-up pourra-t-il nous mener vers un futur plus low-tech ? Je le crois. Surtout quand il y aura la version quatre places pour toute la famille Pierrafeu. La Bagnole est plus proche d’un Key Car que d'un VéLi, qui lui-même est plus proche d’un vélo… La Bagnole est plus low-tech qu’une voiture, mais plus high-tech qu’un Vhélio. Pour autant, je crois, et même j’espère, que c’est la première d’une longue série de véhicules plus sobres, plus légers et plus locaux. Cette guimbarde low-tech est une étape indispensable pour démocratiser les alternatives sobres. Grâce à son style, et sa vitesse indispensable en milieu rural, elle répond à un besoin actuel pour un futur désirable. Comme disait Doc Brown dans Retour vers le futur, "_quitte à voyager à travers le temps au volant d’une voiture, autant en choisir une qui ait de la gueule_ ". * * * Encore un grand merci à Jacques et Timothée pour la rédaction et l'édition de cet article du **Low-Tech Journal**. Pour rappel, la campagne de financement participatif du Low-Tech Journal est en cours, allez y jeter un oeil :) * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements sur le site ou faites un don ponctuel 🙏 Pour faire un don Un grand merci, et à bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 04/04/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui : un parallèle entre deux industries omnipotentes pour le salé 🧂 et une potentielle alternative low-tech pour le sucré  🍰
absurdi.tech
La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Pour débuter ce mois d'avril, nous avions l'embarras du choix, le petit mais dinguo monde de la tech étant, encore une fois, en ébullition. Nous aurions pu parler des détournements industriels de Pokémon Go, des non-sens "artistiques" de Nvidia, du rythme de travail "augmenté" des startups françaises... L'IA était comme toujours dans toutes les bouches, même si de premiers dominos commencent à tomber. _Hashtag Bubble_. De ces sujets, chez Absurditech, nous avons bien parlé, sur des réseaux variés. (N'hésitez d'ailleurs pas à vous abonner sur la plateforme de votre choix, pour ne pas rater les sujets qui ne sont pas tous traités ici 🤗). Mais dans ce nouveau numéro de l'infolettre, en revanche, je n'avais ni envie de vous parler d'IA, ni de revenir sur des sujets déjà abordés... du moins pas de la même manière. Non, cette fois, je vais vous parler d'autre chose. D'un sujet qui me trotte dans la tête depuis un moment, en fait. _Qui me roule dans la tête depuis un moment, devrais-je dire_... Aujourd'hui, dans Absurditech, nous allons ainsi tenter un parallèle entre l'industrie de la tech et une autre industrie qui a eu assez de puissance, au cours du siècle dernier, pour modifier en profondeur nos modes de vie et de pensée, nos cultures toutes entières. En ce sens, ce sont sans doute les deux seules industries comparables du point de vue de leurs impacts sur nos existences, depuis la révolution industrielle elle-même. L'une ne reflèterait-elle pas l'avènement de la société de consommation, quand l'autre refléterait celui de la société de l'information (puis de la désinformation) ? **Nous allons parler aujourd'hui de l’automobile**. _De la voiture, la bagnole, la tire, la caisse, des bolides, des tacots._ Car si un sujet en particulier encapsule les excès technologiques actuels, comme il encapsulait parfaitement les excès industriels du monde d'avant : c'est bien l'industrie automobile. Cela ne vous paraît pas évident de prime abord ? Laissez moi m'expliquer. * * * Avant de continuer cet article, un intermède : on vous a fait suivre cette infolettre ? Pensez à vous inscrire via le bouton (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) ! Pour s'inscrire gratuitement, c'est ici ! Vous pouvez également soutenir mon travail à hauteur de 1, 3 ou 5€ / mois en adaptant votre abonnement ci-dessous, ou bien en faisant un don ponctuel ! Pour soutenir Absurditech, c'est par là ! * * * En 2026, la voiture est tout sauf un "objet" neutre. C'est un élément désormais chargé politiquement, socialement, économiquement, philosophiquement même. C'est parce qu'on a touché à la bagnole que la crise des "gilets jaunes" a commencé. Elle a aussi été un sujet majeur des élections municipales qui viennent de se conclure (sauf peut-être à Clichy, tiens 😅), opposant hypothétiquement les bobos en vélo des grands centres-villes et les ruraux et banlieusards qui ont besoin, elleux, de leurs bagnoles. D'ailleurs, certain·es pensent que c'est à cause des bagnoles si les petits centre-villes meurent, quand d'autres pensent que c'est leur absence forcée qui en est la raison. C'est aussi en grande partie parce que nos bagnoles nous sont vitales que l'on s'inquiète, aujourd'hui, de la guerre au Moyen-Orient. Et puis n'est-ce pas à coups de grandes marques automobiles que les pays les plus riches comparent la taille de leur pot d'échappement ? La bagnole questionne aussi notre rapport à la violence, elle est un symbole chargé du point de vue du genre... Je peux continuer à lister les occurrences ainsi pendant encore un paquet de paragraphes, mais avançons. Si tout cela est vrai en France, ça l'est sans doute encore davantage de l'autre côté de l'Atlantique. La voiture y est le symbole absolu de la réussite par la consommation, elle y est un fort marqueur social également, elle porte en elle à la fois le "rêve américain", et son jumeau aventurier, le _roadtrip._ Elle représente aussi parfaitement l'individualisme propre à la mythologie US. Dans sa Cadillac, on peut manger, boire son café, on peut même aller au ciné, retirer son _cash_... ou prier. __La "Daytona Beach Drive-In Christian Church" en Floride. Rien à ajouter de plus (Amy Kiley / WMFE)__ Des "vieilles américaines" aux _muscle cars_ , des _monster trucks_ aux SUV arborant des calandres aussi hautes qu'un gamin de 14 ans (et qui ne sont désormais plus si rares en Europe)... les grosses bagnoles y sont l'attribut principal de la puissance, de la virilité, d'un folklore très MAGA compatible, au fond. Pourtant, l'Amérique du Nord n'a pas toujours été une terre de goudron et de caoutchouc. Elle a d'abord été traversée de part en part par les chemins de fer, et ses villes étaient les mieux desservies en tramways et _cable cars_ , restés symboliques dans seulement quelques villes, comme à San Francisco. Les réseaux de métros y étaient très larges, mais leur développement a stagné bien plus qu'ailleurs, quand les _freeways_ , elles, se sont multipliées, striant le coeur des villes nord-américaines comme nulle part ailleurs dans le monde. Si je ne vais pas vous détailler