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"J'ai comme des trous de mémoire depuis l'accident" : elle a vu l'automobiliste redémarrer, puis donner un coup de volant pour venir heurter son vélo et la faire tomber
« J'ai vu cette voiture arriver, serrer volontairement à gauche pour me barrer le chemin. Le conducteur s'est arrêté et puis a redémarré en braquant d'un coup sur moi ». Le véhicule heurte alors le vélo d'Ana* avec son aile, faisant chuter la cycliste au sol. Ce mardi soir, rue Foch, à Cahors, un témoin stupéfait assiste à la scène.
Lorsque ce jeudi soir, Ana reprend le récit de l'accident dont elle a été victime quelques jours plus tôt, elle n'est pas dans l'apitoiement, même si la jeune femme est toujours en arrêt de travail et s'interroge sur sa capacité à pouvoir reprendre son activité professionnelle. Elle cherche à comprendre les raisons qui ont poussé cet usager de la route à la percuter alors qu'elle circulait à vélo et veut agir pour qu'une concertation avec les élus de Cahors soit engagée afin de réviser le plan cyclable de la ville.
« Dans cette rue à sens unique, les vélos sont autorisés à prendre le contre-sens. C'est étroit alors quand je suis arrivée, j'ai laissé passer deux voitures qui descendaient, avant de m'engager. Puis ce gros SUV blanc est arrivé... Il a clairement mis un coup de volant pour me toucher, dans ma chute heureusement je n'ai pas été blessée physiquement. Quelqu'un a hurlé en même temps que moi. Le conducteur ne s'est pas arrêté, ce sont les passants qui sont venus m'apporter leur aide, j'étais en panique », témoigne la jeune femme qui est toujours sous le choc, s'étant déjà fait renverser à vélo, il y a trois ans lorsqu'elle était dans le Loiret... Cette nouvelle mésaventure fait donc remonter de mauvais souvenirs.
Les pompiers sont intervenus, Ana a également vu un médecin qui a constaté son choc traumatique. Puis, elle a décidé de porter plainte au commissariat de police de Cahors. « Vu le contexte, ils m'ont expliqué que les faits étaient requalifiés en violences aggravées, dans ce cas, la voiture est considérée comme une arme ». Évidemment, la cycliste espère qu'avec les caméras installées en ville, les enquêteurs vont retrouver l'automobiliste, mais dans l'immédiat ce qui l'inquiète c'est sa santé. « J'ai des absences par moments, je me suis rendu compte que j'avais comme des trous de mémoire depuis l'accident. Je pars et là je ne sais plus du tout pourquoi je suis sortie et où je dois aller ».
Au sein de La Véloterie, ce nouvel accident vient grossir la liste des doléances des usagers Cadurciens à vélo. « Les insultes que l'on subit c'est une chose, mais là, on monte dans le niveau de violence. Un cap est franchi », constate un des responsables de l'association locale qui souhaite que les représentants de la Ville prennent en compte la situation.
La ville de Cahors mal notée par les usagers de la bicyclette, notamment pour des raisons de sécurité
« Sur le site de barometre-velo.fr de la FUB (Fédération française des Usagères et Usagers de la Bicyclette), les communes sont notées sur différents critères par les citoyens. Le classement de Cahors est mauvais, avec une note de D (sur une échelle allant de A + à G), et la plus mauvaise note attribuée porte sur la sécurité (E) avec de l'insécurité ressentie par les cyclistes pour traverser des carrefours ou giratoires ou pour circuler sur les grands axes de la commune... », mentionnent les bénévoles de La Véloterie.
Pour eux, le plan vélo de la ville ne correspond pas à un vrai schéma de circulation élaboré. « Cela fait quatre ans que nous existons. Nous voudrions être associés aux réflexions et projets de la mairie sur leur politique de mobilité douce, pour apporter notre expertise en tant que pratiquants. Lors de la campagne des municipales nous avons d'ailleurs remis aux candidats notre «Manifeste pour un Cahors plus accueillant» avec sept propositions concrètes, réalistes et peu coûteuses pour offrir des alternatives de déplacement dans Cahors », soulignent les représentants de La Véloterie qui souhaitent que le Plan vélo du Grand Cahors lancé en 2021 soit revu.
Pour Ana, une certitude : « Si cette violence existe entre les usagers de la route, c'est parce que les aménagements à Cahors ne sont pas adaptés et favorisent l'incompréhension et les différends ».
* Ana est un prénom d'emprunt utilisé pour garder l'anonymat de ce témoin, une plainte étant déposée.