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Critique de « Le dieu venu du Centaure » (4 étoiles) : De Proxima du Centaure au Centaure inversé : un roman visionnaire
Si son titre avait été traduit plus littéralement, _Le Dieu venu du Centaure_ se serait intitulé _Les trois stigmates de Palmer Eldritch_. Or, si j'en crois Wikipedia, _**Eldritch** est un adjectif anglais utilisé pour décrire une chose d'un autre monde, inquiétante ou étrange. Dans la culture contemporaine, le terme est étroitement associé à l'horreur lovecraftienne._
Le ton est donné.
Pour les connaisseurs de Philip K. Dick, _le Dieu venu du Centaure_ n'est pas une surprise : un roman dense, fouillé ; une intrigue brumeuse que seule la fin permet de décrypter complètement ; et un thème universel, entre religion, contrôle et domination.
L'ouvrage se déploie en douze chapitres qui permettent de suivre les tribulations d'un nombre certain de personnages, au centre desquels se trouvent _Barney Mayerson_ , dont le nom ouvre la première page, _Leo Bulero_ , narcotrafiquant quasi officielle d'une drogue dénommée D-Liss indispensables aux colons terriens des planètes extra-terrestres afin de leur permettre de tolérer un environnement des plus hostiles, et _Palmer Eldritch_ , dont on ne pourra pas révéler grand-chose si ce n'est qu'il ramène de Proxima du Centaure un lichen hallucinogène — semble-t-il — commercialisé sous le nom de K-Priss, qui entre apparemment directement en concurrence avec le D-Liss.
À l'instar de son monument Ubik, Philip K. Dick livre ici un ouvrage exigeant, nourri de références à peine esquissées, et surtout visionnaire. Écrit en 1964, il a été très récemment pointé par Asma Mhalla dans son Cyberpunk qui en suggère la lecture pour mieux appréhender les enjeux actuels de contrôle et de domination des masses par quelques-uns via des mécanismes psychologiques insidieux d'addiction. L'on pourra filer la métaphore équine jusqu'à Cory Doctorow et son Centaure inversé, fusionnant le K-Priss, le cyberpunk et le centaure, pour une lecture saisissante d'actualité, un demi siècle après son écriture.