par le menu les raisons de cette transition délétère (ce que fait en revanche très bien cette vidéo), on peut citer tout de même une occurence particulièrement marquante. Déjà à l'époque derrière l'une des premières grandes campagnes de lobbying de l'histoire, l'industrie automobile a en 1938 l'idée d'une sacrée manoeuvre économique. National City Lines, une entreprise de transports en communs propriété de General Motors (_les bagnoles_), Firestone (_les pneus_) et Standard Oil (_le carburant_) prend cette année là le contrôle des réseaux de tramways d'une cinquantaine de villes aux États-Unis, dont New-York, Los Angeles ou Chicago. Résultat : trams à la casse, voies dédiées remplacées par des bus à essence, agrandissements des espaces réservés aux voitures... Le périph' est bouclé. Ça ne s'invente pas. __Les ricains sont assez forts pour rendre une bretelle d'autoroute sexy, certes, comme dans cette géniale scène d'intro de La La Land. Cela reste néanmoins une bretelle d'autoroute embouteillée, et la meilleure illustration de l'ambivalence de Los Angeles : point central du rêve américain et plus terrible labyrinthe d'asphalte au monde.__ Après ce court cours d'histoire états-unienne, parlons maintenant de la réalité de l'industrie automobile d'aujourd'hui. Et faisons un constat : **le plus gros objet tech dont vous disposez à la maison n'est sans doute pas votre ordinateur ou votre écran TV. C'est votre voiture.** Précisons une chose : j'ai depuis près de 15 ans un rapport très distancié à la voiture, en tant que bobo citadin. Mais ça n'a pas toujours été comme ça. J'ai grandi dans un petit bled ou ne pas avoir de bagnole était presque impossible. Vous les connaissez de plus ou moins près, ces bleds péri-urbains à 30-40 minutes d'une grande ville (Nantes, dans mon cas) où ce qu'il reste de l'ancienne gare a été abandonné, les voies ferrées revenant-elles doucement à la nature, dans un non-sens historique criant, aujourd'hui. À 18 ans, la première chose à faire quand vous grandissez dans un bled comme ça, c'est passer votre permis. De mon côté je n'avais pas trop le choix : à la rentrée suivante je devais me rendre à l'IUT (_Saint-Nazaire represent_) chaque matin en voiture, habitant alors de l'autre côté de l'estuaire. J'ai ensuite évolué vers des études et des jobs, à Nantes puis Paris, où j'ai lentement délaissé ma vieille Opel Astra couleur sable. Mais les choses auraient pu être différentes. Bref, si je ne dépends pas à titre personnel d'un véhicule au quotidien, je connais beaucoup de monde pour qui c'est le cas. Et si je n'ai pas fait d'études sérieuses sur le sujet, j'entends toujours le même discours : avoir une bagnole, ça a toujours couté cher, mais c'est de pire en pire. Je ne parle pas là du prix de l'essence, même si cela fait l'actualité. Non, je parle bien des voitures elle-mêmes, et des pièces qui vont avec. Les trucs sont désormais plus bardés d'électronique qu'un programme Apollo tout entier. Mais ne me prenez pas au mot : c'est littéralement ce que dit le "_Chief Technical Officer_ " de Stellantis, soit le patron de la technique chez l'un des plus gros groupes automobile du monde, regroupant rien moins que Citroën, Peugeot, Fiat, Chrysler ou encore Jeep. **Sa phrase exacte est la suivante : "_Les voitures sont trop complexes, avec trop de circuits intégrés."_** De la même manière, écouter les garagistes nous expliquer ce qu'est devenu leur métier est assez édifiant : "**_on ne parle plus de mécanicien automobile, mais de technicien après-vente_ "**. Omniprésence de l'électronique embarquée, nouvelles technologies de diagnostic, importance croissante des compétences en informatique. Le garagiste est-il devenu un informaticien comme un autre ? Prenons un exemple que je trouve très parlant : avant, quand on pétait son rétroviseur (accident fréquent, avouons-le), il suffisait de trouver le même bloc plastique dans une casse pas trop loin, et _basta cosi!_ Maintenant, c'est une installation technique complexe qui va vous coûter plusieurs centaines (voire milliers) d'euros, parce que la glace y est dégivrante, le clignotant y est répliqué, il y a un radar de présence, et parfois même un affichage augmenté. Si les améliorations visant à la sécurité sont les bienvenues, n'en fait-on pas un peu des caisses, c'est le cas de le dire ? A-t-on besoin de deux iPads de chaque coté de sa voiture ? Et cela, c'est sans parler des multiples écrans qui peuplent désormais l'intérieur de nos véhicules, jusqu'à l'absurde (merci, Tesla). Ce qui pose des questions sur la réparabilité desdits véhicules, mais aussi sur la sécurité de tels dispositifs ; à tel point d'ailleurs que les organes européens et chinois dédiés ont dû intervenir. __Ceci est une vraie photo d'une Byton M-Byte, prise pendant le CES 2019, à Las Vegas. Ça se passe de commentaire, non ?__ Ce n'est pas moi qui vais vous dire "_c'était mieux avant_ ", mais avouez que sur ce point, on frôle le ridicule. La surcharge des gadgets tech est désormais une constante qui me saute aux yeux, notamment avec mon rapport distancié aux voitures que j'évoquais plus haut. Il m'arrive de louer des voitures une ou deux fois par an. Ce sont généralement des modèles récents. Et quand je repense à mon Opel Astra, je me dis pas que certains changements n'étaient pas bienvenus... mais tout de même. L'été dernier, je me suis retrouvé pour la première fois avec une Cupra dans les mains. Ancienne division sportive de Seat (_auto emoción_ 💃) et propriété de Volkswagen, c'est désormais une marque qui propose visiblement tous types de modèles. Là, on se parlait d'une électrique compacte avec de la patate, pour résumer. Et j'ai un peu halluciné : des radars et des caméras de partout, l'inévitable retour de force quand vous passez une ligne (qui manque de me foutre dans le décor à chaque fois), le logo de la marque projeté sur le sol sous les portières (😭), la détection de l'absence d'un passager qui éteint automatiquement la clim de ce coté de la bagnole, un écran central de la taille de mon mac book... C'est trop, les gars. **Nos voitures sont devenues des iPhones, et les constructeurs s'inspirent des codes de la tech pour nous pousser à acheter des choses dont nous n'avons pas besoin :** les voitures, comme les smartphones, souffrent désormais d'obsolescence programmée du fait de leur surcharge électronique. Toutes leurs ventes reposent sur des dépenses marketing gigantesques ; y'a-t-il autre chose que des publicités pour des téléphones, des bagnoles et du parfum, à la télé ? Et puis, la surcharge d'options que nous évoquions, c'est un peu comme le nombre de méga-pixels de votre smartphone : ça ne sert à rien, mais ça fait joli sur la plaquette chez le concessionnaire, _aka_ la boutique Orange. Comme les smartphones, voici qu'arrivent bien sûr les bagnoles... boostées à l'IA ! J'en veux pour preuve cet article du Monde : "_C’était l’une des voitures stars de l’ouverture du Salon automobile de Bruxelles, le 9 janvier : la XPeng P7+, lancée officiellement sur le marché européen. « Un véhicule défini par l’intelligence artificielle », selon la communication de l’entreprise_ ". Yes, génial. **Il est bien évidemment l'heure de parler de l'éléphant dans la pièce : les voitures autonomes !** C'est le rêve moite d'Elon Musk, qui nous promet (comme il le fait pour tous les projets où il est impliqué) que c'est pour l'année prochaine, depuis 10 ans. Les taxis et véhicules autonomes, ce serait la prochaine révolution qui vient, celle qui va tout changer. Citons un journaliste tech dont je tairais le nom, mais que je caractériserais comme un homme sandwich télévisuel plutôt qu'un journaliste, au fond. Ce qui devrait suffire à pas mal d'entre vous pour identifier le bougre. Bref, voici ce qu'il disait il n'y a pas très longtemps sur un plateau télé, de retour du CES : _"aux Etats-Unis, ça fait déjà partie de la vie quotidienne. On a testé les robotaxis Zoox, qui se baladent dans les rues de Las Vegas, sans conducteur, sans volant ni pédales. Impressionnant. Sentiment que c'est le sens de l'histoire et que leur déploiement à grande échelle n'est qu'une question de temps (et que l'Europe a, comme souvent, un gros coup de retard)."_ Zoox, encore un nouvel acteur sur la marché des voitures autonomes, qui excite donc notre excité en chef. Zoox, une filiale d'Amazon créée il y a 12 ans déjà, qui ne fait tourner que 50 voitures en tout, avec pour seul lieu de commercialisation publique à l'heure actuelle Las Vegas, justement. À titre de comparaison, l'entreprise Waymo (propriété de Google) a été lancée il y a déjà 22 ans, et n'opère aujourd'hui de manière commerciale que dans 5 villes aux États-Unis. Avec un succès mitigé ? En tout cas, ça fait de belles photos. __Une véhicule opéré par Waymo, brulé lors des manifestations anti-ICE de juin 2025, à Los Angeles.__ Alors, les voitures autonomes, est-ce vraiment l'avenir de l'industrie automobile et de notre quotidien ? Quelques clarifications me semblent nécessaires. **Déjà, l'adjectif autonome me semble très abusif**. Comme pour l'IA générative, comme pour les robots humanoïdes, c'est du _bullshit_ complet dans une vaste majorité de cas. Tout le système de ces véhicules dits autonomes dépend largement d'opérateurs et opératrices, les habituelles petites mains qui contrôlent nos outils "magiques" dans des conditions déplorables à l'autre bout du monde, comme l'admet un des boss de Waymo lui-même, ou le raconte cet article de Wired. Pour résumer : **prendre un taxi "autonome" à ce stade, c'est simplement déplacer votre chauffeur de la banlieue de votre ville à l'autre bout du monde**. La lutte des classes version 2026 : plus moderne, plus chic, plus global. Bon, et puis il faudra aussi parler de la sécurité réelle desdits véhicules, parce que il n'y aura pas toujours un _remote operator_ pour gérer le bousin à votre place. La dangerosité serait à ce stade maîtrisée d'après les principaux acteurs du marché (qui n'iront pas dire le contraire). Même si l'une des parties les plus longues de la page wikipédia de Waymo est dédiée aux accidents et problèmes juridiques impliquant ses véhicules, et même si on jette un oeil à ce Cybertruck en mode _self driving_ qui tente de sauter par dessus le bord d'un pont sans raison aucune... Au-delà de la dangerosité elle-même se pose surtout la question de la responsabilité en cas de problème. Comme avec l'usage de l'IA dans le cadre de conflits armés (en ce moment en Iran, au hasard), les implications sont vertigineuses. Et encore ne parle-t-on ici que de quelques centaines de véhicules dans le monde. Quand ces entreprises souhaitent en imposer partout sur nos routes. Bah, un véhicule autonome qui s'en sort à peu près sur les artères larges comme des stades de foot de Vegas, ok. Mais hâte de voir ça se démmerder dans les petites rues européennes, entouré de chauffeurs (-ards ?) parisiens ou marseillais, notamment. _"L'Europe a, comme souvent, un gros coup de retard"_ , nous disait ainsi plus haut l'homme sandwich. Quel intérêt aurions nous à rattraper ce retard là ? Toujours ce même discours de la course à l'armement, quand on ne sait toujours pas si celle en cours sur l'IA nous apportera quoi que ce soit de bon. Que font d'**_utile_** nos amis les tech bros avant le temps soi disant offert par l'arrivée des chatbots IA ? Que feront-ils d'**_utile_** avec le temps offert par l'arrivée des voitures autonomes ? Commençons déjà par électrifier le parc automobile neuf, avant de commencer à vouloir créer des trucs qui demandent encore plus de composants électroniques (de plus en plus rares) et d'énergie (autre ressource qui va manquer si on suit la courbe actuelle des usages de l'IA). Car la seule **révolution** utile à l'industrie automobile sera cette électrification. Et encore, devrait-on parler d'une révolution ou même d'une **évolution** , quand on sait que les premiers modèles d'automobile étaient pour beaucoup électriques ? Une découverte que j'ai faite dans le super Rétrofutur Museum, mais une situation qui ne plaisait alors pas aux lobbys de l'hydrocarbure. Mais je ne vais pas vous refaire une leçon d'histoire, j'ai déjà donné dans ce papier. Voilà, vous l'aurez compris : à mes yeux, **industries tech et automobile ne feront symboliquement bientôt plus qu'un, dans leurs approches techniques et commerciales, dans leur lobbying incessant**(l'industrie tech faisant désormais plus fort que celle de l'automobile sur ce dernier point). Une fusion déjà très concrète quand on voit le succès (certes vacillant), en une décennie à peine, d'une marque comme Tesla, ou bien la nature des marques chinoises inondant désormais le marché. Les voitures sont désormais des objets tech comme les autres. Mais dans cette période politique trouble, où la tech expose nos vies et explose nos démocraties, il est bon de finir sur quelques autres parallèles. Rappelons ainsi les liens très resserrés entre les grands constructeurs automobiles allemands et le régime nazi naissant puis au pouvoir d'Adolf Hitler, symbole d'une entente entre le grand capital et le fascisme le plus pur qui ne peut que faire écho à notre époque. Rappelons aussi ce qui se passait déjà de l'autre côté de l'Atlantique, avec Henry Ford, patron omnipotent de Ford, et son antisémitisme chevillé au corps, ses amitiés bien documentées pour le nazisme, et ces projets qui, là encore, en rappellent d'autres. Comme le racontent, dans leur livre **_Apocalypse Nerds_** , Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet : > "Pendant ce temps, au Texas, l'oligarque Elon Musk construit sa propre cité ouvrière, baptisée Starbase. Pensée pour accueillir les employés de ses entreprises, en particulier Space X, cette cité privée dispose de ses propres lois, administrations, centres de santé et écoles. Starbase accueille déjà 500 résidents, dont 100 enfants, précise le _New York Times_. Ce modèle de cité-entreprise gérée par un patron réactive une utopie du XXè siècle, lorsque des industriels comme Henry Ford se piquaient de bâtir leurs propres "_company towns"_. Au Brésil, _Fordlândia_ , devenue au fil du temps une ville fantôme, est un vestige de cette ambition à la fois coloniale et féodale." La tech est l'industrie automobile du XXIè siècle en cela qu'elle est l'industrie la plus puissante de l'époque, l'industrie qui change nos vies. Pour le meilleur, pensions-nous, mais plus probablement pour le pire. C'était vrai en 1930-40, ce sera vrai en 2020-30. Alors, ami·es des villes et des champs, cyclistes et automobilistes, accordons-nous sur un ennemi commun : **La tech veut nous enfermer dans des algorithmes délétères et des cocons technologiques aliénants, où nous devenons bêtes et méchants.** **Comme les groupes automobiles et leurs alliés hydrocarbures voulaient nous enfermer, le plus seul possible, dans des habitacles où nous devenons bêtes et méchants.** Arrêtons de nous chamailler pour des histoires de type de véhicules et de plateformes, et attaquons nous plutôt à ceux qui posent problème, à ceux qui nous exploitent et nous appauvrissent. Résistons aux grands groupes automobile comme aux grands groupes de la tech, et à tout ceux qui leur servent la soupe. Des alternatives aux voitures traditionnelles, ça existe. De petits véhicules de natures variées sortent un peu partout, même si la tendance (purement créée par le marketing) du SUV ne se dément pas pour le moment, et même si des marques comme Smart font des choix difficilement compréhensibles. Il y a Citroën avec sa très reconnaissable Ami, citadine électrique ultra-compacte – même si son achat par nombre de familles bourgeoises en guise de voiture sans-permis pour leur riche progéniture en fait un bel effet rebond. **Mais il y a mieux : il y a les propositions en provenance de la démarche _low-tech_ !** C'est ce qu'évoque cet article que Jacques Tiberi, rédacteur en chef du Low-Tech Journal, m'a gentiment permis de vous partager ici. Un article rédigé par Timothée Fustec, personnalité bien connue de l'écosystème _low-tech_ français. PS : le **Low-Tech Journal** , super mag des alternatives frugales et des bifurcations écolos, vient de lancer sa campagne de financement participatif. Allez donc les soutenir si vous le pouvez, à la hauteur de vos moyens ! (_Disclaimer : j'accompagne Jacques en indépendant sur cette campagne, précisons-le_). * * * _[Extrait du Low-Tech Journal n°24]_ **J'ai testé pour vous La Bagnole du constructeur français Kilow. Un mini pick-up électrique, original et léger, aux airs de buggy solarpunk !** Savez-vous à quoi ressemblait la première voiture ? Conçue en 1871 par Joseph Cugnot, le "chariot à feu" était un prototype d’automobile pouvant atteindre 4 km/h. À l’avant de ce véhicule de plus de 7 mètres : une énorme cocotte-minute qui, grâce à un souffle de vapeur, actionnait une roue permettant de faire avancer le véhicule. Apparemment, il fallait descendre toutes les douze minutes de la machine pour la recharger en bois. Malgré l’intérêt limité d’un tel bolide, on ne peut qu'avoir une étincelle d’émerveillement face à cette innovation du passé. Serait-ce grâce aux écrits de Jules Vernes ? Aujourd’hui, la voiture prend trop de place. Dans nos villes comme dans nos vies. Temps de trajets, statut social… Pour autant, peut-on totalement se passer de véhicules individuels ? Depuis ma campagne Bretonne, je vous avoue qu'un petit quadricycle électrique, modulable et léger me serait bien utile... Et si j'essayais **La Bagnole** ? **15 000 € en précommande, c'est low-cost !** Je ne résiste pas à vous rappeler ce qu'en disait le _Low-Tech Journal_ dans un dossier sur les véhicules intermédiaires publié dans son n°6 : "_La Kilow ? Un énième gadget cyberpunk pour adulescent ou gosse de riche néo-rural sans permis et accro à l’adrénaline (0 à 40 km/h en 4 sec). Bon sang, un autre fun est possible !_ ". Correspondant trait pour trait à cette description, il était tout naturel que je teste pour vous ce tacot dépouillé ! **Le bon rapport sobriété-performance ?** En bon lautéqueur, j'ai commencé par interroger mon besoin. Je dirige un centre de formation et de séminaires qui se veut un exemple de soutenabilité. J'étais donc à la recherche d’un moyen d’effectuer les trajets professionnels quotidiens en toute sobriété. Mes trajets ? Des allers-retours à la gare (21,3 km), et le tour des commerçants pour faire les courses (~8 km). Les routes me menant à ces deux points sont toutes limitées à 80 km/h. Enfin, puisque le centre de formation est autonome en électricité, grâce à ses panneaux photovoltaïque, une voiture électrique à faible consommation était toute indiquée. J’ai donc porté mon dévolu sur ce pot de yaourt, il y a un peu plus de trois ans, en faisant une veille sur les innovations frugales françaises. J'ai passé la pré-commande alors que la machine n’était pas encore en production. J'ai déboursé la somme de 15 000 € pour acquérir l’engin. Ce prix hors taxe comprend la livraison, ainsi que les différentes options. Ces dernières sont nombreuses et assez utiles, notamment les portes, les gardes boues, le coffre, etc. Moins essentiel, le volant "sport" nous a été offert. **Premiers émois** Les problèmes ont commencé quand il a fallu assurer la bête. Les six grandes enseignes la classaient parmi les voitures sans permis et exigeaient des tarifs affolants ! Une fois ce problème résolu, je décidais, enfin, de prendre le volant pour une première course. Il me fallait livrer quelques paquets de Biochar à un paysan du coin. Un collègue débonnaire et moustachu m’accompagne. À bord de l’habitacle, on s'installe sur des sièges, a priori peu confortables. Il n’en est rien : un levier sous l’assise permet de faire glisser le siège d’avant en arrière. Je règle les rétroviseurs en... passant la main par la fenêtre. _So 1980 !_ Pas de rétroviseur en haut du pare-brise, les deux à bâbord et tribord, particulièrement larges, suffisent. Le tableau de bord est en bois, on y retrouve toutes les commandes sous forme de switchs ; les clignotants à gauche du volant, les feux de routes, les essuies glaces… Je m’attache, et après avoir vérifié que mon copilote en avait fait de même, tourne la clé dans la serrure. Le petit panneau d’affichage s’éveille de lettres écrites dans une lumière blanche, le capot émet un son électrique et aigu, puis tout devient silencieux. Déporté légèrement vers le centre de l’habitacle, deux pédales. Leur positionnement permet une bonne conduite, mais on ne peut s’empêcher de se poser la question : pourquoi sont-elles autant sur la droite !? Après avoir déverrouillé le manche du frein à main, j’appuie du pied sur le champignon. Sans aucun bruit, elle s’élance sur l’asphalte campagnard et les arbres commencent à défiler. __Timothée posant avec la "Bagnole" de Kilow__ **Une Tesla derrière moi** Dès les premiers virages, je prends conscience de la superbe visibilité qu’offre le pare-brise droit et large qui lui confère sa silhouette anguleuse. C’est tout juste s’il y a un angle mort. Je commence à slalomer à 50 km/h entre le bocage breton. C’est là que je remarque la dureté du volant dans les virages serrés. C'est un fait : la Bagnole n'est pas très maniable. Sa petite taille laissait pourtant croire qu'elle se conduirait comme un kart. Je vois un stop au bout de la route, je freine, un crissement, la voiture s'arrête, ouf ! Un regard dans mon rétroviseur m’avertit qu’une Tesla est derrière moi. La gueusaille n’a qu’à bien se tenir ! Je quitte le Stop pour entrer sur la départementale. C’est le moment de voir ce qu’elle a dans le ventre. Je switche pour activer le clignotant… Tiens donc, pas le tictac caractéristique. C’est perturbant, mais on s’y fait. Je monte rapidement à 80 km/h. La sensation de vitesse est décuplée par le large panorama et la faible distance au sol : seule une fine couche d’acier sépare mes guiboles du bitume, une trentaine de centimètres plus bas. Nous voici donc, filant à vive allure, probablement sous le regard hagard de notre poursuivant technosolutionniste, qui pensait avoir affaire à une caisse sans permis limitée à 50'. Dans le bourg, les passants tournent la tête face à mon nouveau tape-cul. On sourit. Arrivé à destination, je remarque que les portes s'ouvrent de l'intérieur via une simple sangle qui court le long de la porte. Un dispositif particulièrement original et agréable à manipuler. En revanche, fermer la porte depuis l’extérieur est une expérience un peu plus fastidieuse : il faut juste la... claquer très fort (?). Mon colis déposé chez notre ami paysan low-tech, nous repartons. Une petite bruine commence à tomber, mais, pour activer l'essuie-glace, je dois tendre le bras jusqu'à un switch, placé de l'autre côté de la console. Je me rends alors compte que l'essuie-glace n'a qu’une seule vitesse... Adaptée aux pluies drues. Faut s'y faire ! **Vitesse max** En plus de la vitesse, l’écran du tableau de bord affiche l’autonomie du véhicule qui s’élève au maximum à 147 km. Les petites batteries se vident rapidement, mais se rechargent aussi vite sur le secteur. Une simple prise 220 volts suffit. Très pratique. Je vous fais la confidence que, pédale au plancher, j'atteins les 84 km/h. D'accord, ça tremble un peu. Et mon passager sue à grosses gouttes. Mais on sent bien que le moteur n'a pas dit son dernier mot. Un logiciel doit probablement brider la machine à sa limite légale. Ce qui est une bonne chose, selon mon passager. Moi ? J'ai profité d'une joyeuse expérience de pilotage frugal ! __Les mensurations de la bête__ **Qu'est-ce qu'on en pense ?** Sur le papier, La Bagnole n'a rien d'une folle aventure. 400 kg, 80 km/h max, pas d'auto-radio ni de siège chauffant. On est très loin des délires masculinistes, du buggy ou du Cybertruck. Pourtant, La Bagnole attire. Elle surprend. Et c’est certainement là son plus bel atout. Une option "sociale" qui surpasse ses défauts de jeunesse. Ce SolarTruck a une allure. D’un glaz tirant sur le vert, elle a la dégaine des jeeps du débarquement, ou même d’une Ford T des années folles. C’est sûrement dû à ses deux phares ronds, ce petit capot et ce grand pare-brise. À l’époque, l’aérodynamisme était superflu. Ce charme rétro-futuriste est assurément l’avantage le plus important de La Bagnole. Dans un monde où la petite voiture est une forme d’aveu de faiblesse, La Bagnole renverse la vapeur. Les gens tournent la tête dans les villages, on s’intéresse, on veut la tester. On retrouve l’étincelle d’émerveillement du "chariot à feu". Elle est désirable. Et c’est indispensable. En effet, tout l’enjeu est de convaincre le plus grand nombre d'aller vers une mobilité plus légère, moins émissive. Il faut convaincre Richard Gere de ne pas prendre la limousine blanche pour retrouver Julia. Il faut convaincre Tom Cruise de réaliser son ultime Mission Impossible en véhicule intermédiaire. Ce pick-up pourra-t-il nous mener vers un futur plus low-tech ? Je le crois. Surtout quand il y aura la version quatre places pour toute la famille Pierrafeu. La Bagnole est plus proche d’un Key Car que d'un VéLi, qui lui-même est plus proche d’un vélo… La Bagnole est plus low-tech qu’une voiture, mais plus high-tech qu’un Vhélio. Pour autant, je crois, et même j’espère, que c’est la première d’une longue série de véhicules plus sobres, plus légers et plus locaux. Cette guimbarde low-tech est une étape indispensable pour démocratiser les alternatives sobres. Grâce à son style, et sa vitesse indispensable en milieu rural, elle répond à un besoin actuel pour un futur désirable. Comme disait Doc Brown dans Retour vers le futur, "_quitte à voyager à travers le temps au volant d’une voiture, autant en choisir une qui ait de la gueule_ ". * * * Encore un grand merci à Jacques et Timothée pour la rédaction et l'édition de cet article du **Low-Tech Journal**. Pour rappel, la campagne de financement participatif du Low-Tech Journal est en cours, allez y jeter un oeil :) * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements sur le site ou faites un don ponctuel 🙏 Pour faire un don Un grand merci, et à bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 06/03/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui : une candidate socialiste au CV étonnant pour le salé 🧂 et des propositions politiques numériques stylées pour le sucré 🍰
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Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?
Le premier tour des municipales, c'est presque dans une semaine. Déjà 😱 Dans un contexte politique tendu sur tous les fronts, ce scrutin local aura évidemment une importance nationale au vu des thématiques soulevées, et du fait d'une banalisation toujours plus grande de l'extrême droite. Et voilà qu'une candidature en particulier, au sein d'un parti décidément pas avare en surprises ces temps-ci, ajoute une dimension toute à fait "tech" et internationale au schmilblick. Je vous présente**Julie Martinez, candidate à la Mairie de Clichy (92) pour le Parti Socialiste** , et directrice d'un _think tank_ qui a l'air trop sympa : _France Positive_. Sur un compte Instagram tout en _good vibes_ , on balance des _reels_ en mode influenceuse cuisine tout en critiquant (à juste titre, je présume) les méthodes du maire sortant ; on propose de "créer du lien" avec de jolis visuels colorés ; on va rendre le logement accessible et construire des pistes cyclables. __Affiche de campagne de Julie Martinez aux élections municipales 2026, à Clichy (92)__ Sur le papier, moi, je suis un bobo. Ça me va super bien. Sauf que quand on regarde le CV de Mme Martinez, il y'a un truc qui saute aux yeux. Elle a au moins le mérite de ne pas le cacher, c'est écrit noir sur blanc sur son compte Linkedin : **Julie Martinez a travaillé pendant trois ans et demi, et jusqu'en octobre dernier, pour Palantir**. Elle a été avocate intégrée à l'entreprise pendant plus de deux ans, avant d'en devenir la "responsable de la protection des données" pendant près d'un an et demi. Palantir, ça vous dit quelque chose ? Mais siiiiii, cette sympathique entreprise dont on a déjà parlée à plusieurs reprises dans cette infolettre. Une entreprise dédiée à la surveillance de masse, le bras armé technologique de l'administration Trump, comme l'expliquait Olivier Tesquet dans une chronique récente sur France Inter. * * * Avant de continuer cet article, un intermède : on vous a fait suivre cette infolettre ? Pensez à vous inscrire via le bouton (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) ! Pour s'inscrire gratuitement, c'est ici ! Vous pouvez également soutenir mon travail à hauteur de 1, 3 ou 5€ / mois en adaptant votre abonnement ci-dessous, ou bien en faisant un don ponctuel ! Pour soutenir Absurditech, c'est par là ! * * * Le premier client historique de Palantir n'était autre que la CIA, avec un logiciel nommé Gotham, dont le principe était effrayant de simplicité : Palantir ne collecte pas les données, elle les connecte. Le but : pouvoir dire où une "cible" se trouve, et avec qui s'y trouve-t-elle. Gotham ? Oui, la ville de _Batman_. Le nom "Palantir" est lui à aller chercher du côté du _Seigneur des Anneaux_. Olivier Tesquet : > "_Dans le folklore du Seigneur des Anneaux, le Palantir est une pierre qui permet de tout voir tout le temps, un outil très puissant et très dangereux.**L'omniscience, c'est ce qui est visé dans son nom même**. Palantir est une entreprise du XXIe siècle au sens chimiquement pur : ils ont commencé avec les services de renseignement, ils ont été financés par la CIA, et depuis, ils vivent des crises, que ce soit le terrorisme, le Covid ou les guerres en Ukraine et à Gaza_." Et avec le retour de Trump aux affaires, Palantir a pu confirmer son statut de partenaire technologique privilégié du gouvernement états-unien. Il faut dire que l'entreprise représente l'outil idéal pour identifier ces fameuses "cibles", qu'il s'agisse de "terroristes" à éliminer (ce qualificatif étant un brin galvaudé dans la bouche de Trump), ou de migrant·es à expulser via l'ICE. Mais ces "produits" sont aussi utilisés en France, par la DGSI, par exemple. Ce qui au delà de toute considération éthique, pose aussi des questions de souveraineté assez majeures. __Extrait du CV de Julie Martinez sur Linkedin. J'imagine que ça fait cool de se dire "legal ninja", même quand c'est pour une boite dédiée à la surveillance de masse dirigée par des crypto-fascistes__ 🫰 _Batman, Lord of the Rings :_ on est, comme souvent avec la Silicon Valley, dans le royaume des _geekos_ mascus et malsains qui n'ont rien compris au bouquin. Car Palantir a été créé par un techno-fasciste pur jus. Pas aussi connu que l'autre geeko-facho de service, Elon Musk, mais sans doute plus dangereux encore : Peter Thiel. Son nom vous est sans doute familier, d'autant que sa récente venue à Paris a fait couler pas mal d'encre. Si vous ne le connaissiez pas, désolé : je vais devoir faire les présentations. Issu comme Musk de la _PayPal Mafia_, Peter Thiel est clairement le "_techno-fasciste_ " le plus chaud de ta région. Ses obsessions religieuses pour "l'Antéchrist" et l'extrémisme de ses visées libertariennes l'ont longtemps cantonné à un rôle de "trublion bizarre", dangereux certes, mais surtout isolé au sein de la Silicon Valley. Pourtant, il a depuis été l'acteur majeur du rapprochement de Trump et des _Big Tech_ 🇺🇸 grâce à son poulain J.D. Vance, dont il a financé l'entrée en politique. Il est désormais au coeur du projet trumpiste, se présentant comme le liant entre les _AI-enthusiasts_ les plus acharnés et la droite religieuse états-unienne la plus dure. Certes, Thiel ne dirige plus aujourd'hui Palantir, dont il s'éloigne actuellement. Mais il ne reste pas moins le concepteur de la matrice qui a vu naitre cette entité. Surtout, l'actuel PDG de l'entreprise et son co-fondateur aux côtés de Thiel, Alex Karp, n'est pas un joli coeur non plus. Karp ne cache pas son ambition : faire de l'Amérique de Trump un "Empire Technologique" qui écrase toutes les autres nations, grâce à l'IA et à la maitrise des flux de données. Un nationaliste viriliste parfaitement décomplexé. **Maintenant qu'on a dit tout ça, on peut quand même revenir à nos moutons franchouillards : Qu'est ce qu'une candidate socialiste aux municipales, qui souhaite "_créer du lien_ " et proposer "_des options végétariennes et bio à la cantine_ ", a bien pu faire dans une boîte comme Palantir ? Au soutien de fascistes libertariens comme Thiel et Karp ?** Julie Martinez a été salariée de l'entreprise jusqu'en octobre dernier. En parallèle, elle était alors porte-parole du PS pour les sujets technologiques, et notamment sur l'IA. Ce qui n'avait pas manqué alors de faire lever quelques sourcils. **Martinez expliquait à l'époque****à Libération****que _«[son] métier était de veiller à ce que la réglementation européenne soit appliquée »_ par Palantir. Une manière de dire qu'elle aurait donc tenter de rendre le géant de la surveillance "meilleur" ? On s'esclaffe.** On peut plaider la prise de conscience et le pivot éthique. Je veux dire : j'écris ces lignes critiques sur la tech depuis 2 ans alors que j'ai été un salarié de Microsoft quelques années plus tôt. Donc les prises de conscience, je peux piger. Mais dans le cas de Julie Martinez, pardon, ça ne prend pas. Elle a démissionné de son job chez Palantir seulement en octobre dernier, et encore y a-t-elle été forcée par la polémique. La rapidité du pivot est impressionnante, et on ne change pas de vision sur le monde en 6 mois. Par la même occasion, elle quittait d'ailleurs son job de porte parole "tech" du PS. On se dit alors qu'il s'agissait là d'une simple erreur de casting. D'un manque de "_background check_ ", certes coupable, mais oubliable du parti... et on passe à autre chose. Que nenni : le PS l'intronise donc dans la foulée candidate à Clichy, en connaissance de cause ! En juin dernier, alors pleinement intégrée à la machine Palantir, elle disait ceci dans un papier toujours en ligne sur le site du Parti Socialiste : "_La technologie n’est jamais neutre : elle prolonge le projet politique de ceux qui la possèdent"._ Julie Martinez sait donc très bien ce qu'elle fait, et ce serait hilarant si ce n'était pas terrifiant. Dr. Jekill et Mr. Hyde. Comment le Parti Socialiste peut-il présenter une telle candidate aux municipales dans ce contexte politique, technologique, international ? Comme Julie Martinez peut-elle se sentir crédible quand elle parle de ses "_propositions pour l'école publique_ " quand elle a servit des figures libertariennes comme Thiel ? **Comment peut-elle porter un programme social "_créant du lien_ " quand elle a ramassé les (gros) chèques d'une entreprise dont le métier est la surveillance de masse au bénéfice du programme fasciste de Donald Trump ?** Alors que la défiance de la population française est au plus haut face à ses représentant·es politiques corrompu·es et déconnecté·es de leur réalité, je ne vois pas comment un parti prétendument socialiste peut soutenir la candidature de quelqu'un capable de se dédoubler ainsi. Julie Martinez redéfinit la notion même de "double casquette", même si cette dernière est au placard (depuis à peine 6 mois). C'est à se taper la tête contre les murs. Et c'est en même temps tellement symbolique de l'absurdité de 2026. Bien que je sais qu'il est désormais coutumier, "dans la France de Macron", de faire preuve de mansuétude vis à vis du fascisme, y compris dans les rangs socialistes... là on va quand même dans une direction toute aussi déroutante que, disons, si notre Assemblée Nationale observait des minutes de silence pour des néo-nazis. _Oh, wait_. Pour conclure : merci à Thomas Le Bonniec pour sa lettre ouverte. Si je connaissais déjà le cas Martinez suite à la polémique puis à sa double démission d'octobre dernier... j'avais complètement raté cet épisode municipale lunaire, comme beaucoup de monde, j'ai l'impression. Je l'ai découverte grâce à son alarme. * * * Juste une parenthèse pour vous dire que je ne parlerais pas du sujet "**QuitGPT**" dans le détail, pour le moment. Deux mots cependant : on peut se réjouir d'un départ en masse des utilisateurs et utilisatrices du service d'OpenAI pour protester contre le soutien de son _leadership_ à Donald Trump, puis plus récemment de son intégration à l'outil guerrier états-unien. M'enfin, évitez à mon humble avis de dresser trop rapidement des lauriers à Anthropic et Dario Amodei, qui se positionne de manière tout à fait marketée en "résistant". Bon après, c'est vous qui voyez. À chacun ses ___good_ ___guys_ __ 🤗 On en parle régulièrement ici : le rapport au numérique de nos élu·es est bien souvent tout à fait à côté de la plaque, du cas qui nous intéressait aujourd'hui aux prises de position régulières d'Emmanuel Macron sur le sujet. Mais il y a aussi de supers initiatives qui peuvent aider la sphère publique française à aller vers le meilleur, et ce sera notre dessert du jour 🍰 Car dans le genre super initiative, on peut parler de "**Désascalade numérique****", 10 propositions co-écritent par des associations et coopératives françaises de grande qualité, de Commown à Lève les yeux, de Techologie à Génération Lumière**. Le but est d'éduquer les élu·es et futur·es élu·es aux risques posés par le numérique et aux avantages qu'une forme de décroissance numérique pourrait nous offrir en tant que société. Pourquoi choisir les municipales ? Je les cite : _"Les menaces que fait peser l'industrie numérique sur le vivant, l'emploi ou les libertés fondamentales peuvent sidérer en donnant le sentiment de phénomènes planétaires insaisissables. Pourtant, agir à l'échelle locale, à partir des communautés dans lesquelles nous vivons, est non seulement possible, mais décisif. C'est l'échelle plus efficace pour sortir de l'impuissance et recréer des liens fragilisés par le déferlement technologique. Pour se donner les moyens, progressivement, de reprendre la main sur les objets qui nous entourent et sur nos besoins fondamentaux."_ J'ai justement assisté hier soir à Marseille à une réunion très intéressante du collectif "Le nuage était sous nos pieds", qui veut remettre au centre du débat public les installations de centres de données, notamment sur le territoire marseillais. J'en reparlerai forcément, bientôt. En attendant, je vous laisse découvrir les 10 propositions détaillées du collectif Désescalade Numérique, des directions ultra pertinentes à creuser, et à pousser auprès de vos mairies et de vos élu·es. Parce que résister localement un peu partout est peut-être le meilleur moyen d'avoir un impact global. 👉 https://www.desescaladenumerique.org * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! 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Absurditech @index.absurdi.tech.ap.brid.gy · 25/02/2026
Au menu d'Absurditech aujourd'hui : les errances génératives d'Alain Damasio pour le salé 🧂 et des romans de l'ère pré-GPT pour le sucré 🍰
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Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied
Il est probablement l'auteur de science-fiction francophone le plus révéré. Il est aussi une figure techno-critique majeure du paysage culturel français, depuis une bonne dizaine d'années maintenant. Il n'était donc pas tout à fait surprenant de voir Alain Damasio invité sur le plateau de l'émission C Ce Soir du 19 février dernier, pour un sujet tape à l'oeil qui n'augurait pas grand chose de bon : _"IA : avons-nous perdu le contrôle ?"_. Dans un débat au cadrage très discutable mais largement rehaussé par les apports d'Ophelie Coelho et Anne Alombert, Damasio a déclaré ceci : > _"Mon métier c'est de créer des univers imaginaires, des personnages et des trames narratives.**L'IA arrive quasiment au même niveau que mon artisanat.** "_ Se faisant, Damasio se tire ainsi une balle de LBD à bout portant dans le pied. Il démontre, dans cette émission, son incompréhension du fonctionnement même de l'IA générative et des _chatbots IA_ , et du déclin de ses visées techno-critiques et anti-capitalistes. Il admet aussi au passage avoir une bien piètre estime de ses propres écrits, lui qui parle pourtant souvent de son égo. Sur son incompréhension de l'IA générative, d'abord : ne saisit-il pas que l'IA générative ne créé rien de nouveau et ne fait que remâcher l'existant, c'est à dire le contraire même de ce qui rend l'art intéressant ? De ce qui avait fait de sa _Horde du Contrevent_ un chef d'œuvre pour beaucoup ? Il semble pourtant comprendre que les LLM ne créent rien et ne sont que des "machines à probabilité" tout à fait mathématiques. Rien de créatif ni de magique là-dedans, mais cela ne force visiblement pas Damasio à se défaire de sa fascination malsaine. Comme l'exprime la linguiste (atterrée) Laélia Veron, Alain Damasio a, dans nombre de ses écrits, "_dénoncé l'automatisation et la privatisation du langage par la technologie"._ **Le voir ainsi vanter et assumer l'utilisation de l'IA générative (et plus précisément le modèle _Claude_ d'Anthropic), soit la forme de privatisation et d'uniformisation du langage la plus extrême qui soit, a de quoi décontenancer. **Notamment dans cette période d'actualité orwelienne où les mots sont vidés de leur sens : guerre, paix ; ignorance, force ; fascisme, anti-fascisme. Tous les discours anti-capitalistes et techno-critiques de l'auteur perdent en conséquence de leur substance. Moi qui avait fait une longue critique de son essai "_Vallée du Silicium_ " dans cette infolettre il y a près de 2 ans, ne peux que refaire saillir avec plus de netteté encore les critiques alors exprimées : sa fascination bien plus que sa répulsion pour certains usages délétères de la technologie, ou **son oblitération presque entière de l'enjeu écologique pour ce qui a trait à l'entraînement et développement des _chatbots_ IA**, notamment. Pour quelqu'un se déclarant "_bio-punk_ ", c'est tout de même embêtant. Rappelons d'ailleurs que Damasio a même récemment été jusqu'à fourrer son nez dans la fange des NFT, preuve d'une forme plus large de renoncement. **Alain Damasio, en bonne créature médiatique parlant d'IA qu'il est désormais, ne manque pas de verser dans les poncifs éculés : le plus grand risque qui nous guette avec l'IA est bien sûr la "superintelligence".** Il faut dire qu'il y est bien aidé par un cadrage de l'émission à côté de la plaque, nous le disions, et les interventions d'un journaliste du Point (média en pleine croisade anti-science par ailleurs, c'est à noter). Un cadrage qui ne parle que d'une hypothétique perte de contrôle d'une IA bientôt sentiente, en traitant tout autre risque comme trivial en comparaison. La "superintelligence", une éventualité qui ne fait pourtant absolument pas consensus. Mais qui fait bien sûr jaser, cliquer. Une théorie à la _Terminator_ qui permet surtout aux acteurs de la tech et de l'IA (comme Dario Amodei, le boss d'Anthropic dont Damasio semble gaga) de minimiser l'importance des autres conséquences concrètes et _actuelles_ de l'IA : impacts écologiques, politiques, sociaux ou économiques, que nous évoquons souvent dans cette infolettre. À mes yeux, si la machine dépasse un jour l'humain, ce sera parce qu'elle nous a rendu plus bête et dépendant que nous ne le sommes aujourd'hui. Pas parce qu'elle aura développé une "superintelligence" 🤗 Bref, dans le cadre d'une émission titrée _"IA : avons-nous perdu le contrôle ?"_ , fallait-il s'étonner de ce _focus_ sur la superintelligence ? Car, si c'est moins sexy, il serait bon de rappeler que **reprendre le contrôle du développement de l'IA générative ne serait pas si compliqué si l'on s'en donnait les moyens pour réguler, au niveau européen notamment, les quelques entreprises qui produisent ces modèles**. Il ne faut pas non plus oublier les limites intrinsèques au développement de l'IA, qui me font rire quand j'entends Damasio nous imaginer toutes et tous en balade avec notre "IA personnalisée". Des limites, peu évoquées lors du débat, et qui peuvent être : * économiques : _coucou les doutes (enfin) autour de la solvabilité d'Open AI et des autres acteurs du marché puis la peur d'un effet domino, que s'apelerio la bulle._ * techniques : _où va-t-on trouver de nouvelles données pour entrainer et améliorer les modèles actuels, et est-on sûr·e des avancées promises par les Le Cun et consorts ?_ * environnementales : _vos data-center_ _de la taille de Manhattan_ _, on va les alimenter avec la fusion nucléaire et de l'eau en poudre ?_ À l'heure où Sam Altman démontre que son cerveau tourne moins bien encore que la dernière version de ChatGPT, où on découvre que l'un des plus gros donateurs de Donald Trump n'est autre qu'un des co(n)fondateur d'Open AI, et où les conquistadors sont plus que jamais de sortis, d'Anthropic à Mistral... ...il y a certes autour de l'IA des sujets bien plus importants à évoquer, en ce moment, que la "cyber-épiphanie" d'un auteur courrouçant sa _fan base_. Alors concluons. Il ne faudra pas être surpris de voir _Claude_ Damasio mettre moins de temps à publier son prochain roman, quand _Les Furtifs_ lui avait pris 10 ans. Tout ça pour accoucher _in fine_ à l'époque d'un patchwork de sujets assez indigestes, où il en venait à se singer lui-même ; le propre, déjà, d'une IA générative. On comprend donc sa fascination devant le miroir. Et de me rendre compte que le bougre n'a plus rien publié d'excellente facture depuis bientôt 15 ans, malheureusement. Ne comptez donc plus sur moi pour lire ses prochains "écrits", et son roman à venir, visiblement porté sur l'eau. Combien de litres de flotte absorbés pour pondre ce prochain pavé ?💧 Vous me trouvez dur ? Boh, ce n'est pas dans mes habitudes culinaires, pourtant, le trop plein de sel. Surtout : la dureté de cette critique est à la hauteur de ma déception, et du sentiment de traitrise (le mot est lâché) qui m'habite, après avoir aimé et conseillé à tant de gens la lecture de sa _Horde du Contrevent_. **À croire que son chef d'œuvre virevoltant n'était peut-être, au fond, qu'un (très bel) accident.** * * * Avant de passer au sucré, un intermède : on vous a fait suivre cette infolettre ? Pensez à vous inscrire via le bouton (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) ! Pour s'inscrire gratuitement, c'est ici ! Vous pouvez également soutenir mon travail à hauteur de 1, 3 ou 5€ / mois en adaptant votre abonnement ci-dessous, ou bien en faisant un don ponctuel ! Pour soutenir Absurditech, c'est par là ! * * * Loin de moi, en vérité, l'idée de vous engager à ne lire aucun bouquin écrit depuis l'avènement de ChatGPT, en 2022, pour éviter toute mauvaise surprise. Vous l'aurez compris, un auteur peut dire n'importe quoi et vous gâcher le goût d'un chef d'œuvre même bien après sa sortie. Je ne vais pas non plus vous conseiller de ne lire que des auteurs et autrices décédé·es pour avoir l'esprit tranquille, parce qu'un peu de modernité ne fait pas de mal ;) Non, voici simplement quelques livres francophones que j'ai aimé lire ces derniers mois et années, sans autre règle particulière. Si ce n'est leur qualité à mes yeux, l'émotion tout à fait _humaine_ qu'ils ont éveillé en moi. Il y a d'abord "_L'Art de Perdre"_ , d'Alice Zeniter. Un fresque familiale formidable qui devrait être largement intégrée à notre programme scolaire tant il révèle de choses sur l'histoire commune de la France et de l'Algérie, tant il est pertinent dans la période de troubles nouveaux et en même temps anciens que nous traversons. Tant il est bien écrit, aussi. Il y a ensuite _"Le barman du Ritz"_ , de Philippe Colin. En toute franchise, s'il n'est pas un grand roman (la dimension romantique de l'ouvrage est tout à fait passable), il n'en demeure pas moins un témoignage romancé mais circonstancié de la réalité politique parisienne sous l'occupation. Les séries de podcasts du même auteur chez Radio France, notamment celle sur la trajectoire de Pétain, sont encore davantage à conseiller. Les parallèles entre cette époque et la notre y sont souvent terrifiants. Il y aussi les géniaux petits bouquins de Florent Oiseau, notamment mon chouchou "_Les fruits tombent des arbres_ ". Une lecture de l'ordinaire plutôt que de l'imaginaire, mais pas moins épique dans sa description du quotidien et des petites choses. Il y a enfin, pour revenir à l'imaginaire, le travail de Jean-Philippe Jaworski. "_Gagner la guerre_ " est notamment une œuvre majeure de la fantaisie francophone, _modulo_ un choix scénaristique franchement discutable au milieu du récit, aussi détestable soit son anti-héros. Tous les ouvrages du cycle des "_Récits du vieux royaume_ " que j'ai pu lire jusqu'ici sont parfaitement exaltants. J'admets être moins client de son cycle celtique "_Chasse Royale_ ". Car, à l'instar de Damasio, l'auteur y frise l'auto-parodie à force de renforcer son style, tout en vocabulaire boueux et bagarreur. Espérons pour Jaworski une suite moins néfaste que celle de notre victime du jour ! * * * Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux. Vous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements sur le site ou faites un don ponctuel 🙏 Pour faire un don Un grand merci, et à bientôt, Thomas ✊ PS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes
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